Felix Dol Maillot
The Good Shoes

Jean-Baptiste Rautureau
Chaussés décalés

Dans le train, Guy Rautureau a remarqué un jeune homme chaussé de Jean-Baptiste Rautureau. Celui-ci lui a dit ne porter que ses chaussures. S’il raconte cette anecdote alors qu’il descend à peine de ce train et qu’il arrive, un peu en retard, au showroom, c’est parce qu’elle résume tout : le style, la qualité et le savoir-faire dont il est finalement si fier. Joli préambule alors que chez les Rautureau, on a la chaussure dans la peau depuis quatre générations. Jean-Baptiste Rautureau, l’arrière-grand-père, ouvre une échoppe de cordonnerie en Vendée, à La Gaubretière, en 1870. Son fils prendra sa succession, son -petit-fils développera la fabrication à façon. A leur tour, ses arrière-petits-fils perpétuent la tradition, mais en l’adaptant à leur époque. En 1975, quand le bébé devient une personne, que Françoise Dolto met les parents en analyse, Guy et Yvon Rautureau créent Pom d’Api et initient un nouveau segment de marché. « A l’époque, il n’existait qu’une seule marque de chaussures pour enfants, Babybotte, dont les talons étaient renforcés pour, disait-on, faciliter l’apprentissage de la marche », commente Guy Rautureau, qui est toujours aujourd’hui, à 65 ans, en charge de la création et président de sa marque. Pom d’Api met de la couleur et de la fantaisie sur les petits pieds. Puis chaussera les ados et, en 1981, les mamans. La marque Free Lance naît. Là encore, les deux frères tapent dans le mille. Souvenez-vous. On est en pleine branchitude, les Halles rythment les allures qui sont quelque peu déjantées, entre rock et disco et new wave. Ça tombe bien, c’est leur génération et leur style. Ces fans de musique, de cinéma et de moto délestent la chaussure féminine d’un certain classicisme et sont parmi les premiers à en faire un accessoire de mode. Ils l’impriment, la métallisent, la font grimper en hauteur et signent sa semelle d’une rose rouge. En revanche, ce n’est qu’en 1996 qu’ils attaquent le marché masculin, avec une ligne homme qu’il baptisent en hommage à leur arrière-grand-père. Leurs premiers modèles : des boots de bikers, puisque eux-même en sont. Depuis, la marque s’est évidemment étendue à tous les autres modèles du soulier masculin contemporain, tout en cultivant la touche décalée qui est sa signature, comme, par exemple, cette paire de baskets à la semelle en pneu de voiture. « Notre challenge consiste à ne pas vieillir avec nos clients et à arriver à les renouveler », explique Guy Rautureau. Ce qu’il réussit avec succès, étant lui-même doué d’une -sacrée ouverture d’esprit. Jean-Baptiste Rautureau, c’est aujourd’hui la signature à laquelle aspirent les quadras urbains en quête de sophistication et de qualité, c’est une chaussure certes classique, mais dotée de cette petite touche de non-conformisme qui permet de dire qui on est sans heurter ou choquer l’uniformité à la française. Jean-Baptiste Rautureau, ce n’est pas de la mesure, ni même de la demi-mesure, mais c’est du fait main. Chaque chaussure est coupée, façonnée, montée à la main. Soit une centaine d’opérations au total, qui demandent une dextérité, un -savoir-faire pour assouplir une peau de veau ou de crocodile. « Toutes nos chaussures sont travaillées pour être portées toute la journée et elles sont si confortables que vous pouvez dormir avec. » A voir… Tout le monde n’a pas une âme de biker ! Reste que cette exigence de confort a un coût pour une entreprise encore familiale. Direction La Gaubretière. C’est toujours là, dans ce fief historique de la famille Rautureau, mais aussi plus globalement de la chaussure, que sont fabriquées toutes les collections. Dans les années 70, 2 000 personnes étaient employées dans ce secteur. Aujourd’hui, il ne reste que cette usine qui emploie environ 250 personnes. Sur un marché de la chaussure dont les acteurs ont tout changé, où les baskets ont conquis des parts importantes, la marge de manœuvre des frères Rautureau est une équation dont les inconnues varient régulièrement. Comment maintenir son prix de vente sans rogner sur la qualité des matières et en gardant son indépendance ? En misant toujours plus sur la créativité et en se renforçant à l’international. Sûrement. Tel est d’ailleurs l’enjeu de cette jolie PME pour 2016.

La marque Jean-Baptiste Rautureau vend 500 000 paires de chaussures par an et réalise un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros.
La marque Jean-Baptiste Rautureau vend 500 000 paires de chaussures par an et réalise un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. DR
La marque Jean-Baptiste Rautureau vend 500 000 paires de chaussures par an et réalise un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros.
La marque Jean-Baptiste Rautureau vend 500 000 paires de chaussures par an et réalise un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. DR