C’est l’une des universités les plus réputées de Chine, la meilleure de la mégapole, et elle a fait son entrée dans l’un des fameux top 50 des meilleures universités mondiales… C’est aussi l’une des portes pour accéder au pouvoir. Visite.

Coup d’arrêt sous Mao

Mais Mao Zedong arrive au pouvoir en 1949, entraînant une révolution. A travers tout le pays, les universités doivent désormais suivre les ordres du nouvel État communiste. Fudan se recentre alors sur deux piliers : les sciences et les lettres. Seules neuf disciplines sont autorisées. Les autres départements sont supprimés. C’est le cas, par exemple, de celui de sciences politiques, l’ancêtre de l’actuelle School of International Relations and Public Affairs (Sirpa), que préside aujourd’hui Chen Zhimin.

Fondé en 1923, puis supprimé par Mao, le département revoit le jour… quarante ans plus tard, centré cette fois sur l’étude des relations internationales. « Au milieu des années 60, la Chine a eu besoin de former les cadres du Parti au monde qui les entourait, explique ce professeur de 50 ans qui a fait toutes ses études et toute sa carrière académique à Fudan. Les autorités se sont mises d’accord sur une répartition des tâches. On a confié à Fudan, puisque nous sommes à ­Shanghai, l’étude du monde capitaliste, tandis que deux autres universités, à Pékin, s’occupaient du monde en développement et des pays socialistes. C’est comme cela que nous avons commencé nos recherches sur l’Europe, les États-Unis et le Japon. »

Zhang Yi, professeur de 42 ans, dirige le Fudan Development Institute, le « think tank » de l’université.
Zhang Yi, professeur de 42 ans, dirige le Fudan Development Institute, le « think tank » de l’université. Olivia Martin-McGuire

Aujourd’hui, la Sirpa compte 1 700 étudiants, pour la plupart des Chinois en master. L’école offre aussi un double diplôme avec Sciences-po Paris et plusieurs formations entièrement en anglais. Car Chen Zhimin a fait de l’internationalisation sa priorité. « Un tiers de nos 70 professeurs permanents ont obtenu leur thèse à l’international, et la moitié d’entre eux peuvent faire leurs recherches, ou enseigner en anglais », se félicite-t-il.

Il vient d’ailleurs de recruter deux enseignants, l’un issu de l’université de Nottingham, au Royaume-Uni, l’autre de l’université du Connecticut, aux États-Unis. Zhang Yi, la présidente du Fudan Development Institute, encourage elle aussi l’internationalisation. « C’est notre force. Nous dispensons 15 programmes en anglais, même la médecine, dit-elle, justement dans la langue de Shakespeare, pendant qu’une employée note mot à mot ses propos, comme le veut l’usage lors des entretiens officiels en Chine. Nous voulons faire de nos étudiants des citoyens du monde. C’est très important, car nous sommes à Shanghai et je pense surtout, mais c’est mon point de vue strictement personnel, reprend avec précaution Zhang Yi, que les villes les plus innovantes sont aussi celles qui sont les plus multiculturelles. »

Thématiques associées