Le puissant groupe agroalimentaire turc, détenu par la famille Ulker, compte plus de 320 marques dans son portefeuille. Resté longtemps hors du radar, ce conglomérat stambouliote affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de 12,5 milliards d’euros. Fin 2014, Yildiz est en effet sorti de l’ombre en rachetant United Biscuits, se propulsant ainsi au troisième rang mondial de la biscuiterie, avec l’objectif affiché de se hisser très vite à la deuxième place, devant Kellogg’s.

Murat Ulker, patron de Yildiz Holding, n’est pas bavard, mais lors d’une conférence de presse à Istanbul après le rachat remarqué de United Biscuits, il résumait clairement la stratégie globale de son groupe : « Nous avons toujours des milliards de livres en poche et nous les utiliserons pour investir à travers le monde. » Personne n’a vu venir ce nouvel acteur sur la scène internationale. Le numéro un de l’agroalimentaire en Turquie ne signait pourtant pas sa première opération de croissance externe. En 2007, il s’offrait les chocolats belges Godiva pour 850 millions de dollars et, en 2013, il confortait ses positions outre-Atlantique en avalant l’américain DeMet’s Candy pour 221 millions de dollars. Avec l’acquisition du britannique United Biscuits pour 2,5 milliards d’euros, Yildiz entre dans la cour des grands et se place derrière les géants américains Mondelez (anciennement Kraft Foods) et Kellogg’s.

Expansion internationale
Yildiz fait partie de ces champions nationaux issus des pays émergents devenus, en quelques années, les nouveaux challengers des leaders occidentaux de l’agroalimentaire. Fondé en 1944 par deux frères, Sabri et Asim Ulker, le futur groupe n’est alors qu’une petite boulangerie stambouliote, à laquelle s’ajoute, quatre ans plus tard, une usine de fabrication de biscuits et de produits chocolatés. Malgré une forte stratégie de diversification, cette activité de biscuiterie sous la marque Ulker restera le fleuron et l’ADN de la holding Yildiz. L’expansion internationale démarre dans les années 70, vers les riches pays voisins du Moyen-Orient, puis en Europe de l’Est, en Afrique du Nord et en Asie. Pour prétendre à un leadership mondial, il lui fallait toutefois de belles marques internationales et un accès aux marchés de l’Europe de l’Ouest, obtenus désormais avec l’acquisition de United Biscuits, détenteur, entre autres, des biscuits BN et de Delacre. Le groupe turc a les moyens de ses ambitions. A son trésor de guerre s’ajoutent des cessions stratégiques comme celle de sa participation de 12 % dans une banque turque ou celle de sa branche laitière au groupe français Lactalis. Yildiz peut aussi compter sur un réseau de distribution adapté aux pays émergents, dans lesquels dominent encore les circuits traditionnels, et sur sa capacité d’investissement dans de nouvelles usines de production pour ses marchés cibles du Moyen-Orient et d’Afrique. Reste à développer, au sein du groupe, une véritable culture internationale.

3 questions à Olivier Macard

Associé au sein du cabinet EY, responsable du secteur distribution et grande consommation.

Olivier Macard

The Good Life : Que vous inspirent les ambitions internationales du groupe turc Yildiz ?
Olivier Macard : Nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le secteur de l’agroalimentaire et de la distribution. Au début des années 2000, nous avions une vision de la conquête du monde par les grands groupes occidentaux. Ces derniers investissaient massivement dans les différentes régions, cherchant ainsi à prendre position dans les pays émergents. Aujourd’hui, on assiste à un rééquilibrage des forces. De l’Amérique latine à l’Asie, de nombreux champions nationaux font une entrée remarquée sur la scène internationale en rachetant les activités et les marques de leurs puissants concurrents, leaders mondiaux sur leur marché. C’est le cas de Yildiz, avec United Biscuits, mais aussi du Chilien Cencosud, qui a réussi à acquérir la filiale colombienne de Carrefour pour 2 milliards d’euros, supplantant la chaîne de distribution américaine Walmart, intéressée par cette opération.
TGL : Comment expliquez-vous ce phénomène ?
O. M. : Ces groupes locaux, jusqu’ici inconnus, ont su se développer dans leur pays. Détenus par de grandes familles, ils bénéficient en général du soutien des autorités politiques. Il ne s’agit pas de soutenir financièrement, mais de procurer un environnement réglementaire et économique favorable à l’émergence de champions nationaux. Ces derniers connaissent leur marché, les habitudes et la culture des consommateurs, et ont très vite grandi. Ils ont aujourd’hui les moyens de se lancer dans une croissance externe et ont su saisir les opportunités d’acquisitions nées de la crise de 2008.
TGL : Quels sont les objectifs et les enjeux de ces nouveaux challengers ?
O. M. : Ils cherchent, dans un premier temps, à acquérir un leadership régional dans des pays à forte croissance. Ensuite, ils globalisent leur stratégie. Pour cela, ils s’offrent des marques fortes et internationales. A ce stade, ils auront à gérer les enjeux financiers de la croissance et à adapter leur gouvernance et leur organisation pour devenir des acteurs mondiaux.

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