Vendredi 24 juin. Dès 6 heures du matin, les éditions spéciales se succèdent : « Ils ont voté out ! » Après un premier effet de surprise, l’annonce de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne sème autant de trouble que de scepticisme. Plongeon de la livre sterling, dégringolade des indices boursiers… The Good Life a voulu comprendre quels étaient les enjeux économiques du Brexit.

L’Angleterre hors-jeu dans le marché unique  ?
Si le référendum britannique n’est « que » consultatif, les chances sont néanmoins minces pour qu’il ne soit pas mis en application dès les prochaines semaines. Plusieurs négociations devront avoir lieu avec les institutions européennes pour décider des conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. « Selon l’article 50 du traité de Lisbonne, un pays qui décide de partir a deux ans pour négocier sa sortie de l’UE. Et une prolongation ne peut être approuvée qu’à l’unanimité », décrit Evan O’Connell, vice-président de la section parisienne du parti travailliste britannique et consultant en affaires européennes. « Ce sera long et il est possible qu’au terme de ces deux années, le Royaume-Uni se retrouve en dehors du marché unique le temps de signer un accord avec l’UE qui sera forcément long à négocier… »

L’article 50 du traité sur l’Union européenne
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Un visa pour l’Angleterre ?
A la question de savoir si on pourrait envisager que le Royaume-Uni mette en place des accords de libre circulation avec certains pays pour éviter aux Européens une demande de visa fastidieuse avant de prendre l’Eurostar, Evan O’Connell demeure sceptique car l’une des principales motivations du « out » est justement la question de l’immigration européenne : « Il me paraît peu probable que la libre circulation telle qu’elle existe actuellement continue, pour la simple et bonne raison que ce serait politiquement inacceptable pour beaucoup d’électeurs. »

La City tremblera, mais pas tout de suite…
Ce matin, la Bourse de Londres ouvrait sur une chute de 8 % ; celles de Tokyo et Paris ont suivi le mouvement et la devise britannique est tombée à son plus bas niveau depuis 1985, soit 1,33 dollar. La réaction des investisseurs a beau être négative, la City n’est pas encore près de s’effondrer. Evan O’Connell le confirme : « Londres ne cessera pas du jour au lendemain d’être le centre de la finance européenne. Tout dépendra de la nouvelle relation Royaume-Uni/Union Européenne, qui sortira des négociations de sortie qui se profilent. »
A terme, en revanche, la prospérité de la City sera certainement mise à l’épreuve et des relocalisations d’institutions financières pourraient intervenir. « Les grandes banques et les fonds d’investissement déplaceront leurs activités européennes vers d’autres places financières dans l’UE, comme Amsterdam, Francfort ou Paris. On parle aussi de Varsovie pour Goldman Sachs, mais vu que le gouvernement polonais essaie de renationaliser les banques, je suis sceptique… »

A qui profitera le Brexit ?
L’impact économique du Brexit, tant au sein du pays qu’en dehors, n’est pas à prendre à la légère. Le Département pour le Business et l’Innovation à Londres a publié une infographie assez parlante concernant la valeur du marché import/export entre l’UE et le Royaume-Uni.

On peut donc s’attendre à une chute du PIB des deux côtés de la Manche. Selon Evan O’Connell, « beaucoup de sociétés américaines et asiatiques délocaliseront leur production du Royaume-Uni vers l’Europe continentale ou l’Irlande. Les Irlandais ont beaucoup à perdre du fait que leur premier partenaire commercial sort de l’UE, mais également beaucoup à gagner étant un pays anglophone avec des impôts plutôt bas. Dans cette optique, les Pays-Bas et la Scandinavie sont aussi en position favorable. C’est moins le cas de la France… » Par ailleurs, des conséquences majeures sont attendues dans le secteur de l’immobilier même si la situation de ce secteur reste floue à bien des égards.

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