Ils font décoller, au sens propre comme au figuré, leur compagnie et inventent le ciel de demain, plus grand, plus haut, plus beau…

Frantz Yvelin, l’inventeur de la classe affaires low cost

Frantz Yvelin
Frantz Yvelin DR


Il assure ses rendez‑vous en bras de chemise, les yeux un peu cernés par des décalages horaires en série, ses mains font des loopings pour accompagner ses idées qui fusent… Frantz Yvelin est l’un de ces start‑upers de choc de l’aérien, dont les idées commerciales exhalent toujours une odeur de kérosène. Sa Compagnie, « La Compagnie », au nom simplissime et aux pétillantes hôtesses, est « la » spécialiste des Paris – New York exclusivement proposés en business à prix plancher. « Le passager long courrier en classe affaires est la vache à lait des compagnies généralistes !, clame le fougueux boss de 39 ans. J’ai voulu casser ce système. » Aux manettes de son premier monomoteur à 15 ans, pilote professionnel six ans plus tard, c’est avec le soutien avisé du baroudeur du ciel Marc Rocher (ex‑patron d’Air Liberté) que Frantz Yvelin a d’abord lancé L’Avion, en 2007, sa première compagnie long courrier low cost revendue deux ans plus tard pour 78 M € à British Airways. Et de récidiver en 2013 avec La Compagnie, forte du soutien de Charles Beigbeder et de sa levée
de fonds d’une trentaine de millions d’euros.

Birkir Holm Guönason, le booster de l’escale tourisme à Reykjavik

Birkir Holm Guönason
Birkir Holm Guönason DR


« Sa » brillante petite compagnie – 3,5 M de passagers prévus en 2016, + 15 % de croissance annuelle ! – a su résister aux effets dévastateurs des caprices du volcan Grimsvötn, dont l’épais nuage de cendres avait cloué ses avions au sol en 2011. Icelandair brille aujourd’hui de toute son ingéniosité pour se positionner en hub géostratégique idéal, à mi‑distance entre l’Europe et l’Amérique du Nord, et transformer cette escale de Reykjavik en magique escapade boréale. Birkir Holm Guönason se sent « at home » au sein d’Icelandair, qu’il a rejointe en 2000 dès la fin de ses études – licence en gestion d’entreprise et en économie à l’université d’Aalborg, au Danemark, puis MBA pour tracer sa propre route aérienne, de simple commercial pour l’Islande à directeur général de la compagnie huit ans plus tard. Inventif, Birkir Holm Guönason est l’instigateur du concept MyStopover, qui incite les passagers à profiter de leur escale à Reykjavik pour visiter l’Islande (jusqu’à 7 nuits), et ce sans supplément sur leur billet d’avion pour New York ou Montréal. « Good pour
le tourisme islandais, good pour Icelandair ! » note BHG.

Carsten Spohr, à la hauteur des défis de Lufthansa

Carsten Spohr
Carsten Spohr DR


C’est souvent au cœur des tempêtes les plus fortes que le tempérament d’un capitaine s’exprime le mieux. Et en la matière, on peut dire que Carsten Spohr est comblé ! Malmené dès son arrivée, fin 2014, par l’une des grèves les plus dures de toute l’histoire de la compagnie allemande et récemment confronté à l’épineuse et inédite gestion d’une marque Germanwings à jamais entachée au lendemain du crash le plus culpabilisant qu’une compagnie puisse connaître, le patron de Lufthansa a fait parler sa fibre de leader. Très attendu sur ses aptitudes à restructurer tout en gardant le cap – Lufthansa affiche un chiffre d’affaires et des bénéfices 2015 en hausse, capables de gommer très vite une toute première réaction jugée maladroite au lendemain du crash –, pour conduire avec sang froid la gestion intelligente de l’après‑Germanwings (la marque disparaît pour se fondre dans Eurowings), celui que Bild surnommait « le chouchou des hôtesses » est d’abord un produit 100 % Lufthansa. Ce diplômé d’énergie industrielle de l’université de Karlsruhe, détenteur d’une licence de pilote sur Airbus 320, y a grandi et en parle comme d’une famille.

Nicolas Notebaert, le patron de Vinci Airports : 99 000 salariés !

