A la tête de l’un des fonds d’investissement les plus puissants du pays, Arminio Fraga s’est surtout forgé une solide réputation lorsqu’il présidait la Banque centrale brésilienne. Aujourd’hui, ce prodige des finances continue d’osciller entre secteur privé et service public, se positionnant en conseiller incontournable pour faire sortir le Brésil de la crise.

En sortant du lycée, il imaginait suivre les pas de son grand-père, de son père et de ses oncles, tous médecins, et s’était même inscrit à la faculté. Au dernier moment, Arminio Fraga décide de se consacrer à l’économie et va suivre un parcours sans fautes, entre le Brésil et les États-Unis. Formé à l’université pontificale de Rio de Janeiro, il décroche également un doctorat à l’université de Princeton. Un pied au Brésil, un autre aux États-Unis, il va multiplier les allers-retours… En 1985, il devient économiste en chef de la banque d’investissement Garantia, fondée par le très puissant Jorge Paulo Lemann. Il n’y restera pas longtemps.

Retour aux États-Unis, à Wall Street, où il est recruté par la banque Salomon Brothers. Re-come-back, à Brasília, en tant que directeur du département des sujets internationaux à la Banque centrale brésilienne, avant de repartir un an et demi plus tard, en 1993, à New York, pour diriger le Soros Fund Management, fondé par le sulfureux gourou de la finance George Soros, dont il fera fructifier les affaires pendant six ans. Mais Arminio Fraga ne compte pas faire sa vie aux États-Unis et songe à rentrer à Rio pour y ouvrir son entreprise.

Il annonce à ses collègues qu’il partira après les élections américaines de 2000. La crise monétaire brésilienne précipite son agenda : en janvier 1999, le régime de change fixe vient d’être abandonné, la monnaie brésilienne est dévaluée et le gouvernement craint l’hyperinflation. Le président brésilien Fernando Henrique Cardoso (dit « FHC ») s’entoure alors de nouveaux collaborateurs, dont beaucoup sont d’anciens camarades d’université d’Arminio Fraga. Un samedi de mars, le banquier reçoit un appel de FHC qui lui demande de prendre les commandes de la Banque centrale. Le lundi matin, il donne sa démission. Le lundi soir, il s’envole pour Brasília.

On ne refuse pas les signes du destin… Mais sa relation avec George Soros, « celui qui fit sauter la Banque d’Angleterre », lui colle à la peau. Pour ses détracteurs, Arminio Fraga reste un « vassal du capital étranger » et le « représentant des mégaspéculateurs ». Tandis que ses supporters défendent sa connaissance pointue des marchés. Peu après sa nomination, il fait passer le taux directeur de 25 à 45 %. Les investisseurs étrangers reviennent et l’inflation, prévue pour atteindre entre 20 et 50 %, se limite finalement à 9 % fin 1999. Sa gestion de la crise monétaire fait de lui l’un des économistes les plus influents et les plus respectés du Brésil, à tel point que, dans un article du Financial Times, en 2007, le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz suggérera son nom pour la présidence de la Banque mondiale. Certains l’auraient même volontiers vu prendre la suite de Dominique Strauss-Kahn au FMI, en 2011…Récemment, c’est au ministère de l’économie que la presse locale l’envoie, avant qu’il ne démentisse tout contact avec le gouvernement brésilien.

Des marchés financiers à la politique

En janvier 2003, une fois sorti de la Banque centrale brésilienne, ­Arminio Fraga décide de se consacrer au projet qui l’anime depuis tant d’années : lancer son propre fonds d’investissement. Il s’entoure de proches, notamment d’anciens de l’équipe économique de FHC, et fonde Gavea Investimentos en août de la même année. De la décision à l’action, Arminio Fraga semble toujours pressé de conclure.

Sa crédibilité dans le secteur privé lui permet de se constituer rapidement un réseau de clients. Avant même l’ouverture des portes de son siège, installé dans le luxueux quartier de Leblon, son entreprise réunit 430 millions de dollars d’investissements. Il se dit que même George Soros aurait confié de l’argent à Gavea Investimentos. Sept ans plus tard, l’entreprise atteint 6 milliards de dollars d’actifs et la banque américaine J.P. Morgan, via sa filiale Highbridge Capital Management, prend une participation de 55 % dans le fonds, tout en gardant une option pour acquérir le reste de Gavea fin 2015.

Resté le visage et le cerveau de Gavea Investimentos, qui gère actuellement 4,5 milliards de dollars et compte 139 employés, Arminio Fraga décide, en 2015, de racheter son entreprise à ­J.P. Morgan, après cinq ans de « bon partenariat ». Déterminé à rester l’un des principaux acteurs du marché financier brésilien, il s’impose dans le paysage politique local. Lors de la campagne électorale de 2014, il pilote l’équipe économique de l’adversaire de Dilma Rousseff, Aécio Neves. La défaite de son candidat ne l’arrête pas dans son élan : depuis, il distille ses critiques contre le gouvernement dans des sorties médiatiques très bien orchestrées et liste ses propositions pour remettre le Brésil à flot…

Parcours

  • 1957 : naissance à Rio de Janeiro, d’un père brésilien et d’une mère américaine.
  • 1989 : vice-président de la banque Salomon Brothers (NY).
  • 1993 : directeur-gérant de Soros Fund Management (NY) et professeur à l’université de Columbia.
  • 1999 : président de la Banque centrale brésilienne.
  • 2015 : rachète Gavea Investimentos (qu’il a fondé en 2003) à J.P. Morgan.

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