Pour elle, l’urgence absolue, c’est de trouver. Encore et encore. The Good Life rencontre le médecin à la tête de la cellule de recherche Immunologie des tumeurs et immunothérapie contre le cancer à l’Institut Gustave Roussy.

Laurence Zitvogel met en avant le rôle clé de l’immunothérapie dans le traitement des tumeurs cancéreuses.

Une prédilection pour les maladies incurables

Dans chaque parole de Laurence Zitvogel, il y a une urgence quasi palpable. Il y a le manque de temps, la conscience aiguë du combat mené par d’autres contre la mort, contre le cancer. « J’ai toujours su que je serais médecin, confie-t-elle. Mais, enfant, j’hésitais entre deux types de médecine. » La médecine gratifiante de l’orthopédie et celle, ingrate, des maladies incurables. « J’ai choisi d’exercer la médecine qui ne sert à rien. » Celle qui ne guérit pas. Ou plutôt pas encore. Car les travaux de cette chercheuse de l’Institut Gustave Roussy (@GustaveRoussy) ont déjà débouché sur de nouveaux traitements contre le cancer.

Née en 1963 à Suresnes, Laurence Zitvogel a la vocation médicale chevillée au corps. « Une sorte de prédéterminisme. » Pendant ses études, elle travaille un temps auprès de personnes atteintes du sida ou d’une leucémie. Cette expérience la décide à choisir l’oncologie comme spécialité : « Je devais aider ces personnes. » Mais comme, de son point de vue, un médecin ne peut soigner que ce qu’il comprend, elle décide de se lancer, en parallèle, dans la recherche. Elle part en thèse au Pittsburgh Cancer Institute, aux États-Unis, où elle obtient presque un poste. « Je suis arrivée première, mais c’est le second candidat, chirurgien, qui a été préféré. » Et ce sera la chance de sa vie. Car, de retour en France, l’Institut Gustave Roussy lui donne carte blanche pour développer ses recherches en immunothérapie, une nouvelle discipline qui se propose de traiter le cancer en utilisant le système immunitaire des patients.

Laurence Zitvogel.
Laurence Zitvogel. DR

L’ennemi juré de Laurence Zitvogel ? Le cancer

Dans les années qui suivent, des travaux pointent le rôle de l’immunité dans la survie ou la mort des cellules cancéreuses. Alors, pour explorer cette voie, elle se rapproche d’un grand spécialiste de la mort cellulaire, Guido Kroemer, directeur d’un laboratoire Inserm, notamment. Ce sera un tournant. Guido ­Kroemer devient son compagnon et l’un de ses principaux collaborateurs. Leurs travaux révolutionnent la compréhension qu’ont les chercheurs des mécanismes d’action de la chimiothérapie. Elle s’en explique : « Les substances utilisées en chimiothérapie tuent spécifiquement les cellules en division. » Celles du cancer et d’autres appartenant, par exemple, au système pileux, d’où la chute des cheveux. « Or, nous avons montré qu’en mourant ces cellules libèrent des substances qui peuvent être reconnues par le système immunitaire. Et si tel est le cas, ce dernier se met à attaquer les cellules cancéreuses. » La conséquence thérapeutique de cette découverte est immédiate : l’ajout d’un adjuvant permettant de booster la réponse immunitaire accroît l’efficacité de la chimiothérapie. Mais quid des cas où la chimiothérapie n’a aucun effet ?

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