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Le mobilier de bureau

Tour d'horizon des meilleures marques

C’est-à-dire celles qui conçoivent du mobilier de bureau avec lequel on ne voit pas passer les heures sup…

Etats-Unis

Quatre marques américaines caracolent dans le peloton de tête du mobilier de bureau haut de gamme et partagent, avec les labels de baskets, la passion des résilles high-tech et des datas comportementales…

Diaporama : Les meilleures marques de mobilier de bureau

>Herman Miller

Relativement méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique, puisque c’est Vitra qui était son licencié en Europe de 1957 à 1984, Herman Miller a été, sous l’impulsion de son mythique directeur du design George Nelson, l’éditeur historique de Charles & Ray Eames, d’Isamu Noguchi ou Alexander Girard. Dès les années 60, la firme de Zeeland (Michigan) avait créé un département de recherche centré sur le bureau, dirigé par Robert Propst, et c’est en s’appuyant sur les insights rassemblés par Propst que Nelson imagina en 1964 l’Action Office I – un ensemble d’éléments invitant à la mobilité – qui était totalement révolutionnaire pour l’époque. Tellement révolutionnaire, d’ailleurs, que ce fut un flop commercial retentissant. Cinq ans plus tard, l’Action Office II de Robert Propst initiait une ascension fulgurante vers le succès (40 millions d’employés américains l’ont eu comme cadre de travail). Herman Miller a donc pris au début des années 70 un virage radical vers le contract – ce qui explique en grande partie l’abandon du projet « Residential Program » de Pierre Paulin, que Louis Vuitton a ressuscité par prototypes interposés, l’an dernier au salon Design Miami. Une orientation stratégique qui s’est soldée par d’excellents résultats commerciaux, avec une succession de sièges ergonomiques, dont Aeron – la Rolls des chaises de bureau signée Bill Stumpf et Don Chadwick, trônant aussi bien derrière les bureaux des p-dg qu’au MoMA. Depuis le début des années 2000, Herman Miller s’attache à proposer des modèles plus abordables, mais tout autant recyclables, tels que Mirra (Studio 7.5) et surtout Sayl. Créée par Yves Behar (le designer de l’ordinateur One Laptop pour Child), Sayl se glisse volontiers aux côtés de Nike ou d’Apple dans la wish list de la génération Y.

>Steelcase

Steelcase (à qui appartient également Coalesse) est le numéro un mondial du mobilier de bureau haut de gamme. Entre le premier dépôt de brevet de cette marque fondée à Grand Rapids en 1912 – une poubelle bon marché résistante au feu – et celui de Brody WorkLounge, un néo-cubicle au look de siège d’avion de business-class qui a été la guest-star incontestée de NeoCon 2015 – la grand-messe de la profession qui se tient chaque année à Chicago –,plus d’un siècle se sera écoulé. Dans cet intervalle, Steelcase aura non seulement innové en communication avec l’opération « Skydrop » (en 1967, un parachutiste laissait tomber de 305 mètres la chaise 450 Series pour démontrer que la coque du siège reste intacte en touchant le sol), mais également alloué entre 1 et 2 % de ses revenus à sa propre structure de recherche et prospective : Steelcase WorkSpace Futures. Cette cellule stratégique ultrapointue scanne sans relâche les avancées des neurosciences et les études relatives au bien-être et à la productivité sur le lieu de travail. Et c’est, bien entendu, en s’appuyant sur les données collectées et analysées par Steelcase WorkSpace Futures qu’a été imaginé cet inédit croisement d’espace lounge personnel et de bureau qu’est Brody. Tout esprit de concurrence mis à part, on peut parier que George Nelson, pionnier du design de bureau par excellence, aurait applaudi !

>Knoll

Le « good design » serait-il une affaire de famille ? Oui, si l’on se penche sur la saga des Knoll. La marque a en effet été fondée en 1939, à New York, par le fils de Walter Knoll, Hans. Et c’est sa femme, Florence (née Schust), brillante architecte diplômée de Cranbook (comme les Eames ou Saarinen), qui a créé, dès 1946, la Planning Unit, cette cellule d’architecture intérieure dédiée aux bureaux et autres espaces corporate, qui reste aussi mythique que celle de George Nelson. Editeur de deux Executive chairs culte – respectivement signées Eero Saarinen et Charles Pollock –, Knoll affiche, certes, dans son catalogue des créations qui parlent aussi bien le langage du résidentiel que celui du contract haut de gamme (l’iconique banquette Barcelona de Mies Van der Rohe en est sans doute le meilleur exemple). Mais la marque qui avait conçu les bureaux de la famille Rockefeller n’a jamais cessé de renforcer et d’actualiser son expertise dans ce domaine. La preuve ? Les fauteuils Generation (2009) et Remix (2015), tous deux conçus par le studio néozélandais Formway Design, après avoir visionné plus de 700 heures de vidéos permettant d’analyser les multiples postures adoptées au fil d’une journée de travail tertiaire. Pas de meilleur booster de productivité, en effet, qu’un siège idéalement ergonomique…

