The Good Life a tiré le portrait de huit acteurs de l'économie bangkokienne

Nitinai Sirismatthakarn
Directeur d’Airports of Thailand (AOT)

Nitinai Sirismatthakarn, directeur d’Airports of Thailand (AOT).
Nitinai Sirismatthakarn, directeur d’Airports of Thailand (AOT). DR

En choisissant Nitinai Sirismatthakarn comme nouveau président, en avril 2015, c’est à un homme du sérail que le conseil d’administration a décidé de confier les manettes de la société Airports of Thailand (AOT). En 2010, Nitinai Sirismatthakarn avait en effet rejoint la société parapublique en tant que vice-­président chargé du développement commercial et du marketing. Âgé de 45 ans, il a le parcours typique des dirigeants thaïs : un début d’études à l’université Chulalongkorn, à Bangkok, puis un master et un doctorat aux États-Unis, d’abord à la University of Southern California, puis à la Florida State University. Vice-président de la Thailand Future Foundation, il a démissionné de ce think-tank, source de recommandations pour le développement du pays. C’est que Nitinai Sirismatthakarn a fort à faire pendant les quatre années de son mandat chez AOT. Sa mission ? Gérer l’expansion des six aéroports du pays : ceux de Bangkok (Suvarnabhumi et Don Muang) et ceux de Phuket, Chiang Mai, Chiang Rai et Hat Yai. Pour ce faire, le nouveau président dispose d’un beau budget de 194 milliards de baths (5 milliards d’euros environ). Il faut dire qu’entre 2014 et 2015, la Thaïlande a vu le nombre de touristes augmenter de près de 20 %, pour atteindre 29,6 millions. Cette année, le pays espère en accueillir 32 millions, dont 10 millions de Chinois. La priorité : créer une seconde piste d’atterrissage dans chacun des six aéroports, qui, en 2015, ont enregistré 115 millions de passagers, dont près de 53 millions rien que pour Bangkok-­Suvarnabhumi. Bien qu’inauguré il y a dix ans seulement, l’aéroport international est déjà saturé. AOT envisage donc sérieusement de lui faire rejoindre, en 2020, le rang des méga­-aéroports avec une capacité à 85 millions de passagers. La construction du second terminal a démarré cet été. Dès 2018, Bangkok-­Suvarnabhumi sera en mesure d’accueillir 20 millions de passagers à lui seul, dont 8 millions en provenance de l’étranger. Bangkok ne lésine pas sur les moyens, car l’enjeu est d’importance. La ville veut affirmer son rôle de hub en Asie du Sud-Est, ambition qu’elle partage avec Singapour et Hong Kong. S. C.

Thapana Sirivadhanabhakdi
Président de Thai Beverage

Thapana Sirivadhanabhakdi, président de Thai Beverage.
Thapana Sirivadhanabhakdi, président de Thai Beverage. Bloomberg / Getty Images

En début d’année, alors qu’il venait tout juste de fêter son 41e anniversaire, Thapana Sirivadhanabhakdi a procédé à plusieurs acquisitions qui sont venues augmenter le revenu de Thai Beverage, qu’il dirige depuis 2008. Le groupe a été fondé par son père, Charoen Sirivadhanabhakdi, considéré comme la ­deuxième fortune de Thaïlande avec un patrimoine estimé à 13 milliards de dollars. Fils d’un émigré chinois vendeur de street food, Charoen Sirivadhanabhakdi était un self-made man qui a démarré ses activités en approvisionnant une distillerie. Aujourd’hui, Thai Beverage est le premier producteur de boissons en Thaïlande, et l’un des principaux en Asie. « ThaiBev », comme il est couramment désigné, détient 60 % du marché thaï de la bière avec sa marque Chang. Il produit rhum, vodka, gin et whisky dans la vingtaine de distilleries qu’il possède en Thaïlande, en Chine, en Écosse, en Irlande, en Pologne et en France. En 2015, ThaiBev a réalisé un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros. Thapana Sirivadhana­bhakdi est quant à lui le parfait exemple de ces fils de familles sino-thaïes, ou thaïlandaises d’origine chinoise, élevés en écoles privées, très tôt anglophones et inscrits à de nombreux cours du soir et du dimanche. Ces enfants sont préparés dès leur plus jeune âge à poursuivre leurs études dans les meilleures universités américaines afin d’intégrer le groupe familial et d’en gravir rapidement les échelons, qui les mèneront aux plus hautes responsabilités. C’est ainsi que Thapana Sirivadhanabhakdi a rejoint ThaiBev après un master en administration, économie et finance à l’université de Boston. En moins d’une décennie, il en est devenu le président-directeur général. Sa sœur, Wallapa, dirige quant à elle TCC Land, la branche immobilière du groupe qui gère immeubles, centres commerciaux et hôtels en Asie et aux États-Unis, dont le prestigieux Plaza Athénée de Manhattan. Le frère cadet, Panote, siège pour sa part au comité exécutif du groupe. Début 2016, ThaiBev a racheté les magasins vietnamiens de l’allemand Metro pour plus de 700 millions de dollars. Surtout, il s’est porté acquéreur des 59 % que détenait le groupe Casino dans le groupe d’hypermarchés Big C (dont le chiffre d’affaires 2015 est de 3,4 milliards d’euros) pour 3,1 milliards de dollars et a fait une offre à Central Group, l’un de ses principaux concurrents, afin de lui racheter les 25 % qu’il détient encore de Big C. Preuve, s’il en était encore besoin, que Thapana Sirivadhanabhakdi est bien sur les rails pour poursuivre l’expansion internationale et sectorielle envisagée par son père. S. C.

