Les émoticônes sont partout. Au point qu’on en vient à substituer des phrases entières par une série de ces symboles dont la proposition ne cesse de croître. Nos bonnes vieilles langues écrites sont-elles pour autant menacées ? Réponse avec Remi van Trijp.

Pour ce chercheur spécialisé en modélisation computationnelle de l’évolution du langage 🤓 au Sony Computer Science Laboratory de Paris, « d’un point de vue linguistique, l’usage des emojis est un vrai enrichissement. Il illustre même la créativité et l’intelligence collective ». Car même si les formes écrites du langage sont encore la norme, elles sont loin de remplir toutes les fonctions de la communication. L’utilisation des emojis répond à un besoin spécifique : restituer les échanges physiques non-verbaux dans des dialogues virtuels de plus en plus fréquents. « Quand on veut transmettre des émotions , il y a toujours un risque de mauvaise interprétation si on utilise que du texte, avance-t-il. Une blague peut facilement être perçue comme une expression de colère. »
A ce jour, le set emoji standardisé Unicode compte 722 caractères contre 176 à l’origine. On utilise dorénavant les emoji pour raconter une victoire 👸, se taper dans la main 🙏 , mais aussi pour suggérer un dîner🍕, une envie de vacances 🏖 ou une idée obtue 🗿…
La proposition langagière est énorme et permet de dire à peu près tout ce que l’on exprimerait en mots. L’emoji permet de se définir, d’illustrer ses intérêts ✈️ 🌍 .
Grâce à leur émergence, on est parvenu à contourner un problème majeur de l’écriture connectée, celui de la carence liée à la posture, au ton de voix et aux mimiques faciales ✌️😬.

Remi van Trijp, spécialiste en modélisation computationnelle de l’évolution du langage, dirige des recherches au Sony Computer Science Laboratory de Paris.
Remi van Trijp, spécialiste en modélisation computationnelle de l’évolution du langage, dirige des recherches au Sony Computer Science Laboratory de Paris. Remi van Trijp

On comprend donc bien tout l’intérêt du recours à cette forme de communication pour apporter plus de nuance aux échanges virtuels, mais cela n’engendrera-t-il pas, à terme, une perte de repères linguistiques ?
« Pas du tout », tranche Remi van Trijp. « Le langage est en perpétuelle évolution : chaque année, il y a des mots qui sont perdus et d’autres qui sont créés. Mais parce que le langage est utilisé comme instrument de cohésion et d’identification sociale, on s’attache à notre façon de parler. » Cette tendance au conservatisme linguistique est donc « naturelle » 🙄. « Comme les innovations sont souvent introduites par les nouvelles générations, leurs aînés prennent peur que le langage “civilisé” se perde… Même Cicéron se plaignait de la façon dont les jeunes parlaient le latin ! ».

Dans l’amélioration de la communication virtuelle, les émojis ne représentent cependant qu’une première étape… « La question de l’humanisation des outils digitaux est intéressante dans la perspective d’un scénario où l’interlocuteur est un robot, un domaine qui va bientôt exploser avec les assistants digitaux comme Siri ou les chatbots de Facebook. » 🙃.

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