Il serait impossible d’écrire une histoire de l’architecture du XXe siècle sans évoquer le Brésil. En ligne de mire, la figure héroïque d’Oscar Niemeyer et la ville de Brasília ont forgé la réputation d’un pays qui a fait du modernisme son identité culturelle.

Brasília, creuset du modernisme

Lúcio Costa est passé à la postérité, notamment avec l’urbanisme de Brasília, capitale créée ex nihilo entre 1956 et 1960. Quand il est élu à la présidence du pays, en 1956, Juscelino Kubitschek décide de bâtir une nouvelle ville, véritable étendard de la modernité et qui devient capitale du Brésil en 1960. Aux côtés de Lúcio Costa, Oscar Niemeyer dessine les bâtiments emblématiques.

Le modernisme devient l’image de marque du pays. Modèle futuriste et utopique, Brasília est inscrite, depuis 1987, au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Dans cet univers éminemment masculin, une femme a réussi à s’imposer malgré une reconnaissance ­tardive : Lina Bo Bardi. Militante, socialement engagée, cette architecte touche-à-tout a toujours placé les usagers et la liberté collective au cœur de ses préoccupations. Elle laisse derrière elle un chef-d’œuvre : le SESC ­Pompeia São Paulo (1977-1986), centre culturel installé dans d’anciennes usines magnifiées par l’architecte pour en faire un lieu de vie.

« Je n’oublie jamais le surréalisme du peuple brésilien, son inventivité, son plaisir à se réunir, à danser et à chanter. C’est pourquoi j’ai dédié mon travail à Pompeia aux jeunes, aux enfants et aux personnes du troisième âge : à eux tous ensemble », expliquait-elle. Mais s’il est un nom qui symbolise à lui seul l’architecture brésilienne du XXe siècle, c’est assurément celui d’Oscar Niemeyer. Disparu à l’âge de 105 ans, il a traversé le siècle, laissant derrière lui une œuvre considérable et, si ce n’est des héritiers spirituels, une production sous influence.

« Ce n’est pas l’angle droit qui m’attire, disait-il, ni la ligne droite, dure, inflexible, créée par l’homme. Ce qui m’attire, c’est la courbe libre et sensuelle, la courbe que je rencontre dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses fleuves, dans la vague de la mer, dans le corps de la femme préférée. » Il est l’un des premiers à avoir osé penser le bâtiment comme une sculpture, exploitant avant tout le monde les incroyables qualités plastiques du béton. Si ses œuvres racontent une époque révolue, elles ont influencé des générations entières d’architectes aux quatre coins du monde.

Filiation et influence

Loin d’être enterré, toujours vivace, le modernisme brésilien se régénère sous des formes plus contemporaines. Les starchitectes européennes sont bien présentes au Brésil. Parmi les derniers grands bâtiments construits à Rio, le musée de Demain, inauguré en 2015, de Santiago Calatrava, bâti dans la zone portuaire, ou la Cité des arts, signée Christian de Portzamparc, en 2013, revendiquent la filiation ou l’hommage, c’est selon.

« La Cité des arts est vue comme une grande maison, une grande véranda au-dessus de la ville, explique l’architecte français, hommage à un archétype de l’architecture brésilienne. Entre les deux plaques horizontales du toit et de la terrasse sont installés les grands murs courbés en béton incluant les salles dans un jeu de pleins et de vides. L’architecture cadre et répond aux belles courbes des montagnes de la Serra Atlân­tica et à la ligne de la mer. »

Car l’architecture brésilienne n’a pas d’égale pour capturer le paysage. L’inspiration ne se limite pas à une vision formelle de cette production moderniste. A Rio, le musée d’Art contemporain de Niterói, en forme de soucoupe volante, demeure l’icône absolue en la matière. Réalisé en 1996 par Oscar Niemeyer, il offre une vue à 360 degrés et un rapport inédit à l’environnement naturel. Un Bilbao avant l’heure. Pour son premier projet en Amérique du Sud, la regrettée Zaha Hadid s’est aussi inspirée du modernisme brésilien. A Copacabana Beach, elle a imaginé un immeuble d’habitations doté d’une façade aux allures de colonne vertébrale et en béton blanc.

« La conception du bâtiment perpétue la liberté de composition formelle ­inhérente à la tradition moderniste au Brésil. Elle répond avec un tempo unique à la vitalité de la beach culture de Copacabana, autant qu’à la fluidité de la célèbre promenade de Burle Marx », expliquait-elle lorsque le projet fut lancé. La célébration du modernisme brésilien ne s’est ainsi pas faite en un jour. Elle a traversé le siècle, impliquant les représentants du mouvement, mais aussi des politiques culturelles qui se sont renouvelées au fil du temps pour conforter cette précieuse identité culturelle.

Mais malgré ce socle historique très fort, la nouvelle génération d’architectes brésiliens, si elle existe bel et bien, peine à trouver sa place sur la scène internationale. Comme si l’histoire était trop lourde à porter.

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