Lors de la 46e journée de la Terre, les Nations-Unies ont décidé de célébrer la planète bleue par la signature de l’accord mondial sur la COP 21. Mais attention, entre signature et entrée en vigueur, le chemin est encore long…

Le 22 avril a marqué la signature historique de l’accord de la COP 21. C’est au siège des Nations-Unies à New York que Ban Ki-Moon a donné rendez-vous aux 171 pays signataires. Malgré le succès évident du sommet de Paris en termes de représentation diplomatique, les perspectives d’un traité véritablement effectif face à l’urgence écologique sont encore loin d’être au rendez-vous.

Le problème climatique est-il pour autant résolu ?
Non. Premièrement, la signature de l’accord n’oblige en rien les pays à prendre des mesures contraignantes. Comme pour tous les grands traités internationaux, la mise en application nécessite préalablement une ratification. Dans le cas de la COP21, il a été accordé aux pays signataires un délai d’un an pour agir. Ce processus peut prendre du temps, selon l’empressement des parlements à transformer le texte international en une loi intérieure. Une fois ratifié, le traité n’entrera en vigueur qu’en 2020. Autant dire que le mercure aura le temps de grimper d’ici là.

Un nivellement par le bas

Lors d’une conférence à la veille de la COP21, François Gemenne, chercheur et professeur à Sciences Po spécialisé en questions géopolitiques, climatiques et environnementales, revenait sur la nature même de ces négociations et relevait plusieurs problèmes :

Un problème dans la mécanique des négociations. « On a un problème d’acteurs dans la mécanique des négociations parce qu’on a toujours affaire à des acteurs du monde passé », explique-t-il. « La négociation est archi-technique et se déroule dans une bulle éloignée du monde réel. C’est une négociation confisquée à la société, un véritable déficit démocratique ! Laurent Fabius a admis lui-même qu’il n’y comprenait pas tout mais qu’il faisait confiance aux négociateurs français ! »

Un problème dans la façon d’adresser et de représenter la problématique. Au-delà des questions purement technico-climatiques, l’enjeu est bien évidemment l’impact sur les sociétés humaines et l’économie. Ce qui découle de la COP 21, c’est notre capacité à vivre sur Terre. Pour François Gemenne, la problématique est biaisée : « C’est une affaire de choix collectif. Il faut la traiter de façon collective en re-politisant le débat, et non pas la traiter de façon managériale. » On peut avoir une vision claire de ce que l’on souhaite éviter (comme décrit dans les rapports du GIEC), mais ce dont la société a besoin, c’est d’un projet commun. « Ce projet politique doit nous faire adopter des mesures radicales », plaide François Gemenne.

Un problème de timing. « Du temps, on n’en a plus », tonne le chercheur. En effet, l’accord entrera en vigueur au mieux en 2020. C’est bien trop tard vu l’urgence.

⦁ La poursuite effrénée du consensus. Cet aspect est peut-être la donnée la plus aberrante de ces négociations. Lorsqu’on prend acte des disparités entre les pays participants, imposer un accord qui rassemble plus de 160 pays témoigne de l’insignifiance des ambitions. « Il faut des changements radicaux pour que les choses changent et cette transformation radicale va inévitablement générer des frustrés, des fâchés, des déçus. »

 

En quoi consiste l’accord ?
L’ambition principale de l’accord de Paris est de maintenir le réchauffement climatique en-dessous des 2°C (et dans la mesure du possible, sous les 1,5°C…). L’objectif est également de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre. Bon point, les négociations semblent avoir pris en considération les rapports de force entre les régions les plus vulnérables et celles plus développées économiquement. Car ce sont ces dernières qui génèrent le plus d’émissions… dont les premières pâtissent. Il a donc été convenu que les pays riches fournissent 100 milliards de dollars, annuellement, dès 2020 durant une durée minimum de cinq ans. Ensuite, cette somme sera révisée. L’accord stipule aussi qu’un transfert de technologies Nord-Sud doit avoir lieu.

Malgré ces limites évidentes, plus de 8 000 tweets #JourneeDeLaTerre, 339 000 #EarthDay et 51 000 #ParisAgreement ont ponctué l’actualité Twitter tout au long de la journée. Enthousiasme et scepticisme citoyen se sont succédés autour d’un sujet qui continue de mobiliser les foules tout autour de la planète.

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