Ce mercredi, les grands noms de la musique s'étaient donné rendez-vous à Paris autour d'un homme, un grand, le trompettiste Ibrahim Maalouf. The Good Life était de la partie, l'occasion de revenir sur les 10 ans de carrière du transfuge franco-libanais.

Ce soir, l’ AccorHotels Arena fait salle comble. Ibrahim Maalouf et sa clique ont réuni sans effort 20.000 fans sous les voûtes emblématiques de Bercy, à Paris. Sur scène, les invités de marque se succèdent: Oxmo Pucino, Mathieu Chédid, LEJ, Amadou et Mariam, Tryo pour ne citer qu’eux…

Dans la salle, un parterre de trentenaires assiste transi au spectacle incroyable que leur offre ce néo-génie de la trompette : un medley précieux de ce qu’il sait faire de mieux, oscillant entre le jazz suave de ses débuts, le rock progressif ou encore le blues, le tout teinté de ces sonorités orientales et baroques qui ont depuis longtemps fait sa réputation.

Fils de virtuoses

C’est pourtant très loin de la scène que se projette Ibrahim Maalouf alors qu’il n’est qu’un enfant. Né au Liban en 1980 d’un père trompettiste et d’une mère pianiste, le jeune garçon n’a alors qu’une idée en tête : devenir architecte. « Avec la guerre du Liban, mon rêve, c’était de reconstruire Beirut » lançait-il à Laurent Ruquier sur le plateau de l’émission On n’est pas couchés en 2014.

Un objectif qui dénote dans une famille de musiciens mais qu’il ne perdra complètement de vue que jeune adulte, après de nombreux aller-retours entre la France et le Liban et ses premières compositions musicales, qu’il expérimente au piano. « J’ai toujours préféré le piano ! Ce n’est qu’ensuite, avec mon père, que j’ai développé mon goût pour la trompette ».

Trompette d’exception

« 4 pistons au lieu de 3 ». Inventée par son père dans les années 1960, Ibrahim Maalouf est aujourd’hui le seul artiste à jouer de ce drôle d’instrument qui lui permet de développer les quarts de tons essentiels aux harmonies orientales, et d’impulser du même coup un vent de fraîcheur au répertoire classique de sa trompette.

Le reste de son parcours sera fulgurant : deux Conservatoires Nationaux, une quinzaine de prix… Ce n’est qu’après « Diasporas », un premier album qu’il doit produire lui-même en 2007, faute de maison de disque, que le nom du virtuose commence à se propager au-delà des écoles dans lesquelles il enseigne. Pour la première fois de son histoire, la trompette se fait le synonyme d’un son pop et décomplexé infusé de notes jazz.

Artiste protéiforme

Rapidement, le nouveau talent touche-à-tout enchaîne les collaborations surprenantes, simplement guidé par son amour de la musique et son impressionnante capacité à renouveler son répertoire. Vanessa Paradis, Juliette Greco, Jeanne Cherhal, Georges Moustaki, Vincent Delerm, Enrico Macias, Thomas Fersen, Sting ou Salif Keita… les grands se pressent pour partager la scène avec ce virtuose.

Jamais à court d’idées, le Franco-Libanais de 36 ans brouille les pistes avec toute la décontraction qui caractérise sa génération. Un éclectisme qui fait de lui l’une des pierres angulaires de sa bande de « potos » pour reprendre le titre culte de son ami rappeur et poète parisien Oxmo Pucino, avec lequel il composera en 2014 « Au Pays d’ Alice », une allégorie musicale et presque cinématographique dans laquelle le duo réinterprète le conte de Lewis Carroll.


Caméléon

Trop libre pour les puristes ? Possible… En 2013, alors qu’il remporte le prix de l’ Artiste de l’année aux Victoires du Jazz, une partie de la critique se soulève. Trop pluriel, trop pop ou trop éparpillé, Ibrahim Maalouf ne serait pas un vrai jazzman. Tant mieux : l’artiste ne souffre pas les classifications. Jamais où on l’attend, il séduira la même année les metteurs en scène en vogue, de Jalil Lespert et son Yves Saint Laurent à Kim Chapiron pour La crème de la crème, où ses compositions flirtent avec celles des très branchés Justice ou Sébastien Tellier.

Une image hype dont le musicien de 36 ans ne se contente pas : en novembre, c’est encore lui que l’on retrouvait sur scène avec Sting pour la réouverture du Bataclan.

Rien d’étonnant pour les afficionados du Franco-Libanais, qui produit une musique appelant à la fraternité, au respect et à l’amour, et recevait en 2011 une distinction de l’UNESCO pour son travail incitant au dialogue interculturel entre le monde arabe et occidental.

A voir les visages émus et les étreintes spontanées du public ce soir là, une chose est sûre : depuis Ibrahim Maalouf, la trompette s’est dotée d’une nouvelle vertu, celle d’adoucir les moeurs.