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The Good Airports

The Good Airport : Madrid-Barajas, l’éternel survivant

Attentat et crise économique… Malgré les récents déboires qu'a connu l'Espagne, l’Aéropuerto Madrid-Barajas Adolfo Suárez demeure un hub international de premier plan parsemé d'œuvres d’art. ¡ Ándale !

L’aéroport Madrid-Barajas a vu son premier vol civil décoller le 15 mai 1933. A l’époque il s’appelle encore Aeropuerto Nacional de Madrid et, en guise de piste, doit se contenter d’un gigantesque champ où est inscrit en lettres géantes le nom de la capitale espagnole. Néanmoins, tout va très vite et les vols internationaux commencent à se développer : l’Europe d’abord puis l’Afrique et, bien entendu, l’Amérique Latine. Trente ans (et cinq nouvelles pistes) plus tard, un deuxième terminal sort de terre et l’aéroport entre dans une nouvelle dimension, devenant l’un des plus haut-de-gamme du continent. Il dépasse même les attentes de ses maîtres d’œuvre en recevant deux fois plus de passagers que prévu… Dans les années 90, la saturation de l’aéroport conduit le gouvernement castillan à se poser la question d’une nouvelle structure pour désengorger Barajas…

Finalement, l’Etat espagnol opte pour un projet d’extension gigantesque comprenant une nouvelle tour de contrôle, une nouvelle piste, des plateformes innovantes de transport de bagages mais surtout un quatrième terminal, satellite des trois autres : c’est le « Plan Barajas ». Ces grandes manœuvres prennent fin en 2005 avec l’achèvement du T4, un terminal magnifique, théâtre d’un attentat meurtrier de l’ETA un an plus tard. Puis c’est au tour de la crise économique, qui a touché l’Espagne de plein fouet, de frapper l’aéroport et faire s’effondrer le nombre de passagers annuel, qui passe de 50 millions en 2008 à 39 millions en 2013. Cela n’empêchera pas Barajas de recevoir le prix de meilleur aéroport du monde décerné par Condé Nast Traveler en 2008 et de relever la tête petit à petit, notamment depuis 2014, année où Madrid a ajouté le nom du premier Président de gouvernement post-franquiste – un symbole de renaissance – à son aéroport : Adolfo Suárez.

Le système automatique de traitement des bagages pensé par Siemens voit défiler 12 000 valises par heure. Il est long de 115 kilomètres et relie le T4 et son « satellite » méridional. Un bijou à 300 millions d’euros, révolutionnaire pour l’époque qui a inspiré les aéroports les plus modernes, comme celui de Guangzhou (Chine).
Le système automatique de traitement des bagages pensé par Siemens voit défiler 12 000 valises par heure. Il est long de 115 kilomètres et relie le T4 et son « satellite » méridional. Un bijou à 300 millions d’euros, révolutionnaire pour l’époque qui a inspiré les aéroports les plus modernes, comme celui de Guangzhou (Chine). AENA

Le T4, c’est la fierté de l’AENA. L’entreprise gestionnaire de Barajas nous a confié : « L’aéroport est truffé d’œuvres d’art de grands maîtres (voir encadré), mais nous considérons le terminal 4 comme une œuvre à part entière. » Imaginé par Antonio Lamela et le starchitecte britannique Richard Rogers, il a reçu de nombreux prix, dont le Stirling en 2006. C’est son plafond délicieusement voluptueux qui a propulsé le terminal 4 dans la légende et qui le maintient dans le Top 10 des plus beaux aéroports de la planète. Le jaune, la couleur de la Castille, n’est pourtant pas la plus facile à manier… En donnant au plafond la forme d’une houle apaisante et en utilisant du bois, Rogers a réussi à transformer le T4 en espace zen, quasi hypnotique.

