Les Japonais les adulent, les hipsters les adoptent… C’est l’histoire d’une affaire familiale qui n’a jamais quitté son coin d’Isère. A l’inverse des marques qui délocalisent, Paraboot vient de rapatrier sa production portugaise et construit une nouvelle usine au pied des Alpes. En France, on n’avait pas vu ça depuis une trentaine d’années !

Devinette : qui, à 70 ans, a inspiré le modèle Cordovan de Prada, le Derby Countrylane de Vuitton ou encore le Derby French Style d’Alexandre Mattiussi pour Ami ? Cherchez un peu du côté du dressing de votre grand-père, celui qui vous emmenait ramasser des champignons, invariablement chaussé de ses… Paraboot. Ceux qui, marqués par cette imagerie familiale, avaient l’habitude d’associer ce soulier rustique à l’étudiant d’Assas ou au sociologue à pipe et pantalon de velours côtelé ont revu leur copie. Depuis que les trenders japonais arpentent Omotesando chaussés de leurs Michael, les yuccies du Marais se sont empressés de remplacer leurs Stan Smith par l’iconique modèle cousu norvégien, double couture, fil poissé, semelle Goodyear. Michel Houellebecq l’avait cité dans La Carte et le territoire comme l’un des trois produits « parfaits » de sa vie de consommateur. George Clooney, Vanessa Paradis et le Coréen Psy en seraient addict… C’est dire si ce soulier intemporel balaie un large spectre ! Au point, peut-être, de brouiller son image.

Pas moins de 150 opérations sont nécessaires à la réalisation d’une Paraboot.
Pas moins de 150 opérations sont nécessaires à la réalisation d’une Paraboot. DR

C’est un fils de paysan, ouvrier dans un atelier isérois, qui fut en 1909 à l’origine de cette saga familiale. Curieux et entrepreneur, il commence par se mettre à son compte, découvre le caoutchouc aux Etats-Unis en 1926 et, imaginant allier le cuir et le latex pour fabriquer des chaussures increvables, dépose sa marque, « Para », nom d’un port d’Amazonie d’où est exporté le latex, et « boot », pour faire américain. Sa philosophie de la qualité, de la pérennité et du prix juste fera son succès, notamment avec le fameux modèle Michael, dessiné en 1945, qui traversera les ans sans broncher. La PMI, qui n’a jamais quitté son berceau, a failli mettre la clé sous la porte lors de la crise des années 80, mais a rebondi, sauvée par une gestion de bon père de famille et le retour de la mode des grosses semelles. Depuis 2004, la famille contrôle à nouveau l’intégralité du capital. Michel Richard, le -petit-fils, 70 ans, tient encore les manettes, tandis que la quatrième génération, Clémentine et Marc-Antoine, est déjà sur le terrain. Paraboot, inscrit au club des derniers vaisseaux amiraux de la fabrication made in France à l’image de Louboutin, Weston, Heschung ou Free Lance, reste le seul chausseur au monde à fabriquer ses propres semelles en latex. Avec son talon « absorbeur de chocs » (inventé avant la Nike Air…), c’est priorité au confort et à l’élégance dans ce qu’elle a de plus British. L’extension de la gamme s’est faite en douceur, derbys, bottines, lignes plus urbaines et cuirs plus fins (les mêmes que Weston ou Hermès), mais toujours en fabrication main. La ligne femme ne dépasse pas 30 % de la -production et ne comptez pas sur la marque pour se lancer dans le stiletto, il ne faut pas exagérer. Pour conquérir un segment plus jeune, elle s’est lancée dans des collections capsule avec des designers comme, cet hiver, Chitose Abe, signature japonaise du label Sacai. Reste la question métaphysique : peut-on porter sa Paraboot « sockless » ? Pourquoi pas ? Seul impératif : ne pas faire l’impasse sur les embauchoirs (non vernis, malheureux !), pour garder sa paire préférée à vie, ou presque. Une démarche on ne peut plus écologiquement correct !

L’indémodable modèle Michael, créé en 1945.
L’indémodable modèle Michael, créé en 1945. DR
Le modèle Morzine, en cuir lisse.
Le modèle Morzine, en cuir lisse. DR

Usine nouvelle

Paraboot représente 90 % du chiffre d’affaires (23 M € en 2015) de la société Richard Pontvert, qui chapeaute trois autres marques : Galibier, Parasport et Parachoc pour les versions chaussures de montagne, de sport et de chantier. 195 salariés produisent 200 000 paires par an, dont 40 % partent à l’export. La production portugaise vient d’être rapatriée en France et une nouvelle usine, mise en chantier. Un projet qui regroupe les sites d’Izeaux et de Tullins en une seule unité de production proche de Grenoble. Un investissement d’environ 8 M € et une date opérationnelle annoncée pour fin 2016. Ce sera la première construction d’une usine de chaussures en France depuis une trentaine d’années. Une sorte de pied de nez à la fuite de la chaussure française, qui est en grande partie produite au Maroc et au Portugal, quand ce n’est pas en Asie.

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