Vasantha Yogananthan
Dallas, maximale city

Huit acteurs majeurs de l’économie dallasienne

La Maximale City de notre numéro spécial « 5 ans » de The Good Life est consacrée à Dallas !
Symbole de richesse et porteuse de nombreux clichés, Dallas est en train d’opérer une mutation rapide qui lui garantit un avenir égal à celui de New York ou de San Francisco. Une ville qui offre d’incroyables opportunités de business et d’emplois, la qualité de vie en prime. The Good Life a tiré le portrait de huit acteurs de son économie.

Sean Donohue, CEO de l’aéroport Dallas-Fort Worth

Sean Donohue.
Sean Donohue. Vasantha Yogananthan

Cela fait trente ans que Sean Donohue, 53 ans, Américain né à Paris, travaille dans l’aérien, et trois ans qu’il dirige le plus gros aéroport du monde en nombre de rotations – 800 par jour. Son parcours professionnel va de la compagnie United Airlines, où il a passé vingt-cinq ans, à la direction de l’aéroport de Brisbane (Australie), en passant par Virgin. Avec ses sept pistes d’atterrissage et une superficie qui dépasse celle de l’île de Manhattan, à New York, DFW Airport représente aussi la plus grosse activité de la métropole de Dallas. Il est aujourd’hui le troisième aéroport le plus fréquenté du monde. « Nous sommes à quatre heures des villes les plus à l’est ou de celles les plus à l’ouest. » Un seul regard sur la carte des États-Unis suffit : le global hub de Dallas se trouve au centre du pays. D’aéroport domestique, il y a quelques années, il est devenu un carrefour international pour les frequent flyers, relié, par vols directs, à Sydney, Dubaï, Abou Dhabi, Doha, Paris, Rome, Amsterdam, mais aussi Pékin, Shanghai ou Hong Kong.

« On peut encore grandir, explique sans prétention Sean Donohue. Il n’y a, ici, pas de contrainte d’espace. » De nombreux projets sont en cours, dont un service de train à grande vitesse en 2021 pour relier Houston en une heure trente, au lieu des quatre heures trente actuelles. Avec 7 milliards de dollars de revenus annuels, plusieurs milliards peuvent être consacrés aux infrastructures et à la rénovation des terminaux afin de satisfaire aux besoins des 65 millions de passagers. Ce rayonnement international est très clairement l’une des raisons qui ont poussé certaines grandes entreprises à s’installer à Dallas, comme Toyota, qui a quitté la Californie pour s’installer à Plano, non loin de l’aéroport, dans la banlieue nord. Lorsqu’on demande à Sean Donohue pour quelles raisons (à part l’aéroport) Dallas attire autant les sièges sociaux des entreprises, il répond, laconique, que « c’est une ville accueillante. A comparaison égale, le coût de la vie y est nettement moins élevé qu’en Californie. Il n’y a pas de taxe, et le marché de l’emploi est ­ultradynamique. Sans compter une université de médecine et des hôpitaux de premier plan. Le plus grand challenge à affronter, conclut-il, ce sont les tempêtes de pluies verglaçantes. Les inondations sont moins problématiques, car elles restent rares. » Y. de K.

Mark Cuban (@mcuban), investisseur tous azimuts

Mark Cuban.
Mark Cuban. John Lamparski - Getty Images

Mark Cuban a 5,6 millions d’abonnés sur Twitter. Si, en France, son nom n’apparaît que de temps en temps dans les pages de sport, il en est autrement aux États-Unis : quasi quotidiennement, un média rapporte l’une de ses opinions – il en a sur tout et ne se prive jamais de les exprimer. Mark Cuban est autant un businessman avisé qu’une bête médiatique. Difficile d’imaginer, depuis Paris, à quel point ce Dallassien est connu. D’abord grâce à la télévision où, depuis les années 90, il est, à tour de rôle, figurant, acteur, animateur ou invité de late shows. Il a même participé à l’émission « Dancing with the Stars », et il est, depuis 2010, l’un des requins de « Shark Tank », un programme de téléréalité qui invite des entrepreneurs à présenter leur projet devant des investisseurs. Et puis, il y a le sport ! Il possède l’équipe de basket des Dallas Mavericks, rachetée en 2000 à Ross Perot Jr., qu’il a enfin menée à la victoire (titre NBA en 2011). Malgré les poursuites judiciaires auxquelles il doit faire face, Mark Cuban n’a rien de sulfureux. C’est plutôt un impulsif, un touche-à-tout au franc-parler et un insatiable. Son parcours est jalonné de bons (et de moins bons) coups, mais, dit-il, « it doesn’t matter how many times you have failed, you only have to be right once » (peu importe combien de fois vous avez échoué, il suffit que vous ayez raison une seule fois).

