Après s’être produite fin septembre à La Briqueterie, la danseuse et chorégraphe Maud Le Pladec prendra, début 2017, la direction du Centre chorégraphique national (CCN) d’Orléans et travaille actuellement sur sa nouvelle pièce, Moto-Cross, un hommage à son père disparu.

Avec Moto-Cross, Maud Le Pladec s’inscrit dans un cycle chorégraphique abstrait qui lui est cher, regroupant musique et texte. C’est ce que révélait Hunted, créé en janvier 2015 avec la performeuse américaine Okwui Okpokwasili, une mélopée incantatoire mêlant parole, chant, danse et musique. Inspirée du livre d’Anna Colin, Sorcières pourchassées, assumées, puissantes, queer, la pièce fut présentée cet automne aux Plateaux de La Briqueterie, Centre de développement chorégraphique (CDC) du Val-de-Marne.

Sa prochaine création, Moto-Cross, qu’elle interprétera en solo, est un projet qui s’articule autour de la culture pop. Une autobiographie née d’une commande faite à plusieurs auteurs, dont Eléonore Weber et Vincent Thomasset, regroupant également des textes de la chorégraphe. « Moto-Cross parle de l’enfance, de l’intime et du politique, de l’émancipation sociale, de toute une époque en fait, dit-elle. La pièce parle également de motocross, qui était la passion de mon père, et ma hantise. Mais est-ce qu’on ne se construit pas finalement à partir de ce qu’on rejette ? »

Il y a sept ans, Maud Le Pladec fonde sa compagnie et développe le projet de l’association de production chorégraphique Léda. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, sa compagnie vient d’être désignée « compagnie nationale », une semaine avant que sa fondatrice soit nommée directrice du CCN d’Orléans. C’est la première fois qu’on lui confie une telle charge, et celle d’Orléans n’est pas un pur hasard, puisque la jeune femme, vivant actuellement à Rennes, connaît bien cette scène pour y avoir dansé plusieurs fois. « J’aime toujours autant être sur un plateau, avoue-t-elle. J’y ai fait les plus belles rencontres de ma vie, Loic Touzé, Mathilde Monnier, Boris Charmatz et, dernièrement, Thomas Jolly, Dorothée Munyaneza, Guy Cassiers… »

Reprendre la direction d’un tel lieu s’inscrit dans le cadre d’opérations de grande envergure, puisque le projet de Maud Le Pladec consistera à faire sortir la danse du CCN et à aller à la rencontre de tous les publics avec des projets mêlant danse et architecture dans l’espace urbain et des performances menées dans le cadre de diverses manifestations culturelles. « Il s’agit en fait de construire un quartier de la création en étroite collaboration avec Séverine Chavrier, la nouvelle directrice du Centre dramatique national, mais également avec le Fond régional d’art contemporain de la région et l’Astrolabe, la scène locale de musiques actuelles, reprend-elle. Et cela est très révélateur, pour une ville comme Orléans, d’avoir nommé deux femmes de 40 ans à de tels postes. Le CCN connaît aujourd’hui une phase de transition et mon objectif est d’en faire un lieu repéré et lisible, une maison de production, mais aussi un espace de création et de rencontres dédié aux écritures contemporaines les plus diverses, et cela en ouvrant nos portes pour faire voyager la danse et la rendre visible dans des lieux qui lui sont, ou non, consacrés. »

Parcours

Maud Le Pladec

Après une formation Ex.e.r.ce au Centre chorégraphique national de Montpellier, Maud Le Pladec reçoit en 2009 le prix de la révélation chorégraphique du syndicat de la critique française. En 2010, elle crée Professor, puis Poetry, l’année suivante. En 2012, débute le projet To Bang on a Can, construit sur de la musique pop minimaliste américaine, un polyptyque débutant par Ominous Funk et Démo, se poursuivant avec Democracy, et s’achevant avec Concrete en 2015. La même année, elle collabore à la création de l’opéra baroque Xerse à l’opéra de Lille et innove avec Hunted, un chantier de recherche et de création autour du texte. En 2016, elle travaille avec l’Opéra national de Paris sur Eliogabalo et est nommée, en juin 2016, directrice du CCN d’Orléans.

Parallèlement à sa création, qu’elle entend bien évidemment privilégier, la nouvelle directrice veillera aussi à assurer la production d’autres compagnies, grâce à des accueils studio et à des programmations de festivals. Sont également prévus des projets radiophoniques, des workshops, des expositions, des résidences, ainsi que des programmes de recherche, de formation et de transmission de la culture chorégraphique, à travers des interventions dans des écoles et dans des collèges. Pas de temps mort donc pour cette jeune femme engagée et dynamique, chef de file de la danse abstraite, qui a également été nommée, cette année, artiste associée à la Briqueterie, CDC du Val‑de‑Marne. C’est dans cet état d’esprit qu’elle a travaillé en septembre dernier pour l’Opéra de Paris, créant une chorégraphie pour Eliogabalo, l’opéra baroque de Francesco Cavalli – mise en scène de Thomas Jolly, costumes de Gareth Pugh et direction d’orchestre de Leonardo García Alarcón. Un métissage très successfull… 

Association Leda : +33 (0)2 99 66 40 52 et www.maudlepladec.com

Agenda

Poetry : le 19 janvier, au Centre Beaulieu de Poitiers.
Moto-Cross : les 9, 10 et 11 février, au festival Le Moi de la danse, Les Subsistances, à Lyon.

Dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne :
4 mars : Concrete, au Pôle culturel d’Alfortville.
8 mars : festival Concordan(s)e à la Briqueterie de Vitry-sur-Seine.
30 et 31 mars : Moto-Cross, à la Briqueterie.

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