Ils pensent, explorent, révèlent, relookent et singularisent nos environnements. Ces magiciens enchantent le monde, en lui redonnant couleurs et poésie… Grâce à eux, la vie est belle !

Partition culte par Dimore Studio (Instagram : @Dimorestudio)

L’agence d’architecture intérieure Dimore Studio repose sur la complicité d’un Italien et d’un Américain. Ce métissage culturel associé aux goûts respectifs des deux fondateurs donne ce vibrato ébouriffant qui fait s’illuminer la planète déco. Tous deux issus de familles de fabricants de meubles, Emiliano Salci et Britt Moran se sont croisés sur le chantier d’un hôtel à Shanghai et ont fondé, en 2003, Dimore Studio à Milan. Les ateliers artisanaux lombards fabriquent leurs pièces, comme la suspension 028, qui se déroule en anneaux, ou la table 063, au tablier de marbre veiné. Puis vient la première commande emblématique d’architecture intérieure : le Ceresio 7, le fameux bar et restaurant milanais. A tomber !

Ceresio 7, Milan.
Ceresio 7, Milan. DR

N’ayons pas peur des mots : le Ceresio 7 n’est qu’harmonie et beauté, grâce à un sens du contraste juste, entre passé et contemporain, et un équilibre entre les créations Dimore Studio et des pièces chinées de bonne facture. S’y ajoute une palette prise dans l’harmonique sourde des verts et des bleus qui distillent une atmosphère lumineuse et propice au songe. Toutefois, Britt Moran et Emiliano Salci n’oublient pas la fonctionnalité et le confort qui rendent chaque lieu habitable en plus d’être unique. Ce vocabulaire élégant est d’ailleurs lisible dans leur galerie milanaise, culte dès le jour de son ouverture, quand on y a découvert ce maelström cérébral qui dynamite les conventions. Les marques du luxe les adorent, comme Aesop, dont ils ont réalisé la boutique de la rue du Vieux‑Colombier, à Paris, et celle de Milan dernièrement – en caissons de métal bleu aquatique. Le duo vient de terminer les 1 200 m2 du concept‑store Lagrange 12 à Turin et le flagship Boglioli à New York.

Laura Gonzalez, la reine de l’hétéroclite chic

The Good Life : Comment le style « hétéroclite chic » peut‑il évoluer ?
Laura Gonzalez : Le chic a toujours de l’avenir, intemporel, souvent classique. J’aime le mélanger afin, justement, de le moderniser et de le personnaliser. Pour l’hétéroclite, c’est une question d’équilibre. Un nouveau virage serait de l’harmoniser à des choses actuelles et élégantes. Je ne suis pas partisane des gros contrastes de style.

TGL : Quels sont les projets de votre agence, Pravda Arkitect ?
L. G. : Nous travaillons sur 20 projets : des restaurants, des hôtels, ainsi que sur des projets pour des particuliers. Nous finissons une maison à Londres, où nous avons bénéficié d’une vraie liberté dans les choix de tissus et de mobilier. Nous commençons également la rénovation totale du restaurant de la Salle Pleyel et nous reprenons les travaux pour le Relais Christine.

Auteuil Brasserie, Paris.
Auteuil Brasserie, Paris. Véronique Mati

TGL : Quel regard portez-vous sur vos réalisations d’hier ?
L. G. : Mes projets antérieurs montrent mon évolution et sont les témoins de moments de ma vie. Le Bus Palladium, à Paris, mon premier chantier, déploie un style mixte avec du mobilier chiné, du papier peint à motifs, des tissus mélangés. Maintenant, j’évolue vers le « luxe brut ». C’est assez amusant de voir la progression entre les différents chantiers. Il faut rester curieux ! Et ne pas avoir peur d’utiliser de nouvelles matières ou couleurs.

TGL : Préférez-vous un cadre bien défini ou une carte blanche ?
L. G. : La carte blanche, bien sûr, qui permet de s’exprimer sans contrainte et sans budget ! D’un autre côté, suivre un cadre précis nous pousse dans nos retranchements et oblige à tenir compte de détails ou d’impératifs.

Faye Toogood, la mentaliste du design

Avant d’évoquer le design de Mrs. Toogood, précisons ses affinités avec la psychologie, l’introspection artistique (si, si) et l’exploration de la matière ! Historienne de l’art, Faye Toogood démarre sa carrière au magazine The World of Interiors, où elle restera dix ans. Lors de l’entretien d’embauche, elle déballe, en guise de CV, une valise bourrée de tout ce qu’elle aime ! Elle fonde ensuite, en 2008, le Studio Toogood et offre, selon les collaborations, ses talents en direction artistique, en événementiel, en design d’intérieur… Mais, en solo, elle travaille comme un sculpteur, un performer, et dimensionne sa création dans l’espace. Ce flirt permanent avec l’artistique la rend atypique, de même que sa façon originale de faire circuler les ères dans les… aires, en télescopant les époques.

Faye Toogood.
Faye Toogood. DR

Elle aime en effet l’ancien et le contemporain, les puces et le neuf, le raccommodé et le précieux, le brut et le doux, sans oublier la nature. En clair, son travail combine des juxtapositions inattendues, du théâtral, du tactile – le fait‑main et l’artisanat sont essentiels pour elle. Elle se décrit comme « une bricoleuse obsessionnelle ». Entendez par là qu’elle mélange, arrange, adapte, réinstalle – dans sa propre maison, l’introduction de tout nouvel objet engage le réaménagement complet de l’espace ! Son studio collabore avec Comme des Garçons ou Alexander McQueen, mais aussi Selfridges – pour qui elle imagine un concept basé sur l’androgynie, composé notamment d’objets vendus dans des boîtes d’archives et point de départ de sa création de produits. Hermès lui doit aussi une réalisation culottée autour de son label Petit h : des vitrines londoniennes noyées de cuirs sanglants. Lors du dernier London Design Festival, Faye Toogood a créé des carrelages pour la marque de céramiques Made a Mano, utilisant la lave de l’Etna vitrifiée puis colorisée. Évidemment, elle en a fait une installation entre matérialité et expérimentation – des tables en pierre de lave sculptée de creux emplis d’une glaçure qui évoque les cratères déformés du volcan.

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