Né à Pittsburgh, dans une famille populaire, la légende raconte qu’il a démarré sa carrière à 12 ans, en vendant des sacs-poubelle pour s’acheter une paire de baskets. Étudiant en école de commerce, il cumule les petits boulots et arrive à Dallas en 1982. Il commence par vendre des logiciels. Puis il fonde Microsolutions, une entreprise de service après-vente informatique, qu’il revend en 1990 à Compu­Serve pour 6 millions de dollars. Puis il se lance dans la webdiffusion et crée ­Broadcast.com, racheté en 1999 par Yahoo, pour une valeur de 5,7 milliards en actions. A partir de là, Mark Cuban commence à jouer dans la cour des grands. Il diversifie ses actifs, investit dans la production télé, le social software, le moteur de recherche, la technologie peer to peer… Il est aujourd’hui propriétaire ou partenaire d’environ 80 sociétés : le studio et distributeur de films Magnolia Pictures, la chaîne de cinémas Landmark, la compagnie d’aviation privée MLW Air, un portefeuille de start-up, et même une ferme urbaine à Dallas et une entreprise de cookies. Forbes estime sa fortune à 3 milliards de dollars. Mark Cuban, vice-­président des États-Unis ? Certains journalistes ont lâché son nom au début de la campagne présidentielle, arguant qu’il serait un real boost pour Hillary Clinton. Il n’a pas nié son intérêt pour un tel poste, et il s’est montré très actif dans son soutien à la candidate. En attendant une éventuelle carrière politique, il continue de mélanger les genres et de partager son expérience dans des livres qu’il vend en ligne. Des best-sellers, comme How to Win at the Sport of Business, à lire en portant un des tee-shirts affichant ses citations (en vente aussi), comme « When I die, I want to come back as me ! » S. B.

Howard Rachofsky, collectionneur

Howard Rachofsky.
Howard Rachofsky. Vasantha Yogananthan

« L’art est la meilleure chambre de commerce qui soit pour la ville de Dallas, déclare Howard Rachofsky, l’un des plus grands collectionneurs de la ville. La vie culturelle a un fort potentiel d’attraction pour les entreprises. On en a pris cruellement conscience lorsque, en  2001, Boeing a choisi Chicago plutôt que Dallas pour relocaliser son siège social. Les leaders ont très certainement été impressionnés par la présence de l’art à Chicago. » Aussi loin qu’il s’en souvienne, Howard Rachofsky a acheté des œuvres d’art. D’abord pour décorer, puis plus sérieusement dans les années 80, en achetant un peu de tout, et de manière beaucoup plus avisée à partir du milieu des années 90, lorsqu’il s’adjoint l’expertise d’Allan Schwartz­man, son art adviser. Avec son aide, il constitue une sélection pointue qui le distingue des habituels collectionneurs américains. « Si j’étais vraiment riche, j’aurais probablement une collection de trophées, avec des greatest hits ! » Certes, il ne recherche pas forcément les plus grandes signatures, mais il n’en est pas moins un acheteur sérieux. Riche, il l’est raisonnablement, grâce à la Bourse, où il a fait fortune en profitant des plus beaux jours de Wall Street dans les années 80. Et ce, depuis son bureau de Dallas, sa ville natale, qu’il n’a jamais quittée. Sa collection et celles de Marguerite Hoffman et de Deedie Rose – toutes deux veuves de riches hommes d’affaires – sont les plus importantes de Dallas. Les trois seront entièrement léguées au Dallas Museum of Art à la disparition de leurs propriétaires. « Le coup d’envoi de cette nouvelle image de Dallas a vraiment débuté avec l’implantation de l’Arts District. Enfin, nous avions des bâtiments d’architecte de grande qualité, capables d’accueillir des activités culturelles importantes. A partir de là, tout s’est épanoui. »

