En pleine croissance et en pleine forme, Dublin étonne le vieux continent par son peps économique. C’est que la capitale irlandaise a l’art d’être attractive : « l’économie de partage » – de Facebook à Airbnb – en a fait son hub européen et les travailleurs étrangers la plébiscitent. Toute la ville bouge et foisonne de nouveaux lieux sympas. Filez passer un week‑end à Dublin !

Au-dessus d’elle, comme ces nuages gros de pluie dont la réputation n’est pas usurpée, plane une aura de sympathie. Dublin serait, selon l’image d’Épinal, une cité à l’ambiance Erasmus où l’on écluserait des litres de Guinness dans Temple Bar, le quartier des pubs, esprit « rue de la Huchette », à Paris. N’a-t-on pas loué, d’ailleurs, l’entrain et le fair-play de ces supporters irlandais qui ont (vraiment) égayé la dernière coupe d’Europe de football ? Elle serait, encore, une capitale moyenne, mâtinée d’un parfum de province, qui n’aurait pas l’arrogance de sa consœur britannique. Une fois sur place, Dublin se révèle, c’est certain, des plus chaleureuses : ses habitants vous accueillent à bras ouverts et vous racontent volontiers leur vie par le menu. Mais ne toisons pas la ville avec la condescendance qu’on réserve aux « gentilles » : Dublin est une battante qui ne manque pas d’ambitions. Flash-back dans les années 1990‑2000 : à l’époque, on surnommait l’Irlande – dont ­Dublin concentre près du tiers de la population dans son aire urbaine – « le Tigre celtique » : la croissance caracolait à 6 % par an entre 1995 et 2007, et le taux de chômage dégringolait. La crise de 2008, certes, a mis à mal cette bonne humeur : éclatement de la bulle immobilière, déficits publics culminant à 32 % du PIB en 2010, et on en passe. Mais, depuis, celle qu’on disait moribonde explose à nouveau : avec 7,8 % de croissance en 2015, elle claironne en championne d’Europe !

Une attrayante fiscalité
Il faut dire que Dublin a réussi à attirer les géants de la Silicon Valley qui y installent là leur siège européen. Certes, Google, Facebook et Airbnb n’ont pas jeté leur dévolu sur la capitale irlandaise pour la bonhomie de ses habitants : c’est la clémence de la fiscalité – un taux d’imposition des sociétés de 12,5 %, le plus bas de la zone euro – et la législation plutôt coulante en matière de protection des données personnelles qui les a décidées. Quant aux milliers de mètres carrés nécessaires à ces mastodontes, ils sont à leur disposition dans les Docklands, ces nouveaux quartiers qui croissent à grande vitesse, à l’est, entre la ville et la mer. Avant 1997, cette aire portuaire où confluent le fleuve Liffey, le Royal Canal et le Grand Canal se résumait à de sinistres friches. Aujourd’hui, l’industrie numérique y fleurit, mais pas seulement. « Sur cet espace de plus de 520 hectares, explique John O’­Hara, City Planner en chef à la mairie de Dublin, nous mêlons des programmes de logements et des surfaces commerciales, des investissements publics et privés. Nous œuvrons à la mixité des usages, afin que les gens vivent et travaillent au même endroit. » Résultat : ces résidences, ces bureaux de verre et ces silos revampés, qui pourraient se montrer d’un ennui mortel le week-end, respirent au contraire le bon-vivre : sur Hannover Quay, les restaurants font salle comble à l’heure du brunch, ­pendant que des hordes de rameurs quadrillent les bassins adjacents en aviron. Ajoutez-y quelques grands gestes d’architecture – un théâtre dessiné par ­Daniel Libeskind, un hôtel signé Manuel Aires Mateus – et vous obtenez le plus en vue des quartiers dublinois ! Sans pour autant faire ombrage au reste de la ville. Car loin de se muséifier, elle profite elle aussi de la bonne santé ambiante. Et là encore, très aimablement. Dans Drury Street, petite artère à la mode, éclosent des concept-stores, des ­coffee-shops et des brasseries, voire les trois à la fois sous une même enseigne. La jeunesse converge vers Smithfield, ancien coupe-gorge, dont le Dice Bar est l’épicentre rock’n’roll, tandis que la vie nocturne s’ébroue plus au sud, dans Camden Street, alternant vieux rades et bars à cocktails trendy, où l’on converse dans toutes les ­langues. Car rappelons-le, près de 18 % des Dublinois ne sont pas irlandais, ce dont tout le monde ou presque s’accommode – l’extrême droite est quasi inexistante en Irlande. Il est peut-être là, le secret de la sympathique et performante Dublin : pour la multinationale, le travailleur ou le simple touriste, elle se révèle des plus hospitalières.

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