L’Europe a peut-être enfin trouvé son énergie verte ! Plus sophistiquée que les panneaux solaires et plus puissante que l’éolien onshore, cette énergie « marine » est présentée comme l’avenir du mix énergétique européen. Les éoliennes de mer se développent aussi ailleurs dans le monde, et les industriels européens comptent bien sur cette manne potentielle pour rentabiliser des investissements colossaux.

Les pêcheurs allemands ont du souci à se faire, car dans sa course effrénée pour réussir sa transition énergétique, l’Allemagne est en train de couvrir son littoral d’éoliennes offshore. Il va falloir apprendre à slalomer entre ces nouveaux géants des mers… En 2015, le pays affichait son intention d’installer une puissance éolienne offshore de 3,1 GW, soit 75 % de la puissance installée prévue en Europe. Avec l’Allemagne, les locomotives du secteur éolien offshore sont le Danemark et le Royaume-Uni, qui, bien que lancé plus tard, caracole en tête et a pris le lead mondial avec 4,5 GW de puissance installée dès 2014. Pourtant sans réelle industrie nationale de l’éolien, le Royaume-Uni a bénéficié d’un terreau très favorable. « Si les sociétés danoises et allemandes ont profité de l’appel d’offres britannique, le pays a pu, lui, s’appuyer sur son tissu industriel et sur ses compétences développées lors de l’exploitation gazière offshore en mer du Nord pour avancer rapidement », explique Corentin Sivy, expert du pôle énergie de l’institut de réflexion Terra Nova.

Une énergie européenne
L’Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni sont bordés par la mer du Nord, qui « constitue l’un des meilleurs gisements de vent d’Europe, c’est-à-dire fort et régulier », rappelle ­Anders Soe-Jensen, président des activités éolien offshore de General Electric (GE) et ancien de Vestas. Avec, en prime, des fonds peu profonds, ce qui simplifie grandement la pose, très technique et surtout très coûteuse, des turbines. Alors que l’Europe dispose de 90 % du parc éolien offshore installé dans le monde, 63 % de sa puissance éolienne se situe en mer du Nord. Cette domination européenne explique que le marché des turbines en offshore soit pour l’instant entièrement dominé par les industriels européens. Avec pour leader incontestable l’allemand Siemens, qui a construit près de 65 % des turbines installées en Europe, suivi par le danois Vestas, avec une part de marché de 20 %. Récemment, de nouveaux acteurs ont émergé, comme l’américain GE ou le français Areva. Fin 2013, ce dernier a présenté une éolienne de 8 MW afin de concurrencer Alstom et son Haliade 150 de 6 MW. L’intensification de la concurrence montre que de plus en plus d’acteurs s’attendent à voir le marché de l’éolien offshore décoller dans les années à venir. Selon le consultant MAKE, le marché pourrait même connaître une progression de 20 % par an sur les dix prochaines années.

L'éolien flotte en Méditerranée

Avant même que l’éolien offshore ne perce à l’international, l’industrie européenne prépare déjà la prochaine révolution : l’éolienne flottante. Cette technologie permet d’installer des éoliennes offshore au‑delà de 50 mètres des côtes, là où les fonds sont habituellement trop profonds pour poser des éoliennes. Distancée dans l’éolien offshore « posé », la France fait la course en tête sur ce créneau. En juillet 2015, Paris a d’ailleurs publié un appel à projet sur quatre fermes éoliennes offshore flottantes pilotes, situées en majorité en Méditerranée. « C’est toutefois le Japon qui est la locomotive du marché, explique Marie Bayard-Lenoir, d’Idéol, société française qui a mis au point une éolienne posée sur un flotteur en béton. Si le pays n’a pas de place pour l’onshore, il doit également s’adapter à des fonds marins qui s’enfoncent très profondément et très vite. » D’ici à 2050, l’éolien offshore flottant pourrait même avoir dépassé l’éolien posé, selon l’Institut France Energies Marines.

