Près de quarante millions d’étudiants ont fait leur rentrée à l’université cet automne aux États-Unis. Certains n’iront pas jusqu’au bout de leurs études, beaucoup en sortiront très endettés, mais tous estiment recevoir la meilleure formation possible pour affronter le marché de l’emploi. Rêve ou réalité ?

Emulation et discipline au service de l’excellence

L’impact du niveau d’études est fort aux États-Unis, et les grandes universités et ­colleges américains jouissent d’une réputation d’excellence, entretenue par des conseils d’administration composés, pour beaucoup, d’anciens étudiants, les alumni. Selon le classement établi par l’université Jiao-Tong de Shanghai, sur les vingt premières universités du monde, quinze sont américaines. « Les étudiants sont devenus plus pragmatiques dans leurs objectifs, estime Julian Zelizer, professeur à Princeton, université classée en tête du palmarès de l’US News & World Report des meilleurs établissement américains. Étant donné la pression du marché du travail, ils réfléchissent plus tôt à ce qu’ils veulent faire et à la façon de relier directement leurs études à un emploi potentiel. »

Selon Accenture Strategy, 77 % des diplômés d’université pensent que leur formation les a bien préparés au marché du travail. Le taux de chômage pour ces jeunes, après quatre années d’études, voire plus, atteint en moyenne 2,4 %, soit la moitié du taux national aux États-Unis, d’après les chiffres du département du Travail. Pour les développeurs informatiques, il n’est que de 1,8 %. La force des universités américaines réside ainsi dans leur capacité à s’adapter au monde du travail. Les investissements, en partenariat avec des entreprises privées, peuvent être considérables quand il s’agit d’offrir des cadres novateurs. L’université privée North­western, à Evanston, dans la banlieue nord de Chicago, a ouvert en juin 2015 un « incubateur d’idées », The ­Garage. Cet immense open space de 1 000 m2 – un ancien garage –, ouvert 24 heures sur 24, réunit les étudiants de toutes les disciplines autour des thèmes de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Les établissements offrent des cadres novateurs, en phase avec le marché du travail. En 2015, l’université Northwestern a ouvert The Garage, un incubateur d’idées autour des thèmes de l’entreprenariat et de l’innovation.
Les établissements offrent des cadres novateurs, en phase avec le marché du travail. En 2015, l’université Northwestern a ouvert The Garage, un incubateur d’idées autour des thèmes de l’entreprenariat et de l’innovation. DR

Les Lassonde Studios, au sein de l’université publique de l’Utah, constituent, là aussi, un lieu exceptionnel de créativité où les quelque 30 000 étudiants de ce campus de Salt Lake City se rencontrent, débattent ou construisent des prototypes. A New York, Cornell Tech fait aujourd’hui figure de référence en termes d’innovation. Avec pour motto « Pour ceux qui veulent changer le monde », cet établissement de l’université Cornell – encore en construction sur l’île Roosevelt, dans l’East River, située entre Manhattan et le Queens –, est dédié aux technologies et à l’entreprenariat. Un projet  de 2 milliards de dollars sur vingt-cinq ans, financé par des investisseurs privés et des entreprises comme Google, ainsi que par des philanthropes, pour la plupart des anciens élèves. *

Aux côtés de bâtiments ultra­modernes, écologiques, et d’espaces ouverts et modulables, le Bloomberg Center, un net zero energy building de 75 000 m2, fonctionnera entièrement aux énergies renouvelables produites sur place. Pour le doyen fondateur de Cornell Tech, Dan Huttenlocher, les vastes espaces interactifs encouragent à « voir les choses en grand ». De plus, le partenariat avec le Technion, le célèbre Institut ­israélien de technologie, offre une interaction unique avec d’autres centres à la pointe de l’innovation. Cet enseignement de qualité, déjà dispensé dans des locaux de Manhattan, avant l’ouverture du campus en 2017, a évidemment un coût : les frais de scolarité s’élèvent à 50 712 dollars par an, somme à laquelle il faut ajouter 2 560 dollars d’assurance maladie et près de 30 000 dollars pour un logement et pour les frais du quotidien.