Howard et Cindy ­Rachofsky ont commencé à exposer en 1996, dans une maison commandée à l’architecte Richard Meier. Ni vraiment un musée, ni même une galerie, c’était une vraie résidence avec une garçonnière à l’étage, un espace qu’ils ont brièvement habité avant de se faire bâtir une maison privée. Elle leur appartient toujours, et sera, telle une œuvre de collection, léguée à la ville. Ils font partie des grands philanthropes de Dallas et, depuis 1999, organisent chaque année, chez eux, l’une des soirées les plus courues de l’année, la TWO x TWO for AIDS and Art, au bénéfice de ­l’AmfAR (fondation de recherche contre le sida) et du Dallas ­Museum of Art. Quand il n’est pas dans une foire internationale ou à la recherche d’une œuvre en Corée ou au Japon, Howard passe ses journées au Warehouse, un grand entrepôt où, avec l’aide de son commissaire, il monte des expositions à partir de ses collections et de prêts de ses amis. Des expos accessibles sur rendez-vous aux étudiants, aux professionnels et aux amateurs éclairés. « Ici, je fais ce que je veux, j’explore diverses idées sans avoir à dépendre de décisions bureaucratiques. Collectionner devient vite une addiction et, quand vous avez de l’argent, l’art devient un jouet, un objet de consommation comme un autre. Mais pour moi, c’est plus que cela. Je ne joue pas au golf, je ne sais pas chanter. J’ai attrapé ce virus qui, d’affection, est devenu obsession. » S. B.

Timothy Headington, pétrolier et promoteur

Timothy Headington.
Timothy Headington. Todd Williamson - Getty Images

Si, depuis 2008, le centre-ville de Dallas retrouve un peu d’animation et de glamour, il le doit, sans conteste possible, à Tim ­Headington et aux millions qu’il a bien voulu investir pour le dynamiser. Sa fortune, il la doit d’abord à un père et à un oncle, tous deux géologues, qui l’ont initié aux particularités des ressources naturelles. En 1978, il fonde, à Oklahoma, sa première compagnie, qu’il relocalisera en 1984 à Dallas. Il se contente alors d’acheter des terrains pétroliers, se constituant ainsi un patrimoine qu’il ne commencera à exploiter qu’au début des années 90. C’est à cette époque qu’il rencontre Pat Smith et Bill Johnston, ses actuels partenaires dans Headington Energy Partners.

La richesse, la vraie, et la notoriété qui l’accompagne, il l’acquiert en 2008, alors qu’il vend ses champs de pétrole du Dakota du Nord à XTO Energy (devenu ExxonMobil) pour 1,85 milliard de dollars. La même année, il ouvre l’hôtel Joule au cœur de Downtown Dallas, premier boutique-­hôtel de la ville, épicentre d’une transformation encore en cours, avec l’ajout, au fil des années, de nouvelles suites, de pent­houses, de restaurants ou de boutiques. Avec également la construction d’un magasin de luxe de quatre étages situé juste en face de l’hôtel et du premier magasin Neiman Marcus, tristement désert. Des lieux où sont disposées les nombreuses œuvres de sa collection. Le globe oculaire géant de l’artiste Tony Tasset et le terrain – encore vague – sur lequel il est posé lui appartiennent aussi, ainsi que de nombreux autres alentour.

Outre la revitalisation de Dallas, Tim ­Headington a une autre passion, le cinéma. Par l’intermédiaire de GK Films, la maison de production de Graham King, il a financé des longs métrages (Hugo, Rango, World War Z, Argo et Au pays du sang et du miel). L’argent du pétrole est aujourd’hui au service du prochain Lara Croft, prévu pour 2018. Et le businessman ne se contente pas de signer des chèques. Il est impliqué dans le choix des scénarios, des ­comédiens et de la réalisation. Cet homme, plutôt discret, a créé un pont entre Dallas et Los Angeles, mettant un peu de glamour au cœur de la cité texane. S. B.

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