Sur fond d’interminable conflit territorial avec le Pakistan et la Chine, l’Inde s’apprête à faire passer une nouvelle loi controversée. Elle concerne toutes les cartes du pays, y compris électroniques : si elles ne suivent pas exactement le tracé reconnu par le gouvernement, leur auteur/diffuseur pourrait être condamné à sept années d’emprisonnement…

La nouvelle lubie du gouvernement indien n’en finit pas de faire des vagues. Lorsque mercredi dernier, le site du ministère des affaires intérieures annonçait qu’il irait jusqu’à sanctionner d’une amende d’un milliard de roupies et de sept ans de prison quiconque diffuserait une carte (numérique ou physique) du pays aux frontières « erronées », les réactions ont été vives, spécialement sur la Toile. Ce projet de loi est baptisé « Geospatial Information Regulation Bill » et ce n’est pas la première fois que l’Inde intervient dans ce genre d’affaires. L’année dernière, le gouvernement décidait de retirer la chaîne Al Jazeera de ses ondes durant une semaine, car le Cachemire n’apparaissait pas du « bon côté » de la frontière sur leurs cartes. Google aussi est passé par la case « autorités indiennes » pour une question similaire concernant son service Google Maps en 2011. Le géant américain a même a été interdit de photographier la région du Bangalore. Un de ses porte-parole a récemment déclaré que l’entreprise allait prudemment étudier le contenu de la loi et ses implications.

Dans l’inconscient collectif indien, la région du Cachemire devrait faire partie du pays mais les deux gouvernements se disputent à ce sujet depuis la partition territoriale de 1947. « Je ne suis donc pas très surpris par cette annonce et je suis certain que la loi passera et qu’elle stigmatisera la seule minorité musulmane du pays, comme à chaque fois », tempête Marvyn Paul, jeune entrepreneur basé à Bombay.

Cette lutte territoriale à connotation identitaire est exacerbée depuis l’arrivée au ministère des affaires étrangères du nationaliste hindou Narendra Modi en mai 2014. « Récemment, il y a beaucoup de bruit autour de ces histoires d’appartenance nationale, explique Marvyn Paul. « Cependant, la vraie nature de ces revendications ultra-nationalistes n’est pas liée à une simple vague de xénophobie, estime-t-il. Ce climat de tensions sert aussi à détourner l’attention des principaux problèmes, tel que l’importante vague de suicides de fermiers consécutive à la famine sans précédents de l’année dernière à cause de la sécheresse. »

Chhatrapati Shivaji Terminus anciennement Victoria Terminus (jusqu’en 1996) avant d’être renommée suite à l’indianisation des noms de lieux du pays, lors de l’élection du nationaliste Shiv Sena. La gare est classée au patrimoine de l’UNESCO.
Chhatrapati Shivaji Terminus anciennement Victoria Terminus (jusqu’en 1996) avant d’être renommée suite à l’indianisation des noms de lieux du pays, lors de l’élection du nationaliste Shiv Sena. La gare est classée au patrimoine de l’UNESCO. Marvyn Paul

La loi s’étendra au-delà des frontières indiennes, car il y est stipulé que quiconque en-dehors du pays souhaitant utiliser des images géo-spatiales de l’Inde devra disposer d’une autorisation et d’une version « validée par les autorités ». Une consultation publique aura lieu d’ici juillet, moment où se déroulera le prochain débat parlementaire qui verra le vote de cette loi controversée. La Chine a pris le même type de mesures le 1er janvier dernier et personne n’a réussi à la faire changer d’avis. Ce qui crée bien sûr un véritable casse-tête pour tous les éditeurs de cartes…

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