Ariya Banomyong
Directeur général de Line Thailand

Ariya Banomyong, directeur général de Line Thailand.
Ariya Banomyong, directeur général de Line Thailand. DR

Depuis qu’il a été nommé directeur général de Line Thailand, en octobre 2015, Ariya Banomyong est partout : dans les magazines, à la télévision et, bien sûr, sur Internet et les réseaux sociaux. Ce jeune manager, qui parle anglais, français et allemand, incarne la nouvelle génération de dirigeants asiatiques. Rompu au numérique, à Internet et aux applications mobiles, Ariya Banomyong a été le premier patron de Google Thailand avant de rejoindre Line Thailand, une société d’origine japonaise. Celle-ci a lancé, en 2011, l’application gratuite de tchat, type WhatsApp, baptisée du même nom que l’entreprise. Peu connue en Europe et aux États-Unis, l’application Line bat pourtant des records en Asie au point d’inquiéter les géants Facebook et Twitter. Alors qu’il a fallu 54 mois à Facebook pour atteindre le seuil symbolique des 100 millions d’utilisateurs dans le monde, Line n’a eu à patienter que… dix-neuf mois ! Après cinq ans d’existence, l’application revendique plus de 1 milliard d’utilisateurs enregistrés dans le monde et 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2015, réalisé essentiellement avec la vente de jeux, de stickers et d’émoticônes. Quadra dynamique et branché, Ariya Banomyong ne se contente pas d’être une star montante d’Internet. Il affiche un solide background et dix-huit ans d’expérience dans les technologies numériques. Après un master en mathématiques et informatique à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée, complété par un master en management à la London School of Economics, il a travaillé près de cinq ans pour différentes sociétés de télécoms (Orange Romania, Genesys, Netonomy, Orange Thailand) avant de rejoindre True Telecom, le principal opérateur en Thaïlande. Directeur marketing de la branche mobile, puis directeur commercial de la branche convergence et smartphones, il quitte True Telecom pour Google en juin 2011. Le marché thaï est important pour l’application Line, qui compte déjà 33 millions d’utilisateurs dans le pays, soit la moitié de la population. Bangkok a massivement adopté les réseaux sociaux et Facebook y est très répandu. Pour se distinguer, Line Thailand ambitionne d’aller bien au-delà de la messagerie en proposant une véritable plate-forme numérique. Récemment, l’entreprise a créé un fonds d’investissement afin de développer l’e-commerce, le paiement mobile, les jeux en ligne, etc. En 2014, Line Thailand a lancé Line Music, son application de streaming, et vient de lancer Line TV qui, après avoir réussi ses premiers pas en Thaïlande, est maintenant déployée à Taïwan. En mai dernier, Line a organisé son premier « hacka­thon » : un processus créatif au cours duquel une soixantaine de développeurs collaborent pour imaginer les applications et les services de demain, qui viendront enrichir la plate-forme de Line. Encore une première réussie pour Ariya Banomyong qui ne compte pas en rester là. La preuve : en juillet dernier, Line s’est introduite en Bourse sur le Tokyo Stock Exchange… S. C.

