VitrA
Le mobilier de bureau

L’univers du bureau vu par quelques marques et distributeurs éclairés

Leur œil d’expert scanne perpétuellement nos modes de vie au travail.

Pour The Good Life, les quatre « usual suspects » de ce secteur – Isabelle de Ponfilly (Vitra France / @Ponfilly_i), Franck Argentin (RBC), Paul Silvera (Silvera) et Laurent Crochet (USM France) – partagent leur vision éclairée de ce marché.

The Good Life : Comment définiriez-vous l’offre contract par rapport à l’offre résidentielle ?

Isabelle de Ponfilly (1) : Nous faisons beaucoup de recherches afin de définir les besoins de nos clients : quels sont les futurs modes de vie/travail et les outils de demain, ce qui nous manque et qui n’existe pas… La guerre des talents est impitoyable et cruciale pour nombre d’entreprises, et un environnement de travail réussi et adapté devient un véritable outil de management.

Franck Argentin (2) : Notre activité contract a évolué vers une expertise de l’offre design dans l’univers des espaces détente et réunion des entreprises et, bien entendu, dans les musées, médiathèques et autres espaces culturels. L’hôtellerie et la restauration y ont également pris une grande place.

Paul Silvera (3) : La frontière est de plus en plus mince. Dans le mobilier de bureau, les finitions sont plus résistantes, on recherche des solutions ergonomiques pour soulager et améliorer les postures de travail. Mais, depuis quelques années, on constate une réelle volonté d’offrir plus de créativité, tant dans les formes que dans les couleurs, et cette démarche se rapproche de celle déjà présente dans le mobilier de l’habitat.

Laurent Crochet (4) : La nature des systèmes d’aménagement USM Haller fait que les deux offres s’appuient sur les mêmes éléments et sur le même principe : un meuble conçu à partir des besoins des utilisateurs et selon une construction modulaire. Bien que ce système ait été imaginé il y a cinquante ans, la créativité et l’innovation sont permanents.

Franck Argentin (RBC)
Franck Argentin (RBC) MC LUCAT

TGL : Quelle est aujourd’hui la tendance la plus forte sur le marché du mobilier de bureau ?

I. de P. : Il est fortement recommandé de changer fréquemment de posture afin de favoriser une bonne circulation sanguine, ce qui contribue au bien-être, à l’inspiration et à la concentration. Nous avons ainsi créé, avec Ronan et Erwan Bouroullec, le bureau Tyde, silencieusement réglable en hauteur. La capillarité entre monde professionnel et domaine personnel impose d’offrir un aménagement adapté avec des lieux partagés permettant aussi de s’isoler, de se concentrer, de se réunir, de chercher l’inspiration… tels Alcove ou Workbays (Ronan & Erwan Bouroullec) ou Silent Wall (Arik Levy). De plus en plus d’entreprises proposent aussi de recréer un univers « maison » au bureau. Suita Sofa (Antonio Citterio) couvre ce spectre.

F. A. : L’offre du mobilier de bureau a radicalement changé pour évoluer, comme l’outil informatique – qui est devenu mobile et compact – vers des plans de travail simples, plutôt monochromes et rectangulaires, l’apport d’image étant amené par le siège de travail.

P. S. : Nous équipons de plus en plus d’open spaces. Cela entraîne le développement de zones de réunion informelle et d’espaces de détente dans lesquels on peut téléphoner en toute confidentialité.

L. C. : D’une part, le mobilier doit répondre à la nécessité de faire évoluer facilement les espaces de travail, avec des aménagements qui s’adaptent aux changements d’organisation, aux nouveaux projets, aux éventuels déménagements. D’autre part, la tendance suit une démarche déjà bien installée en Europe du Nord : des bureaux permettant d’alterner facilement et tout au long de la journée les postures assises et debout afin d’améliorer le bien-être des collaborateurs.

Paul Silvera (Silvera)
Paul Silvera (Silvera) DR

TGL : Comment imaginez-vous le bureau du futur ?

I. de P. : Le bureau du futur sera partout ! Une connexion wi-fi universelle et infaillible. Mais aussi des lieux humains, inspirants et accueillants, dans lesquels l’intelligence collective pourra se développer.

F. A. : Nomade et sans poste attribué, car, maintenant, avec un ordinateur portable et une connexion Internet, vous pouvez créer votre propre univers de travail où que vous soyez. La vraie révolution est la mobilité.

P. S. : Le bureau deviendra comme un hôtel, un lieu de passage proposant des services de conciergerie : espaces pour organiser des réunions, déjeuner, se détendre et communiquer de manière informelle. Des bureaux non attribués, favorisés par l’évolution des outils informatiques nomades. Le travail s’effectuera, de fait, de plus en plus à la maison.

L. C. : Difficile de prédire l’avenir, mais je suis certain que, malgré l’évolution des outils et des modes de travail qui pourraient presque permettre de s’en passer, le bureau continuera de jouer un rôle majeur dans la culture des entreprises et la performance des organisations. Il suffit de voir ce que des entreprises de pure culture numérique, comme Apple ou Google, investissent dans leur futur siège social. En revanche, à l’intérieur, on travaillera sans doute partout : les frontières entre zones de bureau, salles de réunion, espaces de détente vont tendre à disparaître.

Laurent Crochet (USM France)
Laurent Crochet (USM France) DR

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