Cornell Tech, encore en construction sur l’île Roosevelt, entre Manhattan et le Queens, est dédiée aux technologies et à l’entreprenariat. Le projet a été financé par des investisseurs privés, comme Google.
Cornell Tech, encore en construction sur l’île Roosevelt, entre Manhattan et le Queens, est dédiée aux technologies et à l’entreprenariat. Le projet a été financé par des investisseurs privés, comme Google. DR

3 questions à Meghan French

Directrice des relations extérieures à Cornell Tech.

Meghan French

The Good Life : Qu’attendez-vous des étudiants qui postulent à Cornell Tech ?
Meghan French : Nos étudiants ont tous en commun l’esprit d’entreprise et le désir d’avoir un impact sur la société. Nous formons les futurs leaders à l’âge du numérique à travers nos six masters. Les études à Cornell Tech favorisent l’esprit créatif, bâtisseur et ouvert à la collaboration dont les dirigeants ont aujourd’hui besoin dans le secteur des technologies. Notre modèle novateur, le Studio, permet aux étudiants de tous les horizons – informatique, monde des affaires ou encore droit – d’apprendre et de travailler ensemble dans le secteur technologique. Ils développent et apportent des solutions aux défis auxquels font face les entreprises.
TGL : Quels emplois vos diplômés trouvent-ils à la sortie de Cornell Tech ?
M. F. : Nos étudiants sont formés pour lancer leur propre entreprise – 29 start‑up ont été créées sur le campus depuis 2014 – et pour travailler aussi bien au sein des grandes entreprises technologiques que dans les start-up locales.
TGL : Les étudiants sont-ils plus anxieux qu’autrefois à l’idée de trouver du travail ?
M. F. : Le secteur technologique, à New York et dans le monde, se développe rapidement. Le problème n’est pas la recherche d’emploi par les étudiants, mais plutôt la recherche de personnes qualifiées par les employeurs.

L’obtention de bourses est possible aux États-Unis, mais les critères sont souvent très restrictifs. Le talent sportif, encouragé dès le plus jeune âge, ne permet qu’à une très faible proportion d’élèves d’en décrocher une. Selon la National Collegiate Athletic Association (NCAA), l’organisation qui régit le sport universitaire aux États-Unis, seuls 2 % des lycéens qui pratiquent un sport parviennent à obtenir une bourse. Quelques universités couvrent les frais de scolarité selon un programme spécifique : l’université Stanford, par exemple, propose cette année de payer entièrement un MBA (maîtrise en administration des affaires), environ 160 000 dollars tout compris, à condition d’aller travailler, une fois l’obtention du diplôme, dans l’un des douze États du Midwest, pour au moins deux ans. Il s’agit de régions, du Dakota du Nord à l’Ohio, qui souffrent de sous-­développement économique. ­

Malgré leur coût, les grandes universités américaines « restent extrêmement attractives », assure le professeur Julian Zelizer, de Princeton. Toutefois, le dernier classement mondial de la célèbre revue britannique Times High­er Education pourrait ébranler les idées établies. Pour la première fois en treize ans, la meilleure université du monde n’est pas américaine mais anglaise : Oxford détrône ses rivales d’outre-Atlantique. Cette année, les frais de scolarité s’y élèvent à 9 250 livres sterling (10 263 euros) pour les étudiants britanniques et européens… le quart de ceux des grands établissements privés américains.

Classement mondial 2016-2017 de Times Higher Education

1 – Oxford (Grande-Bretagne)
2 – California Institute of Technology (Caltech – États-Unis)
3 – Stanford (États-Unis)
4 – Cambridge (Grande-Bretagne)
5 – Massachussetts Institute of Technology, (MIT – États-Unis)
6 – Harvard (États-Unis)
7 – Princeton (États-Unis)
8 – Imperial College London (Grande-Bretagne)
9 – École polytechnique fédérale de Zürich (ETH Zurich – Suisse)
10 – université de Californie, Berkeley (États-Unis), et université de Chicago (États-Unis)