Un dynamisme économique qui, même en marquant légèrement le pas laisse le monde occidental loin derrière, un parc industriel qui n’a pas été l’usine du monde pour rien et qui met aujourd’hui son expertise de fabrication et/ou sa capacité d’innovation high-tech au service de marques chinoises ambitieuses et pointues et une approche à la fois respectueuse mais émancipée par rapport à l’héritage : le design made in China fait sa révolution culturelle et passe de la copie à la création.

La Chine serait-elle le nouveau Japon ?

Oui affirme sans hésiter le designer industriel britannique Michael Young. Établi à Hong Kong depuis une décennie et, de facto, observateur doublement concerné, il déclarait en 2012 à Dezeen lors de l’ouverture à Shanghai du concept-store/galerie Design Republic Design Commune: « Quand je suis allé pour la première fois à Tokyo il y a 26 ans, le Japon était encore considéré, d’un point de vue design, comme un pays dominé par la copie. Or les designers japonais sont aujourd’hui parmi les plus respectés au monde. Je pense qu’il en sera de même en Chine dans vingt ans. Il y a plus d’opportunités d’investissements ici que n’importe où sur cette planète, tandis que Shenzhen et Guangzhou sont les plus importantes bases de production mondiales. Si vous additionnez à ces paramètres le fait que le design est même aujourd’hui de plus en plus souvent une priorité pour la nouvelle génération de chinois qui dirigent les entreprises familiales après avoir étudié à l’étranger, vous obtenez un scénario de rêve pour tout designer. »

Une analyse qui colle parfaitement à Zaozuo. Souvent qualifiée « d’IKEA chinois » cette start-up remuante a réussi, avec l’aide de Luca Nichetto qui en est le directeur artistique, à convaincre, en moins de deux ans une dream team de designers internationaux de créer des pièces de mobilier commercialisées à prix ultra-accessibles, principalement en ligne.

Buffet créé par Jonas Wagell Zaozuo
Buffet créé par Jonas Wagell Zaozuo Zaozuo

Ce passage de la copie à la création se trouve également confirmée par la progression flagrante des marques chinoises au sein du salon Design Shanghai. Pour sa première édition en 2014, la manifestation organisée par le groupe britannique Media 10 (à qui l’on doit également 100% Design à Londres et Design Joburg en Afrique du Sud) accueillait 80% de marques internationales, contre 20% de locales.

Deux ans plus tard, la proportion s’équilibre déjà à 50-50. Beatrice Leanza, directrice de création de la Beijing Design Week (@BJDW) de 2013 à 2016 et aujourd’hui commissaire et directrice du programme international de cette dernière vient justement de présenter à Taipei et à Turin, un petit livre  (« Across Chinese Cities –115 ideas in action ») recensant un éventail de projets architecturaux et design. Ceux-ci donnent un aperçu éclectique mais imparable du potentiel créatif de la Chine contemporaine : Son constat est clair : « L’immense capacité logistique de la Chine, son aptitude à considérer l’amateurisme comme une force d’innovation, sa richesse culturelle et sa vitalité entrepreneuriale ne peuvent que constituer une base solide pour un scenario d’expansion mondiale.

« Shanghai est une ville beaucoup plus mure commercialement pour le design, mais Pékin est plus avant-gardiste. A Shanghai, vous ne trouverez jamais rien de laid, mais jamais rien de réellement surprenant non plus. »

D’autant plus que, tous clichés de développement fulgurant et de dérégulation galopante mis à part, on découvre au contraire aujourd’hui en Chine un réseau grandissant de designers-makers mais aussi de penseurs ou d’entrepreneurs – plus intéressés par le fait de créer, localement, leur propre rôle et leur propre système de valeurs que de spéculer dans un monde de soi-disant « opportunité globale ». Dans ce contexte, Pékin et Shanghai affirment et affinent leurs différences. Shu Wei, fondatrice de ZaoZuo les résume ainsi : « Shanghai est une ville beaucoup plus mure commercialement pour le design, mais Pékin est plus avant-gardiste. A Shanghai, vous ne trouverez jamais rien de laid, mais jamais rien de réellement surprenant non plus. »

Les bibliothèques en laiton « Shui Di », de Xu Ming et Virginie Moriette, du studio MVW pour jouer avec les vides et les pleins.
Les bibliothèques en laiton « Shui Di », de Xu Ming et Virginie Moriette, du studio MVW pour jouer avec les vides et les pleins. DR

Alors que M+,  le musée dédié aux cultures visuelles, à l’art, au design, et à l’architecture du XX° et XXI° siècle – souvent décrit comme écrit comme le plus important projet de musée d’art contemporain depuis le Centre Pompidou dans les années 1970 – doit ouvrir ses portes à Hong Kong à l’horizon 2019. Piasa vient d’organiser à Paris le 25 octobre 2016 la première vente aux enchères de design chinois jamais réalisée en Europe à ce jour. Regroupant trois générations de créateurs allant de Shao Fan connu pour ses mises en perspectives artistiques du style Ming à l’auto-revendiqué « artisan digital » Zhang Zhoujie en passant par le duo sino-français de MVW, la vente a été un succès puisque un tiers des pièces présentées (29 lots sur 90 pour être précis) ont trouvé acquéreur. Pas de doute : la reconnaissance internationale du design « made in China » est en marche.

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