Dans la lutte globale contre le réchauffement climatique, l’union fait la force. Plusieurs centres de recherches, dont le CNRS Toulouse, se sont réunis autour d’un projet : éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère en le séquestrant sous terre. Cette technique montre de belles perspectives, notamment en Islande, où ont eu lieu les premiers essais.

Le C.C.S (Carbon Capture and Storage) est une technique déjà ancienne dont les expérimentations ont débuté en laboratoire en 2005. Elle consiste à capturer le dioxyde de carbone des centrales à énergies fossiles et à l’envoyer très profondément dans le sol afin qu’il reste éloigné de l’atmosphère. Jusqu’alors, ce projet n’a guère eu de succès car le CO2 pouvait toujours se libérer.

Plusieurs chercheurs de l’Université d’Islande, du CNRS Toulouse et de la Columbia University de New York ont imaginé une solution pour venir à bout de ce problème. Le principe : dissoudre le gaz dans de l’eau et injecter la mixture dans le sous-sol. Une réaction chimique se produit alors qui transforme le CO2 en calcite, un minéral. Le gaz est ainsi stocké… à jamais ! Pour l’instant, les roches volcaniques, et en particulier le basalte, semblent les plus efficaces pour effectuer cette transformation. Cela s’explique par le fait que cette roche est extrêmement riche en calcium, magnésium et fer, une combinaison qui réagit bien avec le CO2.

Pour les premiers tests, il a fallu trouver un endroit dont les ressources en basalte et en eau sont abondantes. L’Islande, terre presque formée entièrement de cette roche volcanique, s’est imposée comme une évidence. CarbFix est donc passée à l’action à partir de 2012. Les scientifiques ont pompé 250 tonnes de dioxyde de carbone mélangé à de l’eau à 457 m de profondeur. Les premiers signes ont été plus qu’encourageants : 95 % du CO2 a été transformé en calcite en l’espace de deux ans. Une vraie performance.

Pour Edda Sif Aradóttir, l’une des chercheuses de CarbFix en Islande, le projet présente une solution à grande échelle : « Le basalte recouvre à peu près 10 % des continents et il est également très présent dans les fonds marins. Le potentiel de ce projet est donc important, explique-t-elle. Je ne sais pas si CarbFix est le projet le plus efficace pour lutter contre le changement climatique car il nécessite de lourds investissements, mais la stratégie d’immobilisation et de stockage par la roche garantit une sécurité inédite à ce jour. » Des perspectives réjouissantes à l’heure où la situation climatique de la planète se fait toujours plus pressante. Shell a d’ailleurs annoncé en novembre dernier avoir lancé Quest, un chantier de ce type à Alberta au Canada.