Entre grande aventure, exotisme, ode à l’amitié, écho de la politique internationale et hommage à la tradition graphique chinoise, Le Lotus bleu est un jalon essentiel dans l’œuvre d’Hergé et dans le parcours de Tintin. Après cet album, l’un comme l’autre ne regarderont plus jamais le monde comme avant…

Fiche technique

Le Lotus bleu ou Les Aventures de Tintin, reporter en Extrême-Orient.

  • 1934 : début de la prépublication dans Le Petit Vingtième.
  • 1936 : parution en album (éditions Casterman).
  • 1946 : nouvelle édition en couleur (éditions Casterman).

« Les aventures de Tintin » sont traduites en 80 langues nationales et régionales. Ici, les déclinaisons du « Lotus Bleu »
« Les aventures de Tintin » sont traduites en 80 langues nationales et régionales. Ici, les déclinaisons du « Lotus Bleu » DR

Principaux personnages

  • Tintin : reporter et aventurier.
  • Tchang Tchong-jen : ami de Tintin.
  • Wang Jen-Ghié : responsable des Fils du Dragon, une société secrète luttant contre les ravages de l’opium.
  • Didi : fils de monsieur Wang, rendu fou par une piqûre de radjaïdjah.
  • Mitsuhirato : espion japonais.
  • Rastapopoulos : responsable du trafic international de stupéfiants.
  • Dawson : chef de police de la concession internationale.
  • Gibbons : chef d’entreprise américain, ennemi de Tintin.
  • Le professeur Fan Se Yeng : scientifique, auteur d’ouvrages sur la folie.
  • Dupond et Dupont : policiers, amis de Tintin, mais chargés de l’arrêter.
  • Cipaçalouvishni : fakir à la peau sensible.

En 1934, après avoir démantelé un réseau de trafiquants de drogue dans Les Cigares du pharaon et goûté un repos bien mérité en Inde, chez le maharadjah de Rawhajpoutalah, Tintin est de nouveau saisi par le démon de l’action. Cette fois, Hergé s’apprête à l’envoyer en Chine pour lui faire vivre une nouvelle aventure, intitulée Le Lotus bleu. Quand le dessinateur annonce son intention dans les pages du Petit Vingtième, l’hebdomadaire qui publie les histoires de Tintin, un certain abbé Gosset le met en garde. Aumônier des étudiants chinois à l’université de Louvain, il connaît bien la culture et la mentalité chinoises. Il lui conseille de se documenter afin d’éviter les stéréotypes. Dans ses premiers albums, Hergé s’est en effet trop souvent contenté de donner une vision caricaturale des pays visités par Tintin, de l’URSS aux États-Unis, en passant par le Congo belge. L’abbé Gosset se propose de lui présenter Tchang Tchong-jen, qui a le même âge que le dessinateur et qui étudie la sculpture à l’académie des beaux-arts de Bruxelles.

Exotisme et authenticité
Tous les dimanches, Tchang se rend chez Hergé. Ils parlent de dessin et de philosophie, de poésie et de calligraphie. Le jeune étudiant ajoute aux décors du Lotus bleu des inscriptions en chinois, qui apportent une touche d’exotisme et une authenticité. Surtout, il permet à Hergé d’élargir sa vision du monde en l’incitant à ouvrir les yeux sur une civilisation qu’il ne connaît pas. Cette collaboration changera pour toujours la mentalité du créateur de Tintin et la physionomie des aventures de son reporter. « C’est au moment du Lotus bleu que j’ai découvert un monde nouveau, confiera Hergé à Numa Sadoul dans le livre d’entretiens Tintin et moi, paru en 1975. C’est à partir de ce moment-là que je me suis mis à rechercher de la documentation, à m’intéresser vraiment aux gens et aux pays vers lesquels j’envoyais Tintin, par souci d’honnêteté vis-à-vis de ceux qui me lisaient. »

Le vent et l’os
L’influence de Tchang – auquel Hergé rend hommage en faisant de lui un personnage du Lotus bleu – se fait sentir dans le graphisme, à travers la forme d’un rocher ou la silhouette fragile d’un arbre s’élançant vers le ciel. « Tchang m’a fait découvrir et aimer la poésie chinoise, l’écriture chinoise : “le vent et l’os”, le vent de l’inspiration et l’os de la fermeté graphique. Pour moi, ce fut une révélation », explique Hergé. Mais elle s’exerce aussi dans la tonalité politique de l’album. Le Lotus bleu prend parti en faveur de la Chine, confrontée à l’impérialisme japonais et à l’indifférence des pays occidentaux. Hergé met en scène l’incident de Mukden, survenu en 1931, qui a servi de prétexte au Japon pour envahir la Mandchourie. Et certains des idéogrammes, disséminés par Tchang au fil des cases, sont sans ambiguïté, comme « A bas l’impérialisme » ou « A bas les marchandises japo­naises ». Beaucoup des textes en chinois sont engagés. « Ce n’est pas pour les enfants, ce que vous racontez là, c’est tout le problème de l’Est asiatique ! » fera remarquer un militaire belge à Hergé. Album charnière dans le parcours de son auteur, Le Lotus bleu – qu’il est conseillé de lire dans sa version en noir et blanc si on veut apprécier toute la pureté du trait d’Hergé – est une œuvre résolument adulte, qui évoque des thèmes comme la folie, la drogue ou le suicide par hara-kiri. La version couleur et actuelle de l’album paraît en 1946, alors que Tchang est rentré dans son pays. Si son double de papier reviendra en 1960 dans Tintin au Tibet, lui ne retrouvera Hergé qu’en 1981, à Bruxelles, deux ans avant la disparition du dessinateur.

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