Thiraphong Chansiri
Président de Thai Union

Thiraphong Chansiri, président de Thai Union.
Thiraphong Chansiri, président de Thai Union. Bloomberg / Getty Images

Lorsque Kraisorn Chansiri, émigré de Chine, a créé la société Asian Pacific Thai Tuna, en 1977, il était loin de se douter que le thon allait faire de sa famille l’une des principales fortunes de Thaïlande. Quarante années et de nombreuses acquisitions plus tard, Thai Union, le nouveau nom du groupe, est devenu le premier producteur mondial de thon en conserve – une boîte sur cinq vendue dans le monde sort de ses usines de transformation –, mais aussi le principal marchand de poissons et de crevettes surgelés, transformés et cuisinés. Thiraphong Chansiri est entré dans le groupe en 1988, après un MBA en management à l’université de San Francisco. Aujourd’hui âgé de 51 ans, il est à la tête d’une myriade de sociétés qui, en 2015, ont réalisé un chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars. Il est membre du conseil consultatif du think-tank Thailand Future Foundation, comme plusieurs de ses homologues – également fils de familles d’origine chinoise et dirigeant des entreprises fondées par leur père, qu’ils transforment en véritables conglomérats. Thai Union s’est donné pour objectif d’atteindre un chiffre d’affaires de 8 milliards de dollars en 2020. Une telle ambition passe forcément par des acquisitions et par la consolidation d’un marché mondial très atomisé, dont Thai Union veut devenir l’un des principaux leaders. Au cours des dernières années, Thiraphong Chansiri a donc mené une campagne intensive de rachats d’entreprises et de marques emblématiques. Aujourd’hui, Thai Union possède les marques de thon en conserve Petit ­Navire (France), John West (Grande-Bretagne), Chicken of the Sea (Etats-Unis), Rügen Fisch (Allemagne), Mareblu (Italie) ainsi que les sardines en boîte Parmentier (France), le saumon fumé King Oscar (Norvège) et ­MerAlliance (France). En décembre 2014, alors que Thai Union avait fait une offre de rachat de 1,5 milliard de dollars pour la société californienne Bumble Bee Foods, une enquête antitrust du ministère de la Justice américain a contraint Thiraphong Chansiri à renoncer à son investissement. Depuis, l’homme d’affaires n’a pas d’autre choix que de multiplier les acquisitions, si possible de taille, s’il veut que Thai Union atteigne son objectif en 2020, c’est-à-dire quasiment demain. S. C.

Vichai Srivaddhanaprabha
Fondateur et directeur général de King Power Duty Free

Vichai Srivaddhanaprabha, fondateur et directeur général de King Power Duty Free.
Vichai Srivaddhanaprabha, fondateur et directeur général de King Power Duty Free. Plumb Images - Getty Images

Vichai Srivaddhanaprabha se sent autant à l’aise dans un club de polo que dans un stade de football. Réputé excellent joueur de polo, il a fondé la Thailand Polo Association en 1998 et est membre à vie du très sélect Ham Polo Club de la banlieue de Londres. Il en a été le président de 2008 à 2012, ce qui lui a permis de côtoyer les membres de la famille royale britannique. Il fréquente tout autant la famille royale thaïlandaise et a la réputation d’être un personnage clé dans les affaires de la monarchie. En 2013, le roi Rama IX lui a d’ailleurs décerné son nom de famille. Une sorte d’anoblissement, et un grand honneur. Vichai Srivaddhanaprabha est également l’homme d’affaires qui a racheté, en 2010 et pour 50 millions d’euros, l’équipe anglaise de football du Leicester City. Et pour la première fois de sa longue histoire, le club a remporté, en mai dernier, le championnat d’Angleterre Premier League. Propriétaire et président du club, Vichai Srivaddhanaprabha a nommé son fils vice-président et rebaptisé le stade King Power Stadium. Malgré sa réussite et sa popularité, Vichai Srivaddhanaprabha est très différent des oligarques qui s’offrent une équipe de foot comme on rachète un hôtel de prestige et qui ne lésinent pas sur les rémunérations des joueurs. L’équipe du Leicester  City coûterait seulement un sixième de ce que coûte celle de Manchester. Bouddhiste fervent, Vichai Srivaddhanaprabha n’omet jamais, avant un match, de faire bénir le stade, les vestiaires et les joueurs par des moines. Et lorsque l’équipe se distingue, il n’hésite pas à offrir une tournée générale aux supporters du club. Entre janvier et juin derniers, l’homme d’affaires est passé du neuvième au septième rang des fortunes thaïes, la sienne étant estimée à 3,3 milliards de dollars par le magazine Forbes. Âgé de 58 ans, le milliardaire doit son succès à sa société de magasins duty-free, King Power, qu’il a créée en 1989. Celle-ci s’est arrogé le monopole dans les principaux aéroports du pays, dans des conditions de mise en concurrence qui ont été très contestées. Avec un tourisme chinois qui se chiffre en millions de voyageurs et en croissance de plus de 20 % par an, l’affaire est très rentable. Mais King Power doit désormais faire face à une nouvelle concurrence : le sud-coréen Lotte Group a prévu d’ouvrir un premier magasin duty-free à Bangkok cette année. S. C.