Le terminal T4 et ses vagues au plafond a reçu près d’une dizaine de prix d’architecture. Il est aujourd’hui le symbole de l’aéroport de Madrid et la signature d’une ville qui ne jure que par l’art.
Le terminal T4 et ses vagues au plafond a reçu près d’une dizaine de prix d’architecture. Il est aujourd’hui le symbole de l’aéroport de Madrid et la signature d’une ville qui ne jure que par l’art. AENA

Puerta al arte y la cultura

Le respect de l’environnement est devenu la priorité de l’AENA. L’aéroport est en effet situé au cœur de l’agglomération madrilène (on y accède en métro) et sa pollution, tout en étant proche des montagnes de Guadarrama.

Madrid n’a pas les plages de Barcelone, le port de Vigo ou la douceur de vivre de Séville, mais elle a pour elle de nombreux trésors culturels, dont le Prado et le musée de la Reine-Sofia, parmi les plus visités du monde.
Pour plonger le visiteur dans cette ambiance culturelle, il peut trouver un peu partout dans le bâtiment des œuvres de sculpteurs et peintres de renom. L’enlèvement d’Europe par Fernando Botero (photo) par exemple, mais aussi des mosaïques de Juan Marquez, la Ruisselante Solaire de Joan Miró ou des pièces plus contemporaines comme Les Trois femmes de Barajas de Manolo Valdés. Une trentaine d’œuvres d’art au total qui luttent à leur façon contre le stress permanent des correspondances et enregistrements…

Mais Barajas n’est pas qu’un chef d’œuvre d’architecture, il est aussi un monstre de consommation, et comme tous les aéroports, il a dû passer au vert. Une transition réussie, fierté de l’AENA : « Nos efforts pour réduire nos émissions de CO2 sont reconnus depuis 2012 par l’Airport Carbon Accreditation et nous travaillons pour passer à la phase suivante, tendre vers le zéro rejet. » Si le chemin encore long, le gestionnaire de l’aéroport a « confiance en sa politique, qui consiste à traquer la moindre perte d’énergie, contrôler quotidiennement la qualité de l’air et traiter les eaux usées directement. Ils veulent transformer l’aéroport, sans avoir à en construire un nouveau. » L’histoire se répète, Barajas s’adapte une nouvelle fois…

Le respect de l’environnement est devenu la priorité de l’AENA. L’aéroport est en effet situé au cœur de l’agglomération madrilène (on y accède en métro) et de sa pollution, tout en étant proche des montagnes de Guadarrama.
Le respect de l’environnement est devenu la priorité de l’AENA. L’aéroport est en effet situé au cœur de l’agglomération madrilène (on y accède en métro) et de sa pollution, tout en étant proche des montagnes de Guadarrama. AENA

Le regard tourné vers le futur, l’aéroport Adolfo Suárez peut se réjouir de retrouver un trafic conforme à ses ambitions pré-crise. L’AENA rapporte que « sur les deux premiers tiers de l’année, 33 millions de passagers sont passés par Barajas, c’est 8 % de plus qu’en 2015 à la même période. » Une embellie ponctuelle ? Non, car cela fait 31 mois consécutifs que le trafic augmente constamment et 13 nouveaux itinéraires seront proposés aux voyageurs d’ici la fin de l’année. Les bombes et les krachs n’auront pas eu raison de Madrid – Barajas, qui se relève toujours au cœur de l’arène, même après avoir mis un genou dans le sable.

En chiffres

  • L’aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas abrite 75 compagnies aériennes qui opèrent 1 000 vols quotidiens pour 115 000 passagers.
  • Dans un contexte d’extrême tension sur le marché du travail espagnol, Barajas est la plus grande entreprise de la région (10 % du PIB), générant 30 000 emplois directs, 105 000 emplois indirects dans l’agglomération et 300 000 dans tout le pays.
  • Un quart des vols partant d’Europe en direction de l’Amérique Latine décollent de Madrid-Barajas.
  • Il fait bon y travailler : Barajas est le seul aéroport européen à avoir obtenu le label d’excellence EQFM, qui juge les entreprises sur leurs résultats et leurs qualités managériales.

Atterizaje en el Aeropuerto Madrid-Barajas Adolfo Suárez

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