Nicolas Notebaert
Nicolas Notebaert DR

« Je suis un pur produit de l’élitisme républicain et je rends hommage à mes parents, enseignants d’origine très modeste, qui ont cru dans le potentiel de leurs enfants. » Ainsi s’exprime, dans une fluidité dénuée d’emphase, cet ultradiplômé – Polytechnique, Ponts et Chaussées et MBA – de 45 ans, qui semble piloter Vinci Airports (33 aéroports, plus de 800 M € de chiffre d’affaires et 9 900 salariés à l’étranger) avec l’aisance d’un gamin sur une console de jeux. Celui que tout le monde appelle « Nicolas » mène une puissante stratégie d’acquisitions dont, en 2013, le groupe aéroportuaire portugais ANA pour 3 Mds €, la plus grosse emplette de l’histoire du groupe ! Mais nulle trace de vanité chez ce booster d’équipes, étranger à la gouvernance du type hiérarchie militaire. « Je dirige Vinci Airports dans un esprit start‑up, souligne‑t‑il. Ce qui me passionne, c’est d’avoir à gérer des actifs publics en employant des méthodes de gestion privée. A l’avenir, je souhaite intensifier la diversité de nos équipes. L’une de mes grandes fiertés est d’avoir pu nommer une femme aux commandes de l’aéroport de Phnom Penh. »

Christoph Mueller, business‑sauveteur de Malaysia Airlines

Christoph Mueller
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Ce n’est pas un hasard si Christoph Mueller a été débauché en mai dernier de la compagnie irlandaise Aer Lingus, ex‑compagnie déficitaire requinquée en un an sous sa main forte, pour s’atteler à l’une des missions les plus périlleuses du business aéronautique : sauver Malaysia Airlines, dont l’image s’est abîmée en même temps que deux de ses appareils disparus en 2014, et ce à quelques mois d’intervalle. Une tragédie humaine doublée d’un tsunami économique que le CEO allemand tente d’endiguer avec le soutien vigilant du fonds d’investissement public Khazanah Nasional, qui détient 70 % de la compagnie. Un challenge à la hauteur de ce talentueux diplômé de l’université de Cologne, puis d’Harvard, qui fut l’actif Senior Vice President en matière de planning stratégique de Lufthansa lors de son puissant redécollage de 1994‑1999, avant de prendre les commandes de la compagnie belge Sabena pour la sortir du rouge. Christoph Mueller, qui a récemment taillé dans les effectifs et les dessertes déficitaires, se donne trois ans pour que la compagnie malaisienne enregistre les premiers battements positifs de son altimètre financier.

Olivier Andriès, le brillant converti à l’aéronautique

Olivier Andriès
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Son physique d’intello à fines lunettes ainsi que ses études parcheminées – prépa Sainte‑Geneviève, X, Mines – semblaient augurer, pour Olivier Andriès, d’un envol direct vers les cimes de la finance ou de la haute administration. Récemment passé de la direction de Turbomeca à celle du motoriste Snecma, filiale phare de Safran, l’agile quadra a amorcé sa trajectoire par un classique crochet à la direction du Trésor, avant de rejoindre le cabinet du ministère de l’Economie d’Edmond Alphandéry. Mais en 1995, il met le cap sur l’aéronautique au sein du groupe Matra, alors qu’Airbus opère un décollage inédit. On doit à Olivier Andriès les bases fondatrices du groupe EADS, né de la fusion, sur le marché des missiles et des satellites, entre Matra et l’allemand Dasa. On lui doit également d’avoir parié sur le lancement de l’A380 : il se verra alors confier la direction de la stratégie d’Airbus. Aucun trou d’air – pas même celui essuyé en 2007 pour sa mise en cause dans un délit d’initié dont il sortira blanchi –, ne parviendra à entamer la montée en altitude de celui que tout semble aujourd’hui désigner comme futur patron du groupe Safran.

Thierry Antinori, le Français qui déploie les ailes d’Emirates

Thierry Antinori
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Son profil surprend tout autant que son exubérante réussite d’hypernuméro deux d’Emirates : un Français d’origine italienne appelé à devenir « le » Français au top des grandes compagnies étrangères, lui qui s’exprime dans un « franglais » aéronautique ponctué d’une improbable pointe d’accent de Moselle, sa région natale ! La belle histoire de Thierry Antinori débute sur un coup de cœur pour une affiche d’Air France qu’il croise au détour d’une rue de Paris. Air France, sa première et déterminante escale, où le charismatique patron Christian Blanc repérera bientôt ce self‑made étudiant (fils et petit‑fils de menuisiers) pour le nommer à la tête d’Air France Allemagne, où son poulain cartonne si fort en 1997 qu’il se le fait chiper… par Lufthansa ! A peine le super vice‑président exécutif des ventes – siégeant au board – est‑il nommé, en 2010, en tant que président de la filiale Austrian Airlines, qu’il disparaît pour s’installer dans le cockpit d’Emirates, aux côtés de Tim Clark ! Et de régner aujourd’hui en maître sur cette compagnie dubaïote dont l’insolente croissance
à deux chiffres soulève des vents de tempête chez ses rivales.

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