Le réseau social au fantôme a levé près de deux milliards de dollars ce jeudi. Une nouvelle entrée en capital qui confirme la confiance des investisseurs dans le potentiel de l'entreprise. Mais qu'est-ce qui peut bien justifier une telle frénésie, alors que Snapchat ne génère des revenus que depuis 2014 ?

Jeudi 26 mai, Snapchat a effectué une levée de fonds de 1,86 milliard de dollars, qui valorise l’entreprise aux alentours de 20 milliards d’euros, contre 17 en février. Une ascension spectaculaire, car sur toute l’année 2015, le réseau social basé à Venice (Californie) n’avait levé qu’un « petit » milliard. Plus fort encore, en 2013, Facebook a tenté – sans succès – de racheter l’entreprise créée par Evan Spiegel pour 3 milliards de dollars. Un montant qui a choqué à l’époque… mais qui paraît dérisoire aujourd’hui !

Une croissance exponentielle illustrée par les revenus engrangés par l’application. Avec ses 10 milliards de vidéos vues par jour, Snapchat prévoit un chiffre d’affaires de 300 millions de dollars cette année, soit quatre fois plus qu’en 2015. Et pour l’année prochaine, Evan Spiegel mise sur un milliard de dollars de recettes. Des chiffres qui donnent le vertige. Surtout lorsqu’on sait que Snapchat ne s’est ouvert à la publicité qu’en 2014, soit trois ans après sa création. Depuis cette date, ses revenus ne cessent d’augmenter, pour le plus grand bonheur des investisseurs qui ont misé sur le projet avant même qu’il ne soit bénéficiaire.

Snapchat, l'application star des 13-24 ans

Lancée en 2011, l’application repose sur un principe simple : partager ses photos ou vidéos pendant un temps limité, en y ajoutant des emojis ou du texte.

Chaque utilisateur a une story dans laquelle il publie ses contenus, qui disparaissent après 24 heures. La durée des vidéos ne peut pas dépasser 10 secondes. Tout cela donne aux adeptes du réseau social un sentiment de liberté et de spontanéité qui a instantanément séduit les plus jeunes qui pensent – parfois à tort – que tout ce qu’ils postent disparaît définitivement. Un principe qui a bien entendu provoqué les dérives attendues. Non non, on ne parle pas de selfies dénudés…

La publicité sur Snapchat : un potentiel extraordinaire

Si Snapchat est si optimiste concernant son avenir, c’est que l’entreprise a développé un outil qui attire énormément les marques. Avec 100 millions d’inscrits sur le réseau, la visibilité est énorme. La publicité sur Snapchat prend plusieurs formes : une rubrique « Discover » où les marques ont leur propre chaîne, des filtres photos ou vidéo sponsorisés ou des publicités insérées dans des « stories » locales ou événementielles.

A gauche, les différents médias qui sponsorisent Snapchat en échange d’une présence sur tous les comptes utilisateurs : Discover. Au centre, l’exemple d’une story locale (Paris) où une publicité en lien avec le sujet peut se glisser. A droite, un filtre sponsorisé par Gatorade.
A gauche, les différents médias qui sponsorisent Snapchat en échange d’une présence sur tous les comptes utilisateurs : Discover. Au centre, l’exemple d’une story locale (Paris) où une publicité en lien avec le sujet peut se glisser. A droite, un filtre sponsorisé par Gatorade. DR

Selon Valérie Vecchioni, directrice conseil pour l’agence Idaos, l’intérêt de faire sa publicité sur Snapchat vient du fait que « pour beaucoup de jeunes, c’est le média privilégié, voire exclusif ». Toucher une cible jeune, très appréciée des marques, donc, mais aussi attirer l’attention de potentiels clients : « L’utilisateur de Snapchat choisit activement de regarder une story parce que le sujet l’intéresse. Les risques de rejet ou d’agacement sont limités, car la pub est en cohérence avec le contenu regardé. » Le risque, c’est d’en faire trop en voulant coller au maximum à l’application au point que « l’utilisateur ne réalise pas que le contenu est émis par une marque ».

Si la publicité pour Snapchat promet un bel avenir à l’entreprise californienne, les marques aussi y trouvent leur compte. Pas toutes cependant, puisque le ticket d’entrée est plutôt élevé : 50 000 $ par jour pour une chaîne Discover et 250 000 € pour intégrer une vidéo dans une story locale ou événementielle. Le prix à payer pour capter l’attention de la jeunesse…

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