Plus encore que durant la Guerre froide, l'espace est un enjeu stratégique. Américains, Russes, Chinois, Japonais… Tous veulent leur part du gâteau et ne se refusent rien pour conquérir les étoiles et leurs richesses. Entre fusées et satellites, les routes spatiales se tracent, mais à quel prix ? Décryptage.

La riposte d’Ariane

« Nous avions entamé en 2008-2009 des réflexions pour développer un successeur à Ariane 5, capable de répondre à cette nouvelle concurrence, commente Jean-Marc Astorg, directeur des lanceurs au Centre national d’études spatiales (CNES). Ariane 6 a été décidée le 2 décembre 2014, et son premier vol est prévu en 2020. » L’Europe s’est mobilisée à hauteur de 3,7 milliards d’euros pour construire sa nouvelle fusée. Avec elle, le prix de l’envoi d’un kilogramme de satellite en orbite géostationnaire sera de 10 000 dollars, soit deux fois moins qu’Ariane 5.

Le lanceur emblématique de l’Europe n’a cependant pas à rougir de sa carrière. Entré en service en 1996, Ariane 5 n’a pas connu d’échec depuis 2002, comptabilisant 70 lancements réussis à ce jour. Sur le marché des satellites commerciaux, elle a raflé 50 % des parts depuis plus de vingt ans.

« C’est une brillante réussite sur un marché qui est très compétitif, explique Jean-Marc Astorg. Le marché ouvert représente 20 à 25 lancements de satellites par an, tandis que le marché institutionnel, qui n’est pas ouvert à la compétition, en compte trois fois plus. Or, les lanceurs américains, comme Space X, sont sûrs d’avoir comme clients la Nasa et l’US Air Force – bien que l’entreprise fasse payer ses lancements aux agences deux fois plus cher que sur le marché commercial. Les Russes, les Chinois et les Japonais envoient leurs satellites avec leurs lanceurs. Il n’y a qu’en Europe où les Européens n’appliquent pas la préférence institutionnelle. »

Pour continuer de convaincre une majorité de clients, y compris ceux dans son propre camp, toute la production d’Ariane a été réorganisée. Une joint-venture entre Airbus et ­Safran, Airbus Safran Launchers, a vu le jour. La fabrication, éclatée dans toute ­l’Europe pour Ariane 5, a été revue. Des centres spécialisés produiront ici les structures composites, là le premier étage. L’intérieur a été complètement repensé pour alléger la masse et le coût. Même l’assemblage sera innovant : au lieu de raccorder les deux premiers étages en position verticale, ils sortiront du hangar en position horizontale, sur le modèle des Soyouz, qui ont investi la base spatiale de ­Kourou (Guyane) depuis 2007, à l’issue ­d’accords passés avec la Russie.

La fusée européenne Ariane 6 effectuera son premier vol en 2020.
La fusée européenne Ariane 6 effectuera son premier vol en 2020. DR

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