>Haworth

Créée en 1948 à Holland (Michigan) sous le nom de Modern Products, Haworth est aujourd’hui le numéro deux mondial du mobilier de bureau et peut, depuis le rachat du groupe Poltrona Frau en 2014, compter sur la largeur d’offre que lui procurent les collections Cappellini, Cassina et Poltrona Frau pour accroître sa légitimité dans le design. Que de chemin parcouru depuis la commande de partitions – ces parois qui séparent les espaces – pour le siège du syndicat United Auto Workers de Détroit en 1954 ! Parmi les produits les plus innovants de son catalogue, il faut citer le fauteuil de bureau Zody, qui offre un support lombaire asymétrique, devenant, de ce fait, le premier siège dont les vertus sont reconnues par l’APTA (American Physical Therapy Association). A l’occasion de son dixième anniversaire, Zody est proposé dans une édition spéciale signée Patricia Urquiola. La designer espagnole a par ailleurs dessiné le fauteuil pivotant Poppy, ainsi que la collection Openest (canapé, banc, petites tables incorporant des prises et des ports USB) qui permet de travailler de façon plus informelle et plus conviviale, presque comme dans les start-up de la Silicon Valley !

Suisse/Allemagne

Depuis Thonet et le Bauhaus, la réputation de fonctionnalité, sobriété et fiabilité du made in Germany et du made in Switzerland n’a pas pris une ride, ni techniquement, ni encore moins stylistiquement…

>Walter Knoll

Fondée en 1925 par Walter Knoll (fils de et père de…), la marque allemande a été rachetée en 1993 par une autre dynastie de l’industrie du meuble germanique : les Rolf Benz. Après avoir meublé cinq appartements conçus par Mies Van der Rohe à Stuttgart, à la fin des années 20, et dessiné pour le Hilton de Berlin le Bucket Seat 369, la marque a ouvert une division contract dans les années 70. Ont suivi dans la foulée la chaise Berlin , créée spécialement pour le lounge VIP de l’aéroport Tegel, et le fauteuil FK des designers danois Jorgen Kastholm et Preben Fabricius. Toujours aussi VIP presque un demi-siècle plus tard, puisque c’est précisément dans ce siège de direction que se lovait Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada. Rien de plus chic que de patienter, pour un entretien d’embauche, sur un banc houssé de cuir écarlate Together.

>Wilkhahn

Née avec le XXe siècle, Wilkhahn, a toujours misé sur les deux fondamentaux du Bauhaus – production industrielle made in Germany et design épuré –, comme le démontre parfaitement encore aujourd’hui la chaise polyvalente Chassis dessinée par Stefan Diez. Pour cette entreprise pionnière socialement (les employés détiennent actuellement une participation au capital à hauteur de 3,5 M €), comme technologiquement ou écologiquement, « créer des meubles et agencer des espaces, c’est avant tout agencer l’environnement et les relations mêmes entre les individus ». Connue pour se préoccuper de la qualité du cadre de travail de ses salariés – sa lumineuse usine d’Eimbeckhausen, près d’Hanovre, construite par les architectes Frei Otto (auteur du stade de Munich) et Thomas Herzog en atteste –, Wilkhahn conçoit donc des produits qui répondent le plus justement possible aux attentes de bien-être de leurs futurs usagers partout dans le monde. Dans la lignée du best-seller à assise dynamique qui épouse les mouvements du corps ON, le tout nouveau siège de travail IN, lancé en 2015, est déjà couronné d’un Red Dot Award et d’un Best of NeoCon.

>USM Haller

La modularité légendaire des meubles USM ne découle pas d’une quelconque stratégie marketing surfant sur « la quête de personnalisation des consommateurs », comme le veulent les formules creuses dont on est aujourd’hui inondé, mais bel et bien d’un besoin de l’entreprise USM elle-même d’optimiser, au début des années 60, l’aménagement de son nouveau complexe de production et d’administration, situé à Münsingen, près de Berne en Suisse. L’architecte Fritz Haller, à qui avait été confiée la conception du bâtiment, décida alors d’appliquer son système Mini/Midi/Maxi (un concept de construction à ossature métallique s’adaptant à des édifices de différentes tailles) pour créer des solutions de rangement flexibles fondées sur le même principe. Résultat ? En 1965, le brevet de la sphère de connexion des désormais classiques structures tubulaires habillées de panneaux de métal thermolaqué était déposé. Cinquante ans plus tard, USM Haller a étendu son offre aux tables relevables (Kitos) et ses systèmes de rangement iconiques continuent de séduire aussi bien les puristes n’écrivant qu’en Helvetica, que la fondation Louis Vuitton qui en a équipé les bureaux du vaisseau de verre de Frank Gehry.