William Heinecke
Fondateur et président de Minor International

William Heinecke, fondateur et président de Minor International.
William Heinecke, fondateur et président de Minor International. Bloomberg / Getty Images

Né aux États-Unis, William Heinecke est arrivé en Thaïlande à l’âge de 14 ans, suivant son père, militaire, et sa mère, correspondante de Time Magazine. William Heinecke a commencé sa carrière de ­businessman à peine sorti de l’adolescence. D’abord en fondant une petite entreprise de nettoyage, puis en montant une agence de publicité. A 27 ans, en 1976, il amorce une relation durable et fructueuse avec le gestionnaire de terrains appartenant à la famille royale, qui lui donne accès à plusieurs de ces terrains pour ses hôtels. En 1981, il obtient la franchise thaïlandaise de Pizza Hut, mais en 1999, le contrat ne lui étant pas renouvelé, il décide de fonder sa propre enseigne, The Pizza Company, qui devient rapidement beaucoup plus étendue que Pizza Hut. Un talent précoce et un parcours quasi parfait : William Heinecke est aujourd’hui l’un des hommes d’affaires les plus prospères du pays. Les activités de Minor International (MINT), qu’il a créée en 1978, sont divisées en trois secteurs : l’hôtellerie (qui représentait 51 % des revenus du groupe en 2015), la restauration rapide et la distribution, en Thaïlande, de marques de mode étrangères. Le secteur hôtellerie comprend plus de 18 000 chambres dans le monde – en propriété et en gestion –, réparties dans 140 hôtels et resorts. Certains de ces sites sont exploités par de grandes marques (Four Seasons, Marriott, St. Regis et Radisson Blu), les autres le sont sous ses propres bannières : Anantara, Avani, Per Aquum, Oaks, Elewana et maintenant Tivoli, qu’il a racheté début 2016 à ses propriétaires portugais pour 294 millions d’euros. Le Minor Food Group est l’une des entreprises asiatiques les plus importantes dans le domaine de la restauration rapide et de chaîne. Il exploite plus de 1 800 sites dans 19 pays : The Pizza Company, Thai Express, The Coffee Club, Ribs and Rumps, Riverside, BreadTalk, Swensen’s, Sizzler, Dairy Queen et Burger King. Des marques américaines qu’il a été le premier à proposer aux Thaïlandais. Enfin, MINT est le distributeur (et, dans certains cas, le sous-traitant-fabricant) de nombreuses marques de mode en Thaïlande, dont Gap, Esprit, Bossini, Banana Republic, Charles & Keith, etc. Cette année, outre l’acquisition de Tivoli, MINT a annoncé l’ouverture de huit points de restauration en Inde et à l’aéroport Don Muang de Bangkok, l’ouverture de l’hôtel Avani Riverside, à Bangkok, et l’agrandissement de l’Anantara Vacation Club, à Phuket. Rien que ça ! Pour le premier trimestre 2016, Minor International a annoncé un revenu de 13,914 milliards de baths (environ 356 millions d’euros) et une croissance du bénéfice net de 30 %. Le groupe fait aujourd’hui partie du top 50 des entreprises cotées à la Bourse de Thaïlande, avec une capitalisation boursière proche de 5 milliards de dollars. Enfin, en 2007, ­William Heinecke avait fondé un service de jets privés, MJets, le seul à posséder son propre terminal à l’aéroport international Don Muang. S. B.

Sorapoj Techakraisri
Président de Pace Development

Sorapoj Techakraisri, président de Pace Development.
Sorapoj Techakraisri, président de Pace Development. DR

