Lors de la London Tech Week, lundi dernier, Ed Vaizey, le Secrétaire d’Etat à la culture et aux entreprises créatives, a prévenu qu’un vote en faveur du Brexit serait une catastrophe pour la high-tech britannique. Une semaine et un référendum plus tard, la question d’un déménagement trotte déjà dans la tête des entrepreneurs outre-Manche…

Lorsque lundi dernier, Jenny Griffiths a présenté SnapFashion, un outil qui permet de retrouver un vêtement sur différents sites de e-commerce avec une simple photo, sur la scène de la London Tech Week, une question l’a plus embarrassée que les autres. L’investisseur Oli Barett, maître de cérémonie, lui a demandé si certains de ses collaborateurs venaient d’ailleurs en Europe. A trois jours du référendum, tout le monde voyait bien où il voulait en venir… La réponse de la CEO de la start-up ? « Oui, près de la moitié… » Après un regard malicieux vers le public et un « sans vouloir faire de politique », Oli lui a lancé : « Heureusement que nous sommes toujours européens, alors ? » Un brin mal à l’aise, Jenny Griffiths a acquiescé… Cette scène en dit long sur les conséquences redoutées d’un Brexit du côté des jeunes entrepreneurs de la high-tech britannique.

Le Tweet optimiste de Rohan Silva, créateur d'une pépinière à start-ups à Londres

Un sondage TechUK montre que 70 % des dirigeants d’entreprises technologiques du pays étaient pour le maintien dans l’UE. Pour plusieurs raisons, notamment l’attractivité du Royaume-Uni, la simplicité des échanges avec l’international et un business moins risqué dans un contexte européen. Les 15 % pro-Brexit (les 15% restants ne sachant pour quel camp se prononcer…) avançaient surtout l’argument du manque d’influence de leur pays dans les négociations avec l’Union Européenne…

L’ère post-Brexit, cette inconnue qui laisse les entrepreneurs dans le flou

Simone Rigoni, co-fondateur de Tep Wireless, pense qu’il est « possible de voir des start-ups britanniques quitter le pays en raison d’un risque grandissant qui peut rendre sceptique les investisseurs ». Il ajoute que « certaines start-up bénéficient d’aides financières de l’UE, elles pourraient donc être obligées de partir ». Le risque de se retrouver dans un pays tiers à l’Union Européenne et l’arrêt des subventions ne sont pas les seules raisons pour la tech britannique de plier bagage… Selon Simone Rigoni, l’un des gros avantages de Londres, c’est « avoir un pied en Europe et l’autre aux Etats-Unis ». Si le Brexit se confirme, les entrepreneurs commenceraient à boiter et songeraient à l’exil…

Pour aller où ? l’Irlande et sa capitale Dublin, connues pour leur dumping social et leur proximité avec le Royaume-Uni (géographique et linguistique), pourraient tirer leur épingle du jeu. En extrapolant, l’Ecosse en cas d’indépendance et de ralliement à l’UE sur le long terme pourrait jouer un mauvais tour aux Anglais. Mais comme le rappelle Simone Rigoni, « c’est une opportunité pour tous les pays de l’Union Européenne d’attirer des start-ups anglaises ». Le maire de Milan, Giuseppe Sala, l’a d’ailleurs rappelé : « Pour ma ville, le Brexit peut être très intéressant… »

Cependant, tout cela ne se fera pas en un jour. Tout d’abord, le processus de sortie de l’Union Européenne est long, et le flou règne encore sur l’avenir des relations entre l’île et le continent. Taavet Hinrikus, fondateur de TransferWise, déclarait vendredi au Guardian que « les entrepreneurs ici sont très solides et ont l’habitude de travailler dans le brouillard et l’incertitude. Je ne suis pas inquiet, ils vont répondre de la meilleure des manières. » Pas de précipitation donc : « Nous ne fermerons pas nos bureaux à Londres et nous garderons le personnel, mais nous n’engagerons certainement plus… Et nous déménagerons peut-être notre siège social. » Même discours pour Simone Rigoni, qui ajoute qu’il est important de « rester près de ses clients, un élément essentiel, souvent mis de côté par les start-ups ». Plus facile à dire quand ses clients sont majoritairement britanniques ! Pour les start-ups internationales, qui embauchent des étrangers et/ou reçoivent des aides de l’UE, il sera difficile de résister à la tentation de voir si l’herbe est plus verte ailleurs…

Ed Vaizey, pro-Remain et chambreur

Lors de son intervention au lancement de la London Tech Week, le Secrétaire d’Etat avait fait comprendre qu’il était contre-productif de voter pour le Brexit. Il confirme avec humour…

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