Avec la XDiavel, Ducati propose sa première interprétation du cruiser formatée pour l’Amérique du Nord. Avec elle, la firme de Bologne entend bien se faire une place au soleil dans le véritable eldorado de la moto.

Pour concevoir la XDiavel, Ducati a sondé le marché américain, rencontrant les plus célèbres préparateurs du pays, afin de comprendre comment les motards locaux abordent et vivent la moto. Outre la couleur noire, trois chiffres mettent le tempérament de la XDiavel en évidence : 40, pour les degrés de son angle d’inclinaison maximal ; 60, pour le nombre de combinaisons ergonomiques grâce à 5 selles différentes (de 745 mm à 775 mm en version confort ou cuir) et à 3 positions de guidon et de ­repose-pieds ; et 5 000, pour le régime auquel le couple maximal de 131 Nm du bicylindre de 1 262 cm3 est déjà atteint. Pour souligner l’intérêt que Ducati porte aux États-Unis, c’est dans l’arrière-pays de San Diego que nous sommes invités à cravacher dans un vent à décorner les bœufs, sur des routes humides et par des températures oscillant entre 3 et 7 °C ! Loin de la Californie Golden State, mais idéal pour apprécier le Traction Control et l’ABS… Selle basse, guidon bien large, centre de gravité près du sol, angle de braquage plus que correct : la maniabilité urbaine de la XDiavel nous étonne positivement dès les premiers mètres, même s’il faut s’habituer aux repose-pieds placés loin en avant. L’embrayage reste un peu dur, l’engagement de la première est bruyant et le twin cogne quand même pas mal sous les 2 500 tours, mais nous nous attendions cependant à une bête plus brusque à gérer. La selle englobe parfaitement le postérieur, mais ne permet pas de bouger un peu pour éviter l’ankylose. On apprécie toutefois la position Cruiser, avec laquelle, à allure respectable, on ne prend pas trop de vent, et le confort général se révèle au rendez-vous.

Une machine hybride
Dès la sortie de ville, la XDiavel montre qu’elle en a dans le buffet. A 3 000 tours, le moteur envoie du lourd, du très lourd, et son couple maximal, déjà atteint à 5 000 tours, n’est vraiment pas commun. Pour enfiler les courbes, c’est entre 3 500 et 4 500 tours que la XDiavel se montre le plus souple. Mais du moment qu’on ne laisse pas le régime retomber sous les 3 000 tours, quelle que soit l’une des 6 vitesses engagées, le bicylindre reprend immédiatement. Le mode Touring, l’une des sélections avec Sport et Urban du rendement du moteur, remporte nos faveurs pour sa plus grande souplesse. Sommes-nous sur un cruiser ou sur une moto de course ? Plutôt sur une machine hybride, car lorsque le tempo s’élève, si on n’atteint jamais la limite du moteur, loin de là, on flirte avec celle de la machine. A vive allure, il faut parvenir à inscrire la moto dans les virages et, surtout, garder le cap. Ce que le pneu arrière, large de 240 mm, ne facilite pas. Pour y arriver, une conduite façon GP, en poussant le guidon vers l’intérieur du virage, est recommandée. La suspension montre aussi ses limites : ça tape bien dans les lombaires sur les grosses compressions. En revanche, la garde au sol est largement suffisante pour un cruiser, et la position des pieds se marie vraiment bien avec le concept XDiavel. Le frein avant brille par sa puissance, même s’il fait plonger la fourche, tandis que le frein arrière ne manque pas d’efficacité. D’emblée, cette prise en main musclée démontre que Ducati a réussi son pari : jouer sur les terres d’Harley-Davidson avec une machine différente, aux 156 ch qui poussent très fort ! Un cruiser avec une telle cavalerie, c’en est presque indécent et inutile.

Un juste tempo
Dans la seconde partie de roulage, nous profitons davantage des paysages, en oubliant la puissance pour apprécier le couple du moteur. On découvre alors un cruiser agréable, qui se laisse couler paisiblement au gré de la route. « Low speed excitement », of course, comme le proclame le slogan Ducati. Soit un juste tempo à trouver. Le mauvais temps du jour confirme que le minuscule garde-boue ne protège en rien des projections de l’énorme boudin arrière. Le dos est trempé en un instant, et on n’imagine même pas le sort de celui d’un éventuel passager ! On découvre aussi que la position du sélecteur ne facilite pas la recherche d’un point mort quasi introuvable, et qu’il faut bien décomposer les mouvements pour ne pas tomber entre deux vitesses. Enfin, faute de terrain de jeux adéquat, nous ne pourrons essayer le fameux Ducati Power Launch, qui permet des démarrages canon et dont on se demande d’ailleurs l’utilité sur la XDiavel. Sur une hypersport et pour le circuit, OK ; mais sur un cruiser, et pour la route, démarrer à la façon d’un dragster devient sacrément antinomique. Avec 70 km avalés furieusement, 80 km de cycle urbain et d’embouteillages et 110 km en mode cruising relax, nous avons enregistré un excellent 4,9 l/100 km, soit une autonomie de plus de 320 bornes. Un très beau résultat eu égard à la cylindrée et à la cavalerie à alimenter. D’un point de vue purement « produit », la XDiavel est une réussite. Avec son moteur sensationnel, son impressionnante technologie embarquée et son look moderne et ravageur, elle offre une expérience inédite face à la concurrence. Taillée surtout pour les grands espaces américains, elle deviendra sans aucun doute la reine des réunions de motards et comblera les amateurs de pièces d’exception. Mais trouvera-t-elle également sa place auprès des passionnés de cruisers ? Sa puissance démentielle et son arsenal technologique ne risquent-ils pas, justement, de les refroidir ?

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