Luiza Venturelli
Rio, The Good Cidade

La course aux musées à Rio de Janeiro

Rio de Janeiro est la ville la plus touristique du Brésil. En plus de ses plages mythiques et de son carnaval, elle mise maintenant sur des musées tout neufs. Un nouvel élan indispensable pour redorer son blason. Des choix qui pourraient lui coûter trop cher.

A quoi ressemble-t-il, ce nouveau musée accroché sur la digue du port de tourisme de Rio de Janeiro ? A une grosse mante religieuse posée après un long vol ? Peut-être… Mais il a fière allure, ce bâtiment signé de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, qui ranime un quartier en pleine transformation. Il serait même le symbole d’une renaissance. L’une des expositions visuelles et sensorielles du nouveau musée a d’ailleurs, dès l’ouverture, raconté comment la place Mauá, autrefois enjambée et écrasée par l’avenue Perimetral, a subi un veritable lifting. L’autoroute qui contournait le centre-ville a été dynamitée, explosée en cinq secondes, un jour de novembre 2013, pour dégager la zone portuaire abandonnée de Gamboa, que l’on ne voyait plus. Le musée de Demain a tout de suite séduit les Cariocas. Le week-end suivant son inauguration, le 17 décembre 2015, par la présidente Dilma Rousseff, 25 000 personnes sont venues découvrir les lieux. Pendant l’été austral, plus de 5 000 visiteurs quotidiens patientaient pour découvrir ce qui pourrait bien devenir un nouvel emblème. Plus rapidement que prévu, le musée a d’ailleurs dû proposer l’achat de billets sur son site Internet, afin de fluidifier et de programmer les entrées, des visiteurs étrangers, notamment, comme ceux qui débarquent des paquebots de croisière, juste à côté. Depuis, force est de constater que la fréquentation s’est quelque peu ralentie. L’attrait de la nouveauté, la thématique scientifique aussi, savant mélange d’expositions historiques temporaires et d’une présentation de l’état actuel du monde et du Brésil, à grand renfort d’écrans et d’images virtuelles, est certainement à l’origine de l’engouement du public. Et d’un public nouveau, curieux, venant de la lointaine banlieue, sensibilisé par la grande publicité autour de l’événement. D’autant que le musée s’intègre logiquement au Corredor Cultural, ce parcours culturel du vieux centre historique de Rio, dans lequel se mêlent palais, églises baroques, centres culturels, galeries et restaurants. « Le musée s’inscrit dans la rénovation culturelle que connaît Rio ces derniers temps, explique Leonardo Menezes, responsable des expositions du musée de Demain et ancien programmateur de la télévision câblée Canal Futura. Rénovation de la scène théâtrale, décentralisation des fêtes, festivals et autres événements, c’est ce qu’on attendait depuis au moins dix ans ! »

Inauguré fin 2015, le Musée de Demain, que l’Architecte espagnol Santiago Calatrava a érigé sur une jetée du quartier rénové du Porto, est dédié, entre autres, à l’histoire de la terre, à son avenir et à ses écosystèmes menacés.
Inauguré fin 2015, le Musée de Demain, que l’Architecte espagnol Santiago Calatrava a érigé sur une jetée du quartier rénové du Porto, est dédié, entre autres, à l’histoire de la terre, à son avenir et à ses écosystèmes menacés. Luiza Venturelli
Inauguré fin 2015, le Musée de Demain, que l’Architecte espagnol Santiago Calatrava a érigé sur une jetée du quartier rénové du Porto, est dédié, entre autres, à l’histoire de la terre, à son avenir et à ses écosystèmes menacés.
Inauguré fin 2015, le Musée de Demain, que l’Architecte espagnol Santiago Calatrava a érigé sur une jetée du quartier rénové du Porto, est dédié, entre autres, à l’histoire de la terre, à son avenir et à ses écosystèmes menacés. Luiza Venturelli

