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Hotels, palaces et lodges

The Good Palace #2 : Le Taj Mahal Palace, un mélange de styles

Planté depuis plus d’un siècle au bord de la mer d’Arabie, dans le quartier populaire de Colaba, le plus luxueux hôtel de Bombay appartient à la famille Tata et reste une adresse aussi mythique qu’incontournable, objet de tous les fantasmes.

Il se trouvera toujours un nostalgique ou deux pour regretter la grande époque, celle des années 70, où la jeunesse dorée de ­Bombay se déhanchait toute la nuit au 1900, la boîte de nuit qui se trouvait dans ses entrailles, avant d’aller plonger aux premières lueurs du jour, tout habillée, dans la piscine encadrée de cocotiers. C’était l’époque où la mer d’Arabie était encore assez propre pour qu’on puisse s’y baigner, l’époque où les tours en béton n’avaient pas encore supplanté les villas XIXe siècle qui bordaient ­Marine Drive, le bruyant boulevard en arc de cercle qui n’était alors qu’une paisible plage. Le Taj Mahal ­Palace est déjà là, centenaire étincelant planté face à la baie qui a donné son nom à la ville, veillant jalousement sur la célèbre porte de l’Inde, cette arche symbole de Bombay érigée en 1924 pour commémorer le passage, quelques années plus tôt, de Leurs Majestés le roi d’Angleterre George V et la reine Mary. A entendre les fantasmes dont il est l’objet, il n’est pas prêt de perdre son rang : celui du plus mythique hôtel d’Inde. « Nous nous devons d’entretenir la légende et d’accueillir nos hôtes aussi dignement qu’autrefois leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents », sourit le directeur de l’établissement, ­Taljinder Singh.

Certes, depuis l’attaque terroriste de 2008, l’endroit a été transformé en forteresse et le charme, quelque peu écorné par les multiples portiques de sécurité. Pour autant, la magie continue d’opérer, et le voyageur d’aujourd’hui ne voit pas grande différence avec ce que découvrit Pier Paolo ­Pasolini en pénétrant dans ces lieux en 1961. L’écrivain italien racontera, dans L’Odeur de l’Inde, avoir eu l’impression « de déambuler dans un gigantesque instrument de musique », empli de « boys vêtus de blanc et de portiers coiffés du turban de gala ». Les rats ont déserté les couloirs, les cafards, abandonné les cuisines. Mais l’hôtel est toujours « miné de part en part de corridors et de salons aux plafonds très hauts », avec des chambres « chargées de meubles hétéroclites » et équipées de ventilateurs « pareils à des ­hélicoptères ».

Un refuge pour les grands de ce monde
En ce temps-là, le bâtiment d’origine n’avait pas encore été flanqué d’une tour de vingt-deux étages, surgie d’un monde qui regardait rêveusement le premier Concorde s’envoler dans les airs. On y pénétrait par ce qui deviendra plus tard l’arrière-cour, en tournant en voiture à cheval autour du jardin où n’avait pas encore été creusée la piscine. Puis la municipalité a tracé une rue le long du rivage et l’entrée a été déplacée de l’autre côté de l’édifice. La mer était à l’arrière, elle est passée à l’avant. De là peut-être la légende qui accuse ses bâtisseurs d’avoir construit l’hôtel à l’envers. On raconte que l’architecte du Taj Mahal Palace était français, et qu’en arrivant à Bombay pour voir le résultat de son travail, il découvrit l’erreur avec effroi et mit fin à ses jours en se jetant du cinquième étage.

En vérité, l’hôtel a été dessiné par deux architectes indiens, S. K. Vaidya et D. N. Mirza, assistés d’un ingénieur anglais, W. A. Chambers. « Si le jardin n’a pas été placé côté mer, c’est que les concepteurs voulaient que les chambres puissent être rafraîchies par la brise du matin qui arrive de l’est, et que le jardin jouisse de la brise du soir arrivant de l’ouest », assure Viren de Sa, un guide intarissable qui a fait faire le tour du propriétaire à des milliers de voyageurs. Comme toutes les vieilles familles du quartier colonial de Colaba, il dit « Bombay » et non « Mumbai », le nom dont la mégapole de 20 millions d’habitants a été affublée lorsque les nationalistes hindous ont pour la première fois dirigé l’Inde, il y a vingt ans.

Au rez-de-chaussée du Taj Mahal Palace, les Vuitton, Dior et autres Montblanc ont posé leurs valises voilà une décennie à peine, à côté de boutiques historiques, comme celle du joaillier Gazdar, dirigée par Ravin Gandhi. « Si le monde extérieur est bouleversé par des révolutions, à l’intérieur du Taj, rien ne change, explique-t-il. Depuis les origines, les clients viennent chercher le plus haut niveau de perfection. Cet hôtel est immuable, et le restera pour des siècles. » En face, le magasin Burlingtons’ de ­Rudhra Kapur propose des vêtements dans la plus délicate tradition indienne et voit défiler les grands de ce monde – chefs d’État, acteurs de Bollywood, barons d’industrie – en quête de saris ou de costumes sur mesure. « Le Taj Mahal Palace est le seul endroit où les femmes peuvent porter les bijoux les plus somptueux, pour faire du shopping, mais aussi pour venir dîner en famille ou avec des amis », souligne ce natif de Bombay qui a vécu à Rome.

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