C’est l’une des universités les plus réputées de Chine, la meilleure de la mégapole, et elle a fait son entrée dans l’un des fameux top 50 des meilleures universités mondiales… C’est aussi l’une des portes pour accéder au pouvoir. Visite.

De célèbres alumni

Fudan fut aussi l’une des premières facs de Chine à être dirigée par une femme, la physicienne Xie Xide, passée par le MIT. Depuis deux ans, Xu Ningsheng, son président actuel, est un autre grand physicien chinois, formé, lui, au Royaume-Uni. Elle compte, enfin, un vaste réseau d’anciens élèves, avec quelques têtes d’affiche. Parmi ses alumni célèbres : Zhu Min, l’ex-bras droit de Christine Lagarde au FMI, mais aussi le milliardaire Guo Guangchang, le propriétaire du Club Med, ou encore Wang Huning. Ce Shanghaïen de 61 ans fait partie des 25 puissants membres du Politburo du Parti communiste chinois (PCC) et est un proche conseiller du président chinois, Xi Jinping.

Antichambre du pouvoir, Fudan se visite comme un musée, au fil des bâtiments d’époque. Mais son campus ressemble davantage à un jardin botanique, avec ses magnolias, ses bambous, ses platanes si hauts et si feuillus qu’ils forment une voûte parfaite au-dessus des petites rues. Tout rappelle le charme ancien de l’ancienne concession française de Shanghai, cette enclave coloniale obtenue par le Quai d’Orsay au milieu du XIXe siècle, à la suite de la défaite chinoise lors des guerres de l’Opium. Comme ailleurs dans la ville, les étudiants font sécher leur linge aux fenêtres de leur dortoir, sur de longues cannes de bambou…

Les étudiants font sécher leur linge aux fenêtres de leur dortoir.
Les étudiants font sécher leur linge aux fenêtres de leur dortoir. Olivia Martin-McGuire

10 % d’étudiants étrangers

Petit miroir de Shanghai, la plus cosmopolite des villes chinoises, Fudan compte également 3 000 étudiants étrangers, soit presque 10 % des effectifs totaux, un taux sans pareil dans l’enseignement supérieur en Chine. Leur point de repère, sur le campus historique de Handan, l’un des quatre que compte l’université à travers Shanghai, est l’International Student Office, logé dans de coquettes maisons de brique grise.

Dans cette harmonie architecturale, seules les tours Guanghua – deux constructions jumelles de 30 étages, érigées en 2005 à l’occasion du centenaire de Fudan – gâchent un peu le paysage par leur monumentalisme. « Fudan, c’est la carte de visite de Shanghai ! Pour être honnête, cette formule n’est pas de moi, c’est un haut responsable de la municipalité qui l’a utilisée un jour dans un discours. Je la trouve parfaite », s’enthousiasme Qian Yimin, un historien de 43 ans.

Lui-même formé à Fudan, ce professeur est intarissable sur l’histoire de l’université, laquelle commence, au tournant de 1900, avec Ma Xiangbo, son illustre fondateur, un prêtre éduqué chez les jésuites français de Shanghai. « C’était un fin connaisseur de la culture française, un grand lecteur de Voltaire. D’ailleurs, son petit frère est un ancien diplômé [en 1879, NDLR] de l’École libre des sciences politiques de Paris, l’ancêtre de Sciences-po. »

De nombreux visiteurs sillonnent l’université. Ici, devant le Japanese Research Centre.
De nombreux visiteurs sillonnent l’université. Ici, devant le Japanese Research Centre. Olivia Martin-McGuire

Alors qu’à Pékin la cour impériale des Qing vit ses dernières années, Ma Xiangbo, lui, veut donner à la Chine une université moderne. Avec l’aide des jésuites, il fonde, en 1903, une première université, baptisée Zhendan, « l’Aurore ». « Les missionnaires catholiques voulaient en faire un centre d’études sur la culture française. A cette époque, cependant, les étudiants en Chine se concentraient surtout sur l’anglais, car la Chine commerçait davantage avec le Royaume-Uni qu’avec la France. Petit à petit, il y a eu un conflit. En 1905, un étudiant a donc proposé de créer une nouvelle université, qui allait être Fudan. 130 camarades l’ont rejoint dans cette rébellion », raconte Qian Yimin. Fudan est ensuite formellement établie.

Malgré son âge avancé, Ma Xiangbo occupera, jusqu’à son départ pour le Japon, le poste de doyen du département de français de Fudan, encore aujourd’hui l’un des meilleurs de Chine. Au début, le petit établissement n’a qu’un seul autre département : celui d’anglais, dirigé par Li Denghui, un Chinois diplômé de Yale, qui deviendra plus tard président de l’université. Lorsque l’empire s’effondre, en 1911, Fudan a déjà formé une soixantaine d’étudiants. ­Devenue l’université privée par excellence de ­Shanghai, elle s’enrichit alors de nouveaux champs d’études : commerce international, sciences de l’éducation, journalisme, économie, droit, agronomie, etc.

Étudiants dans une salle d’étude…
Étudiants dans une salle d’étude… Olivia Martin-McGuire

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