>Vitra

Isabelle de Ponfilly, directrice générale de Vitra France, l’affirme d’emblée : « Le contract est le domaine d’origine de Vitra depuis soixante-cinq ans et représente 65 % du chiffre d’affaires » de la marque suisse. Ce qui ne l’a pas empêchée d’éditer et de commercialiser, dès 1967, cette icône du design des années pop qu’est la Panton Chair – tout sauf une chaise de bureau, donc ! Il est intéressant de constater que c’est néanmoins la commande en 2002 d’un système de bureau (Joyn) qui a initié la prolifique collaboration avec les frères Bouroullec. Celle-ci s’épanouit aujourd’hui aussi bien dans les collections Home qu’Office. Avec, notamment pour cette dernière, les tables réglables en hauteur Tyde ou les cloisons textiles mobiles Workbays qui sont à l’open space ce que leur canapé Alcove est au salon. Parmi les designers qui se sont prêtés au rigoureux et créatif exercice d’Office, citons également Antonio Citterio (fauteuils ID et Grand Executive), Werner Aisslinger (Level 34) ou Konstantin Grcic (bureau Hack et fauteuil pivotant sur roulettes Allstar). Cette nouvelle génération de mobilier de bureau cohabite en toute fluidité avec les rééditions « actualisées » de 10 pièces de la collection Prouvé Raw Office, ou des sièges Eames de l’Aluminum Group dorénavant proposés dans un choix de 28 coloris. De quoi oublier de prendre ses RTT…

Europe du Nord

Serait-ce un phénomène de mimétisme avec le silence que l’on rencontre dans les grands espaces naturels du nord de l’Europe ? Toujours est-il que la promesse d’intimité visuelle et phonique « augmentée » est un fil rouge dans l’offre des marques scandinaves, belges ou néerlandaises. La plus radicale ? Cloud, la salle de réunion-igloo gonflable en 4 minutes chrono de la designer suédoise Monica Förster (Offecct). Sièges, canapés, tables, étagères et lampes se muent aussi, de plus en plus, en éléments de microarchitecture et font office de séparateurs d’espace, à l’instar du canapé BuzziHub imaginé par Alain Gilles pour la marque belge BuzziSpace (qui compte Microsoft, Facebook et Google parmi ses clients). Idem pour la collection Mood d’Alain Berteau pour ABV, pour la EarChair de Jurgen Bey pour Prooff, pour les suspensions à abat-jour surdimensionné en feutre : BuzziShade de BuzziSpace et Hood Modular de Form Us With Love pour Ateljé Lyktan. Même les panneaux acoustiques, peu sexy de prime abord, inspirent les designers, comme en attestent les panneaux suspendus Notes de Luca Nichetto au look de Post-it géants, toujours chez Offecct. Ou encore les mosaïques pixellisées de la collection 3D Pixel de Form Us With Love pour Baux. Enfin, l’empilement faussement chaotique du bureau Overdose de Bram Boo, Bulo fait du rangement instantané de la table de travail – et donc de l’absence de pollution visuelle – un jeu d’enfant.

Europe du Sud

C’est une évidence : même les marques emblématiques du design made in Italy le plus flamboyant ou le plus radical ne pourraient pas survivre économiquement sans leur division contract (en moyenne 50 % de leur chiffre d’affaires, voire parfois les deux tiers), une activité qui fait d’ailleurs généralement partie, depuis toujours, de l’ADN des éditeurs transalpins. Dès 1930, Poltrona Frau meublait ainsi le paquebot de croisière Rex. Une voie royale suivie en 1952 par Cassina avec l’Andrea Doria… L’équipement de ce que les Anglo-Saxons nomment l’« hospitality industry » (hôtels, bars et restaurants) ainsi que celui des d’institutions culturelles (théâtres, musées), de l’éducation et du secteur tertiaire représente aujourd’hui la colonne vertébrale financière de la plupart des fabricants. Côté Italie, on retiendra Arper, qui vient de sortir son premier siège de bureau, Kinesit, designé par Lievore Altherr Molina ; Alias, avec son fauteuil Rollingframe. Ou encore UniFor (groupe Molteni), qui a édité le néosecrétaire Secretello de Michele De Lucchi. Concernant le crucial marché du luminaire, Flos, l’un des leaders, travaille avec les plus grands designers et équipe aussi bien les musées que les hôtels ou les sièges sociaux. De l’autre côté des Pyrénées, on s’enthousiasmera pour Dynamobel, Enea ou encore Stua, qui peut s’enorgueillir de voir ses tabourets Onda et ses chaises Gas équiper le café du musée Guggenheim à New York. Qui, après cela, osera encore dire que le contract n’est que la face B du design ?

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