De jeunes créatifs pleins de ressources réveillent le soulier masculin classique d’un frais coup de crayon, l’épiçant de pigments fortement prononcés. Présentation
de marques fraîchement mises sur orbite.

Un bain de fraîcheur anime ce secteur qui, décidément, a bon pied et… bon oeil ! Un marché si vif que certains anticipent une renaissance comme celle de Bally, alors que d’autres tentent l’aventure comme De Fursac et sa collection de basiques. Mais la surprise vient de ces jeunes talents encore confidentiels qui déboulent en force. Citons, par exemple, Adieu ou Jour férié, Bobbies ou Jacques & Déméter, certains étant soutenus et financés par Au-delà du cuir (ADC). Fondée en 2012, ADC est la filière professionnelle issue de la Fédération française de la chaussure (FFC). Sa directrice opérationnelle, Françoise Vincent, offre un décryptage éclair de sa mission : « Notre fonds d’amorçage de 700 000 € permet d’accompagner de jeunes créateurs d’entreprise dans leur projet. » Aide bienvenue pour ces débutants qui ne se paient pas tant que leur marque n’a pas atteint la zone de sécurité – trois à cinq ans d’existence. Pour leur éviter l’abandon ou de se brader au premier investisseur venu, ADC garantit 50 % des crédits bancaires de ses poulains et paie leurs dépenses à hauteur de 9 000 € (sans aucune obligation de remboursement). « Nous les aidons trois ans en mettant aussi un showroom à leur disposition, à Paris, qu’ils peuvent privatiser pour des événements. Cela leur permet de tester le marché. Toutes les six semaines, ils sont coachés par des experts de différents métiers : finance, juridique, communication ou même style lorsqu’ils sont plutôt commerciaux. » ADC reçoit 150 dossiers par an et n’en retient que 7, notés sur la personnalité des candidats, sur leur potentiel de chef d’entreprise, sur leur concept produit, sur leur stratégie boutique et sur leur projection financière.

Adieu

Adieu
Adieu DR

Née il y a un an, Adieu est l’exemple type de la jeune entreprise soutenue par ADC. Le bottier Benjamin Caron et la designer textile couture Isabelle Guédon ont lancé une collection luxueuse qui mixe allure rebelle British et élégance parisienne. ADC a réalisé leur business-plan avant de les accompagner auprès de la branche Mode et Finances de la Banque publique d’investissement (BPI). « Adieu devait atteindre 800 000 € de chiffre d’affaires, mais elle est déjà proche de 1,3 million d’euros et vient d’embaucher un directeur commercial. Prochaine étape : l’ouverture de leur boutique », précise Françoise Vincent.

Bobbies

Bobbies
Bobbies DR

Bobbies doit la vie à Antoine Bolze et à Alexis Maugey, deux potes qui ont créé la marque en 2010. Le concept : revisiter les classiques en couleur comme ce mocassin à picots, très joli en marine et ciel. Desert boots, richelieus ou bottines ont également subi un lifting, tandis que la fabrication portugaise est ici mise en avant. Le tandem a ouvert sa boutique dans le Marais et son site est léger comme une bulle de champagne.

Jacques & Déméter

Jacques & Déméter
Jacques & Déméter DR

La marque existe depuis 2010, menée par deux extraterrestres du monde du soulier : Valentine Delaroa, ex-designer graphique, et Maxime Van Rothem, qui s’est évadé d’un cabinet d’audit ! Leur credo : offrir des chaussures ministrables, dandy, profilées, élégantes et citadines. Le résultat est bluffant. Autre souhait exaucé : la fabrication française, depuis les Tanneries du Puy jusqu’aux ateliers de Cholet via le studio de création à Paris. Comme quoi, une passion peut mener loin, même hors du giron rassurant d’Au-delà du cuir – qui n’avait pas retenu leur dossier. Le duo est passé outre en faisant appel au crowdfunding via Ulule, premier site de financement participatif européen.

Jour férié

Jour férié
Jour férié DR

La marque fête sa première année d’existence et… 200 000 € de chiffre d’affaires. Nathalie Elharrar vient du monde du luxe et a dessiné des chaussures pour Paule Ka, Camper ou Heschung, tandis que Johane Collet s’est formé à Polimoda, où il a appris à faire des souliers. Le style original et très coloré de leur concept a tapé dans l’oeil des observateurs, comme André, pour qui ils viennent de signer une collection capsule. « Ils ont un boulevard devant eux. Nous pensons qu’ils vont vite atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires », résume leur bonne marraine, Françoise Vincent.

Pete Sorensen

Pete Sorensen
Pete Sorensen DR

La marque s’est forgé une forte identité dès 2012. Les designers Camille Hourdeaux et Kevin Serpaggi ont le chic pour créer boots et souliers en fin cuir italien, craquelé, option vintage. Tout est fait main ! La bonne idée : cette collection permanente de trois modèles de boots (Phantom, MacGill et Detroit) que les amateurs achètent au showroom parisien ou sur le site.

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