Sorapoj Techakraisri est un homme qui aime voir grand. Et haut. Dans la skyline de Bangkok, la tour qu’il a édifiée dresse sa ­silhouette bien au-dessus des autres gratte-ciel. Avec ses 314 mètres, la tour MahaNakhon est même la plus haute du pays. L’architecte allemand Ole Scheeren (ancien partenaire de Rem Koolhaas chez OMA) a imaginé un ruban pixélisé s’enroulant autour du bâtiment et donnant l’impression d’éclater sa façade, générant ainsi un étrange sentiment d’instabilité. Un bâtiment qui sort de l’ordinaire et qui reflète l’intérêt que porte Sorapoj Techakraisri à l’architecture contemporaine. Pace Development a été fondée en 2004 par Sorapoj Techakraisri et par son frère, Chotipol. Tous deux ne sont pas étrangers au monde du real estate puisque la famille Techakraisri est actionnaire principal de LPN Development Public Company, spécialisée dans un développement immobilier plus conventionnel. Les deux dernières années ont été riches en projets chez Pace ­Development. En mai 2016, l’entreprise lançait une opération d’augmentation de son capital afin de financer l’achat d’un terrain à Niseko, une station de ski située sur l’île d’Hokkaido. Un site à développer afin de répondre à la demande des Thaïlandais désireux de passer des vacances au Japon. Deux mois plus tôt, en mars, la compagnie démarrait la construction du gratte-ciel Nimit Langsuan, signé ­Antonio Citterio et Patricia Viel : un bâtiment résidentiel de luxe, situé à deux pas du parc Lumphini. Un mois auparavant, en février, Pace Development invitait des célébrités à vivre l’expérience du MahaSamutr Country Club & Luxury ­Villas, un complexe résidentiel de villégiature qui se déploie autour d’un lagon artificiel, situé à Hua Hin, sur la côte ouest du golfe de Thaïlande. Enfin, cerise sur le gâteau, fin 2014, Pace Development annonçait l’acquisition du célèbre traiteur new-yorkais Dean & DeLuca pour 140 millions de dollars. Une ­diversification qui reflète la volonté de Sorapoj Techakraisri : proposer autre chose que de la pierre – fortement soumise aux soubresauts de l’économie –, avec un produit lifestyle qui, de surcroît, est facile à loger au rez­–de-chaussée de l’un des immeubles de l’entreprise. D’ici à deux ans, Sorapoj Techakraisri envisage d’ouvrir des centaines de boutiques Dean & DeLuca dans une quinzaine de pays – il en existe actuellement 47, dont 12 aux États-Unis et 5 en Thaïlande sont la propriété de Pace Development. Afin d’accompagner cette expansion, le groupe a conclu un accord de parrainage, jusqu’en 2021, avec le PGA Tour, un circuit professionnel de golf masculin qui se joue essentiellement aux États-Unis, désormais rebaptisé… le Dean & DeLuca Invitational. S. B.

Chadatip Chutrakul
Présidente de Siam Piwat

Chadatip Chutrakul, présidente de Siam Piwat.
Chadatip Chutrakul, présidente de Siam Piwat. DR

Sur la rive ouest du Chao Phraya, face à l’hôtel Mandarin Oriental, les grues s’activent sur un grand chantier de construction. Iconsiam, un projet de 1,3 milliard de dollars, est le plus grand chantier privé de l’histoire de la Thaïlande. Bien davantage qu’un centre commercial – dans une ville qui en compte déjà beaucoup –, c’est un complexe comprenant un mall, deux tours résidentielles, un musée, des attractions culturelles, une promenade le long du fleuve et des quais pour les bateaux. A la tête de ce projet, comme de tous ceux qui sont développés par Siam Piwat, se trouve une femme : Chadatip Chutrakul, devenue la papesse du shopping à Bangkok. En prenant connaissance de l’histoire de l’entreprise, on comprend mieux pourquoi commerce et tourisme sont devenus étroitement liés. Le général Chalermchai Charuvastr, le père de Chadatip Chutrakul, a été à la fois le premier directeur général de la Tourist Organization of Thailand (de 1960 à 1976) et le constructeur, en 1966, de l’hôtel Siam Intercontinental, bâtiment iconique du Bangkok moderne. En 1973, il ouvrait l’un des premiers centres commerciaux de la ville, le Siam Center, puis, en 1993, le Siam Discovery et la Siam Tower, et enfin, en 2010, le Paradise Park. Jusqu’en 2003, Siam Piwat s’appelle Siam Intercontinental. La fermeture de l’hôtel un an plus tôt est l’occasion de rebaptiser l’entreprise qui, entre-temps, a élargi son activité. Chadatip Chutrakul rejoint la compagnie en 1986, après ses études. C’est elle, et non ses deux frères aînés, qui succède au père après sa disparition, en 2009. Chadatip Chutrakul dirige aujourd’hui le management et les opérations des centres commerciaux de Siam Piwat : Siam Center, Siam Discovery Center, Siam Paragon, Paradise Park et le futur Iconsiam. Son but : toujours prendre une longueur d’avance sur les compétiteurs en imaginant des lieux qui expriment clairement que le shopping est aussi un divertissement, voire une expérience culturelle. Chadatip Chutrakul présente Iconsiam comme un emblème du savoir-faire et du tempérament thaïlandais. Un symbole de fierté pour les habitants de ­Bangkok, une destination en soi pour les touristes – dont 30 % sont des Chinois – et la requalification des rives du Chao Phraya, qui devraient, grâce à ce projet, retrouver leur gloire passée. Ouverture prévue fin 2017. S. B.

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