The Good Life a tiré le portrait de quatre acteurs majeurs de l'économie shanghaïenne.

Chen Zhixin, Président de SAIC Motor

Chen Zhixin, président de SAIC Motor.
Chen Zhixin, président de SAIC Motor. DR

A la fois ingénieur et expert-comptable, Chen Zhixin fait partie de ces grands cadres qui font carrière dans l’économie shanghaïenne. Il a longtemps été manager dans des sociétés de ciment et de métaux non ferreux, puis il a eu la chance – ou l’habileté – de rejoindre l’industrie automobile fin 2007. Il a alors été nommé vice-président de SAIC Motor (Shanghai Automotive Industry Corporation), juste avant que la crise financière de 2008 mette à mal l’industrie lourde, et juste au moment où les ventes de voitures explosaient… Le premier constructeur chinois (5,9 millions de véhicules en 2015) tient sa force de coentreprises créées avec Volkswagen et General Motors (GM). Sa présence est étonnante : presque tous les taxis de Shanghai sont des Volkswagen, presque toutes les voitures de police, des Chevrolet…

Depuis neuf ans, Chen Zhixin œuvre pour renforcer les liens avec les deux groupes occidentaux, décrivant leur relation comme « un mariage de raison devenu mariage d’amour, les époux n’ayant pas le même statut social ». Avec le groupe Volks­wagen, il a introduit avec succès la marque Skoda en Chine et a signé, en 2015, un accord pour produire des véhicules hybrides et électriques (3 modèles déjà en vente, 15 prévus en 2020). Avec GM, il a construit une usine en Indonésie et convenu de partager des moteurs et de nouvelles transmissions.

Alors que la croissance du marché ralentit (5 % par an prévus d’ici à 2020), Chen Zhixin veut relever trois défis. D’abord, imposer les marques de SAIC Motor, GM et Roewe, dont la part de marché est minuscule (0,49 % pour Roewe en 2015). Ensuite, conquérir les marchés de l’Asie du Sud-Est : outre la production de modèles GM en Indonésie, SAIC Motor construit une usine d’une capacité de 300 000 véhicules en Thaïlande. Enfin, faire croître de nouveaux business, comme la vente de voitures d’occasion et la location de voitures en libre-service. A 57 ans, Chen Zhixin a encore quelques années pour réussir à conforter le leadership du groupe qu’il dirige. P. P.

Liu Shaoyong, Président de China Eastern Airlines

Liu Shaoyong, président de China Eastern Airlines.
Liu Shaoyong, président de China Eastern Airlines. Bloomberg / Getty Images

Aux commandes, depuis 2008, de la ­deuxième compagnie asiatique (93 millions de passagers transportés en 2015), Liu Shaoyong ne manque jamais de rappeler qu’il a un diplôme de pilote, même s’il a fait carrière comme manager dans l’administration de l’aviation civile chinoise, puis comme dirigeant de compagnies aériennes d’État. « J’ai adapté mes habitudes de pilote à mon style de management. Quand vous volez, vous connaissez votre destination, la route à prendre et la manière la plus efficace de la suivre. Et s’il neige à Genève, vous faites des plans pour vous détourner sur Francfort », a-t-il déclaré à la revue de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Une stratégie couronnée de succès. Après avoir redressé China Southern Airlines de 2004 à 2008, il est arrivé à Shanghai, à 50 ans, pour diriger China Eastern Airlines (CEA), alors moribonde du fait de pertes abyssales et de dettes représentant 115 % des actifs. Sous sa houlette, CEA a retrouvé le chemin des profits dès l’année suivante.

Liu Shaoyong a rétabli la confiance en virant les cadres âgés de plus de 57 ans et en les remplaçant par des jeunes très qualifiés, en décidant de faire de Shanghai un hub (ce qui a nécessité de redéfinir les horaires de centaines de vols) et en absorbant, en 2009, Shanghai Airlines, ce qui lui a permis d’assurer plus de 50 % des vols au départ de la ville. Puis il a multiplié les fréquences et a ajouté des destinations sur les vols internationaux, intégré CEA à l’alliance Skyteam en 2011, et a développé les opérations cargo en créant une entité séparée. Il a aussi signé des accords de partage de code avec six compagnies (dont British Airways et Japan Airlines), a mis en place des hubs régionaux à Xi’an et Kunming, a préparé le renouvellement de la flotte en commandant 240 appareils (dont 20 Airbus A350 et 15 Boeing 787 en avril 2016) et a créé une joint-venture avec l’australienne Qantas, ce qui lui a permis de desservir Brisbane et Perth. CEA fait désormais des profits (pas très élevés) chaque année.

Prochaines missions de son président : améliorer le service et la ponctualité, continuer le lobbying pour que l’armée de l’air chinoise libère des portions d’espace aérien, et ouvrir le capital de CEA à une compagnie étrangère, après une tentative avortée avec Singapore Airlines et une prise de participation minimale (3,55 %) de l’américaine Delta Air Lines en 2015. Car Liu Shaoyong reste un adepte de la réforme permanente… P. P

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