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L’expression créative de l’identitaire à travers le design israélien

Comment délimiter le design israélien quand le pays lui-même est si complexe à définir, en termes tant de territoire que de population ? Qu’on le veuille ou non, l’intitulé a une résonance géopolitique… Une matière première de choix pour ces designers qui ont pris ou non le chemin de l’exil et qui donne tout son sens à leur pratique artistique.

Auréolé du titre de Designer of the Future à la foire internationale Design Miami en 2010, exposé au MoMA, à New York, et au Victoria and Albert Museum, à Londres, le designer Eyal Burstein, né en Israël, mais ayant vécu à New York puis à Londres, où il a suivi les cours du Royal College of Art auprès de Ron Arad avant d’établir son studio de design conceptuel à Berlin, ose secouer le cocotier sémantique. « Je n’ai jamais compris cet intérêt pour les labels nationaux en design, même dans le cas de la Dutch Design Week. Un pays est un nom collectif. Donc, qu’est-ce que le “design israélien” ? Israël est un concept tellement compliqué… » Un regard œcuménique qu’Ezri Tarazi, qui est aujourd’hui l’une des figures les plus respectées parmi les designers implantés localement – il dirige la section design industriel de l’école des beaux-arts de Bezalel, à Jérusalem –, a traduit avec force dans sa série de neuf tables Jerusalem. Exposée fin 2015 au musée de la Tour de David, cette série est destinée à illustrer la diversité culturelle, religieuse et géographique de la ville. Le modèle Divided City, dont le plateau se sépare en deux, « souligne la beauté de la ville comme un tout multifacette ».

Une certitude : hormis le design industriel – pointu et en position dominante, car boosté par l’armée et par le secteur médical –, l’intérêt pour le design – tel qu’on le célèbre à Milan –, pour le Craft et pour les approches plus conceptuelles est en plein essor. D’autant plus que l’école des beaux-arts de Bezalel fait partie de la short list mondiale des très bons établissements de design. « Chaque année, elle compte deux ou trois étudiants en provenance d’Israël parmi la vingtaine de personnes autorisées, ce qui est une proportion importante comparé à la taille du pays », analyse Eyal Burstein. En Israël, l’ingénierie étant plus importante que l’industrie, on n’y trouve pas de marques ou d’éditeurs, d’où, sans doute, cette diaspora de designers installés en Europe et aux États-Unis. Selon Arik Levy, basé à Paris depuis 2002, les trois principales caractéristiques du design israélien sont : « Un, l’innovation ; deux, la créativité générée par l’instinct de survie. Mais, attention, il s’agit bien plus ici d’un instinct de survie animal que d’une connotation politique. Lorsque je vivais à Tel-Aviv, j’ai par exemple dessiné et fabriqué les ailes de ma planche de surf par nécessité – je ne trouvais pas ce que je cherchais – et c’était en quelque sorte un geste de survie pour mon identité. Trois, l’ambition. Toutefois, je ne pense pas qu’il y ait une esthétique israélienne dans les formes. En revanche, l’aspect raw [brut, NDLR] est très présent. »

« Raw » : voilà un terme qui synthétise assez bien le travail de Ron Arad, superstar internationale du design israélien installé à Londres. Ses sièges brutalistes en métal des années 80 ont peu à peu évolué vers des versions plus confortables, en partie grâce à la complicité de Patrizia Moroso avec qui il collabore depuis vingt-cinq ans. Mais le « sens anarchique de l’innovation » de cet  architecte de formation est toujours aussi pointu, selon la formule de Deyan Sudjic, le directeur du Design Museum de Londres, qui a signé le texte du catalogue de l’exposition Spring to Mind consacrée à Ron Arad par Patrizia Moroso dans son showroom milanais de la via Pontaccio. Avec ses cinq rubans en Corten rouge – cet acier qui s’autopatine – définissant de façon radicale la skyline d’Holon, le musée du Design, qu’il a finalisé en 2010, emprunte à la fois au Guggenheim de New York son élégante spirale sans fin, et à celui de Bilbao, son rôle de moteur pour le tourisme local. Un sans-faute. D’autant plus que la programmation des expositions impulsées par la brillante et exigeante conservatrice Galit Gaon est irréprochable et que la structure, particulièrement dynamique, joue pleinement son rôle de « plate-forme la plus excitante pour le design international de ces derrières années », selon la commissaire indépendante italienne Maria Cristina Didero, qui vient de concevoir la toute première rétrospective dédiée à Oki Sato, du Studio Nendo (The Space in Between, jusqu’au 30 octobre 2016).

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