Il a bâti sa fortune sur le désert de Kubuqi. En luttant contre. Désormais, il va sans aucun doute appliquer sa formule gagnante à d’autres zones désertiques du globe. Portrait en creux d’un optimiste pragmatique.

Le minibus file à toute allure sur la voie rapide qui nous conduit au cœur du désert de Kubuqi. De part et d’autre de la route, les ombres semblent danser sur les dunes : des monticules de sable ocre, sculptés par le vent, piqués, ici ou là, d’arbustes verts ou bruns. L’asphalte est chaud. Quelques moutons paissent paisiblement au loin. Puis, soudainement, des panneaux indiquent au visiteur qu’il a déjà mis les pieds dans l’empire de Wang Wenbiao : « Verdissons le désert. Réduisons les tempêtes de sable. Rendons la Chine encore plus belle ! » lit-on en gros caractères. Wang Wenbiao, 57 ans, a bâti sa fortune en introduisant sur les terres arides de son enfance des plantes résistantes qui ont permis de limiter l’avancée des sables. Entrepreneur philanthrope, l’homme reste malgré tout un éminent membre du Parti communiste chinois, qui soigne sa communication et ses relations avec le gouvernement central.

Kubuqi est le septième désert de Chine : situé à 800 kilomètres à l’ouest de Pékin, il se trouve dans la région autonome de Mongolie-Intérieure, dans le nord du pays. Frontalière avec la Russie, cette province de 25 millions d’habitants, connue pour son industrie laitière et pour son charbon, est aussi l’une des plus vastes de Chine, avec une superficie presque équivalente à celle de l’Afrique du Sud. C’est donc à Kubuqi que naît Wang Wenbiao, en 1959, dans une famille paysanne. Près de soixante ans plus tard, le « fils du désert », comme on le surnomme parfois, pèse désormais 1,3 milliard de dollars, selon Forbes, ce qui le place au 230e rang des grandes fortunes chinoises. Cette ascension, il la doit justement au désert de Kubuqi. En presque trente ans, l’autodidacte a reboisé un tiers de cette étendue de sable qui s’étend sur 18 600 kilomètres carrés, soit la taille du Koweït. Les dunes des deux tiers restants ont été « fixées », ce qui a empêché leur progression. Le mérite de Wang Wenbiao est d’avoir trouvé, semble-t-il, le business-modèle de lutte contre la désertification. Le problème est de taille en Chine, pays composé à 27 % de déserts et où 400 millions de personnes, soit presque 30 % de la population chinoise, sont menacées par ce phénomène, selon les chiffres officiels. « C’est un modèle d’aménagement du désert qui combine fixation des sables, pépinières, élevage et industrie photo­voltaïque », explique-t-il.

Un vaste champ d’action
L’homme d’affaires n’a pas choisi n’importe quelle plante pour verdir son désert : il a misé sur des espèces végétales utilisées en médecine traditionnelle chinoise, comme la réglisse. Celle-ci a été plantée sur les dunes, qu’elle permet de stabiliser, mais également en dessous et autour des panneaux solaires d’un grand parc photovoltaïque situé au beau milieu du désert. Petit à petit, le groupe de Wang Wenbiao, Elion Resources, a ainsi essaimé dans la pharmacopée chinoise en vendant des petites pastilles, des bonbons et du sirop pour la toux à base de réglisse dans les pharmacies du nord et de l’ouest de la Chine. Chemin faisant, sa société a également investi dans les énergies renouvelables (éolien et gaz naturel), dans l’élevage, dans l’alimentation animale bio, et développe, désormais, un écotourisme du désert à la chinoise… A Kubuqi, ce conglomérat de 7 100 employés opère, par exemple, un hôtel de luxe surdimensionné, façon palais d’Aladin. Une fontaine accueille les rares visiteurs venus de Pékin pour conduire des 4 x 4 dans ce paysage digne du Paris­–Dakar ou bien pour faire des balades à dos de chameau. A l’intérieur de l’hôtel, le lobby a des allures de nef de cathédrale.

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