The Good Life a tiré le portrait de quatre acteurs majeurs de l'économie shanghaïenne.

Niu Ximing, Président de la Bank of Communications

Niu Ximing, président de la Bank of Communications.
Niu Ximing, président de la Bank of Communications. Bloomberg / Getty Images

Sur les cinq grandes banques d’État chinoises, seule la Bank of Communications, fondée en 1908 et surnommée BoCom, est basée à Shanghai. Elle sert d’éclaireur pour la mondialisation de la finance chinoise. Dès 2005, HSBC est devenue son deuxième actionnaire (derrière le ministère des Finances), avec 19,9 % du capital. BoCom a ainsi eu accès au réseau d’HSBC pour les opérations de courtage. Nommé directeur exécutif en 2009, puis président en 2013, Niu Ximing, aujourd’hui âgé de 60 ans, a poursuivi cette internationalisation.

Pour accompagner les entreprises chinoises opérant à l’étranger ou y faisant des acquisitions, BoCom a ouvert des filiales et des agences dans 16 villes, dont New York, Londres, Francfort, Luxembourg, Sydney, Singapour, Rome et Paris. Niu Ximing a élargi la coopération d’HSBC à la finance commerciale, aux prêts, aux investissements offshore et aux marchés financiers, et a engagé un banquier de HSBC dans son équipe de direction. Résultat : en 2015, les profits issus des opérations à l’étranger ont bondi de 26 %. Ils représentent 11 % du bénéfice de BoCom, contre 6,5 % en moyenne dans les autres banques d’État. Ce n’est qu’un début, puisque Niu Ximing prévoit 25 implantations à l’étranger en 2020.

Autres défis : renforcer la présence de BoCom dans la gestion de portefeuilles et les placements de retraite, donner la possibilité aux clients de réaliser toutes leurs opérations depuis leur smartphone et généraliser la direction par ­objectifs. Malgré ses velléités d’internationaliser encore plus le capital de BoCom, Niu Ximing a remisé ce projet qui pourrait faire perdre à sa banque la garantie d’État en cas de coup dur. L’augmentation des prêts douteux accordés (souvent sur ordre) à des sociétés d’État mal en point constitue en effet un danger pour tout le système bancaire. Ce président multiplie les avertissements en utilisant le concept de « l’effet trois-cinq-sept ». « Les prêts non performants augmentent après trois ans d’expansion du crédit, les risques de crédit, après cinq ans, et les pertes massives dans l’industrie bancaire surviennent après sept ans ». Mais pour l’instant, l’État ne l’écoute guère… P. P.

Guo Guangchang, Cofondateur et chairman de Fosun

Guo Guangchang, cofondateur et chairman de Fosun.
Guo Guangchang, cofondateur et chairman de Fosun. VCG - Getty Images

Le rachat complet, en janvier 2015, du Club Med pour 939 millions d’euros, c’était lui. L’entrée au capital du voyagiste britannique Thomas Cook, deux mois plus tard, lui aussi. La prise de participation de 20 % dans le Cirque du Soleil, en avril de la même année, encore lui ! A la tête du conglomérat privé Fosun, le plus grand de Chine, le milliardaire Guo Guangchang, 50 ans, est devenu, à force de multiplier les percées à l’étranger, l’un des patrons les plus influents hors des frontières. Au cours des deux dernières années, son groupe, basé à Shanghai et présent dans une kyrielle de secteurs, aurait dépensé plus de 10 milliards de dollars à l’étranger, selon le Wall Street Journal. Pourtant, quand il sort de l’université Fudan, en 1989, avec sa licence de philosophie en poche, c’est bien en Chine que Guo Guangchang décide, avec deux autres camarades de fac, de créer Fosun, quand tant d’autres prennent le large pour se former au capitalisme.

Présent dans la santé, l’assurance, le tourisme, la gestion d’actifs, la mode ou encore la finance en ligne, le groupe, né en 1992, entend désormais ralentir le rythme. « Les prix des actifs en Europe et sur le continent américain, en particulier aux États-Unis, grimpent ­rapidement. Ce n’est plus le meilleur moment pour faire des acquisitions », avait expliqué ce fan de tai-chi, marié et père de trois enfants, au journal américain en mars dernier. Des paroles attendues par les élites économiques du monde entier, et pour cause : il s’agissait là de sa toute première interview après sa « mystérieuse disparition » en décembre 2015. Le patron avait été emmené par des policiers à son arrivée à l’aéroport de Shanghai, officiellement pour être entendu dans le cadre d’une enquête anticorruption. Le lendemain, Fosun annonçait la suspension de la cotation du titre à la Bourse, provoquant la panique sur les marchés. La 22e fortune de Chine est finalement réapparue quatre jours plus tard et s’est exprimée à Shanghai devant l’assemblée ­annuelle des actionnaires du groupe. Personne ne sait aujourd’hui qui était la cible réelle de cette enquête. Un an après, Guo Guangchang assure en tout cas que tout est rentré dans l’ordre. « Je suis un citoyen chinois. Témoigner dans une investigation est de ma responsabilité, c’est parfaitement normal », avait-il dit dans cette même interview. R. B.

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