Les promesses d’un marché émergent
L’éolien offshore s’impose peu à peu comme une énergie essentielle au mix énergétique. Avec un atout majeur : une production bien supérieure à celle des éoliennes onshore. « Le vent en mer est tout simplement plus puissant et plus régulier. Le taux de charge est de 50 % dans l’offshore, contre 25 % dans l’onshore », explique Anders Soe-Jensen. Si l’on ajoute le problème de la densité urbaine existant dans de nombreux pays, notamment et surtout en Europe, on comprend pourquoi ils sont de plus en plus nombreux à prendre le large. En août 2015, le Japon a installé l’éolienne offshore flottante la plus puissante du monde, d’une capacité de 7 MW, alors que, pour l’instant, le maximum en Europe est de 6 MW. Et les Japonais n’ont pas lésiné sur le symbole en l’installant au large des côtes de Fukushima. L’Archipel veut produire 1 GW d’ici à 2020. D’autres pays se sont lancés récemment dans la course, notamment la Chine, Taïwan ou encore les Etats-Unis, dont la construction du premier champ d’éoliennes offshore, Block Island, a commencé en juillet 2015 dans l’Etat de Rhode Island et atteindra une puissance de 30 MW. Mais les premiers pas de l’éolien offshore aux Etats-Unis ne se sont pas faits sans difficulté. Un autre projet bien plus ambitieux, situé au large du Massachusetts, Cape Wind, a vu se dresser contre lui, coup sur coup, les pêcheurs, les communautés indiennes et les riches familles installées sur les côtes de l’Etat, comme les Koch et les Kennedy. Aux dernières nouvelles, l’avenir du projet, pourtant développé depuis quatorze ans, semblait bien incertain. La Chine avait également de grandes ambitions et s’était fixé, il y a quelques années, un objectif de 5 GW d’éolien offshore d’ici à 2015. En 2014, à peine 658 MW avaient été installés…
En dehors des problématiques locales de chaque pays, le principal obstacle qui freine en réalité le développement de l’éolien offshore dans le monde reste son coût. Les fondations, la maintenance et les connexions, tout cela renchérit le prix du mégawattheure quand on le compare à celui de l’onshore. Ainsi, un mégawattheure d’éolien offshore coûte entre 150 et 200 €, contre moins de 100 € désormais en onshore en Europe. Au Brésil, un projet a même réussi à produire un mégawattheure pour moins de 50 €. Autant le prix déjà élevé de l’électricité en Europe a permis à cette industrie de s’y développer assez rapidement (l’électricité consommée par un Allemand coûte trois fois plus cher que celle consommée par un Américain), autant les autres pays, disposant de da­vantage de place pour installer de l’onshore et/ou de ressources énergétiques autres, ne ressentent pas le même caractère d’urgence. Avec toutefois un espoir : l’industrialisation de la technologie de l’éolien offshore fait espérer à la European Wind Energy Association (EWEA) une baisse du coût de l’éolien offshore sous les 100 € le mégawattheure d’ici à 2030. En attendant, l’offshore devrait se développer dans les territoires les plus complexes, où le manque de place et la faiblesse des ressources rendent cette énergie compétitive, c’est-à-dire principalement en Europe. Les pêcheurs allemands, britanniques, danois et même bientôt français n’ont qu’à bien tenir la barre !

Le coût de l’offshore français

Cherbourg attend toujours son usine de pales. Prévue, à l’origine, pour 2015, la construction de l’usine de pales d’éoliennes d’Alstom ne devrait commencer qu’en 2017, a expliqué,
en octobre dernier, le président d’Alstom Renewable Power. L’éolien offshore français devait pourtant être un important moteur de la réindustrialisation du littoral normand, après l’attribution des champs d’éoliennes offshore de Fécamp, de Courseulles‑sur‑Mer et du Tréport, en plus de ceux de Saint‑Nazaire, de Saint‑Brieuc et de Noirmoutier, dans le cadre des deux premiers appels d’offres de l’Etat. Un an après la publication des résultats, les usines ont du mal à se construire. « Aucune date contraignante n’a été donnée pour la construction des premières éoliennes offshore. Alors que la France voulait disposer de 6 GW grâce à l’éolien offshore en 2020, elle n’en aura aucun », constate Corentin Sivy. La lenteur n’est pas la seule caractéristique du secteur de l’éolien offshore français, il se distingue également par son coût. En retard sur ses voisins germains, Paris a lancé ses premiers appels d’offres en 2011 « sans levée de coût », précise Corentin Sivy, c’est-à-dire sans analyse préalable des coûts des projets. Le prix du mégawattheure produit a ainsi été fixé autour de 200 €, contre moins de 150 € chez ses voisins. Toutefois, Paris a su protéger ses fleurons nationaux. Trois des quatre entreprises sélectionnées étaient françaises, alors que les appels d’offres outre‑Rhin attirent plusieurs dizaines de sociétés. Depuis, le rachat d’Alstom par GE et la fusion des activités offshore d’Areva avec l’espagnole Gamesa ont rebattu les cartes. Malgré son retard et le rachat des champions nationaux, la France a créé 12 520 emplois dans le secteur, selon un rapport révélé en novembre par France Energie Eolienne.

L’éolien offshore
L’éolien offshore Johanna Giunta

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