L'objectif de la COP 21, limiter la hausse des températures à 2 °C d’ici à 2050, ne pourra se faire par la seule transition énergétique. Trop lente, trop coûteuse, celle-ci doit être accompagnée par d’autres technologies, y compris les plus contestées. La technologie du CSC, qui permet de capter et de stocker le carbone, en fait partie. Accusée de ralentir l’évolution vers des technologies vertes, elle est pourtant en train de gagner en maturité et pourrait se révéler indispensable.

La course aux innovations technologiques

Aujourd’hui, le marché du CSC est toutefois en train de relever la tête. Alors que le nombre de centrales à charbon dans le monde continue de progresser – plus de 2 400 centrales sont prévues d’ici à 2030 dans le monde –, le danger d’un boom des émissions a été plus clairement chiffré. L’AIE a ainsi calculé que l’abandon des technologies de CSC pourrait renchérir le coût de la lutte contre le CO2 de 2 000 milliards de dollars d’ici à 2050. Les projets de CSC se sont ainsi développés en Amérique, en Asie, et même au Moyen-Orient. A Abou Dhabi par exemple, la société Emirates Steel a récemment lancé un projet de récupération de 90 % des émissions de CO2 d’une aciérie, le CO2 étant ensuite exporté vers un champ pétrolier. En Europe, la dynamique impulsée par la COP21 a également permis de relancer les recherches sur le CSC, mais en mettant en avant, cette fois, l’aspect valorisation du CO2.

Le bio-CSC pour réduire les émissions de CO2

Le bio-CSC (ou BECCS, pour Biomass Energy CCS) représente la prochaine génération de technologies de CSC. Il consiste à combiner de la biomasse avec le CSC afin de réduire le volume de CO2 dans l’atmosphère. « Le concept est d’utiliser la biomasse, comme des plantes ou des arbres, pour capter du CO2, puis de la brûler et de récupérer le CO2. Le bilan CO2 est alors négatif, alors qu’il est neutre dans les technologies classiques de CSC », explique Andrew Purvis, du Global CCS Institute. Le projet Illinois Industrial CCS Project, mené à Decatur, dans l’Illinois, est l’un des premiers projets de bio‑CSC à grande échelle au monde. D’une capacité de captage de 1 M de tonnes par an, il fonctionne sur une usine d’éthanol à base de maïs du géant agro-industriel Archer Daniels Midland. Le CO2 est ensuite stocké dans une formation saline.

L’Ademe s’est ainsi concentrée sur la valorisation du CO2 produit par le secteur industriel, dont les émissions représentent un quart des émissions mondiales. « Nous travaillons sur l’utilisation du CO2 issu des émissions des cimenteries, des aciéries ou des industries chimiques comme matière première », confirme Aicha el-Khamlichi, de l’Ademe. L’agence travaille, par exemple, avec GRTgaz sur Jupiter 1000, un projet de « Power to Gas » sur le port de Marseille Fos. Il consiste à utiliser le CO2 des fumées industrielles pour le recombiner avec de l’hydrogène produit par une installation EnR, afin de produire du méthane de synthèse. Les travaux de recherche se sont attaqués à un autre verrou de cette technologie de captage : son coût. Il représente à lui seul près de 80 % de celui des installations de CSC. « Nous travaillons sur le captage postcombustion, qui consiste à capter le CO2 à l’aide de solvants [présentant une affinité pour les molécules de CO2, donc capables de se lier avec le CO2]. C’est de l’absorption chimique », explique François Kalaydjian. ­Arcelor Mittal et Air Liquide pourraient adopter cette technologie pour recueillir le CO2 des fumées de leurs hauts-fourneaux.

Total travaille également sur de nouvelles technologies de captage. « Après l’expertise acquise sur l’oxycombustion du gaz, à Lacq, nous travaillons sur de nouvelles technologies, comme les technologies de membranes », ­explique Dominique Copin, conseiller climat senior de Total. L’industriel collabore aussi avec l’Ifpen sur une technologie de combustion en boucle chimique (ou CLC, pour Chemical Looping Combustion) consistant à produire la combustion via de l’oxygène tiré d’un oxyde ­métallique. Cette technique, moins chère et plus efficace énergétiquement, est une vraie rupture dans le secteur. Preuve de la confiance retrouvée dans les technologies de CSC, le groupe pétrolier a décidé d’y consacrer 10 % de son budget recherche. Alors que l’avance de l’Europe sur les technologies de CSC a aujourd’hui fondu, le défi de la lutte contre le réchauffement climatique pousse de nombreux pays à se lancer dans ce domaine. Et la compétition risque bien de s’accélérer dans les années à venir, alors que le carbone tend à devenir une ressource de plus en plus valorisable.

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