Rio rattrape son retard face à São Paulo
La perspective de la Coupe du monde de football de 2014 et des jeux Olympiques de 2016 et leur corrolaire, à savoir l’affluence colossale de visiteurs, avait incité la municipalité à se lancer dans une rénovation urbaine au sens large. Les moyens financiers, facilités par les revenus du pétrole exploité dans le nord-est de l’État de Rio, étaient alors au rendez-vous. Voilà qui permettait la mise en place de projets grandioses. « Rio en a profité pour rattraper son retard sur sa grande rivale São Paulo, qui avait créé ou rénové de nombreux lieux culturels ces derniers temps, comme le musée de la Langue portugaise, constate Jean-Paul Lefèvre, directeur général du réseau des Alliances françaises au Brésil. Mais le problème est d’arriver à tenir sur le long terme. Surtout financièrement. » C’est là que le bât blesse. Un exemple qui perturbe particulièrement le monde culturel carioca ? La Casa Daros, magnifique bâtisse, filiale suisse de la Collection Daros de Zurich, rénovée durant des mois, qui proposait des collections et un restaurant de grande qualité dans le quartier de Botafogo, a définitivement fermé ses portes au bout de deux ans seulement. Le lieu, majestueux avec ses palmiers impériaux, a même été revendu pour devenir une école privée. Rio, lovée entre la baie de Guanabara, l’océan Atlantique et les monts de la Serra do Mar, est depuis longtemps très courue pour son cadre naturel magique et classé, ses manifestations populaires en plein air, la samba et la ­bossa-nova, le football au Maracanã, ses marchés, ses bars à bière et à caïpirinha, et ses plages de Copacabana et d’Ipanema si souvent mises en chansons. Pas encore pour ses musées ! Le ­deviendra-t-elle ? En a-t-elle les moyens… et l’envie ? Certes, la Cité merveilleuse en compte déjà une trentaine. Mais certains d’entre eux font peine à voir, tant du point de vue de la qualité des collections que de leur entretien. Encore un exemple ? Le musée de l’Image et du Son (MIS) pourrait bien ­illustrer la fin d’une ambition démesurée, d’une période dorée ? L’énorme édifice de béton, censé rappeler les vagues de l’océan, s’élève au beau milieu de la noble avenue Atlântica de Copacabana. Une construction qui remplace l’ancienne boîte de nuit Help, autant réputée pour sa musique que pour ses jolies filles, et où se bousculaient les touristes. Censé ­ouvrir au public avant les JO, le futur MIS est toujours en chantier, avancé aux deux tiers, abandonné par le constructeur. Manque de financements, procès, nouvel appel d’offres, flou du timing… tout semble aller de travers. On peut se ­demander s’il sera achevé un jour. Un autre ? Le monstre de la Cité des arts, volumineux centre culturel de l’architecte français Christian de ­Portzamparc, construit dans le quartier de Barra da Tijuca (lire encadré) qui accueille le village olympique, semble être frappé par la même malédiction. Sa construction a déjà englouti des centaines de ­millions de réaux, et il a été inauguré avant son achèvement pour, finalement, attendre des mois avant son ouverture, encore partielle, au public. Et son fonctionnement futur n’est toujours pas ­assuré. Un « éléphant blanc », dirait-on en sport, pour désigner les stades inoccupés après une compétition – le Brésil en compte aussi, legs de la Coupe du monde de football ! A la différence de la culture ­populaire, celle des musées coûte très cher. Or, les sources de financement public, lié aux revenus du pétrole, dont la cotation du baril s’est effondrée, et privé, auprès des banques et des entreprises, se sont taries au fur et à mesure que la crise économique, et politique, s’installait. L’inquiétude grandit à Rio, car une fois l’année olympique et ses facilités budgétaires terminées, l’argent consacré à la culture pourrait redevenir une denrée très rare. Et Rio raterait alors son but, celui de demeurer la capitale culturelle du Brésil.

La Cité des Arts est un centre culturel monumental construit par l’architecte français Christian de Portzamparc dans le quartier de Barra da Tijuca, dans le sud de Rio.
La Cité des Arts est un centre culturel monumental construit par l’architecte français Christian de Portzamparc dans le quartier de Barra da Tijuca, dans le sud de Rio. DR

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