FRANCIS AMIAND
Hotels, palaces et lodges

Mama Shelter
Le good spot design à Bordeaux

Dans une ville en pleine mutation, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un Mama vienne poser sa joie de vivre communicative. C’est incontestablement l’adresse qu’il manquait à Bordeaux. Depuis son ouverture, en 2013, elle n’en finit pas de buzzer, et ça fait du bien à la ville.

Futuriste, hors normes, ultradesign… Les qualificatifs attribués au Mama Shelter de Bordeaux, lors de son ouverture, en 2013, étaient peut-être un peu superlatifs. Mais il est certain qu’il a vraiment dépoussiéré une hôtellerie locale quelque peu somnolente et qu’il a réveillé le quartier Saint-Christoly alors encore inscrit aux abonnés absents. De l’extérieur, ne cherchez pas de signe particulier qui témoigne du joyeux capharnaüm qui règne à l’intérieur. La sobre façade respecte l’architecture originale du bâtiment construit par Raoul Jourde au début des années 30. Un édifice emblématique de Bordeaux, avec sa « tour du gaz » – c’est là que se trouvait l’ancienne régie municipale du gaz –, dressée comme un mât en plein cœur du centre-ville.

Le bar et sa collection de bouées multicolores. Une déco qui séduit une clientèle jeune – Mama Shelter Bordeaux
Le bar et sa collection de bouées multicolores. Une déco qui séduit une clientèle jeune – Mama Shelter Bordeaux FRANCIS AMIAND

Un côté potache, voire coquin
A l’intérieur, le cinquième établissement du groupe Mama Shelter respecte les codes imaginés par Philippe Starck : aucune cloison ne vient arrêter le regard dans l’immense salle du rez-de-chaussée qui réunit lobby, salle de restaurant et bar. Le plafond, relativement bas, donne malgré tout une impression chaleureuse au lieu, tandis que les graffitis sont omniprésents, comme si un artiste avait utilisé toutes les surfaces disponibles, à la manière d’un carnet de croquis. Sans oublier le Babyfoot géant et les tables de ping-pong. La cuisine, visible derrière une vitre, permet de suivre le ballet de la brigade… sans les odeurs.

Entre dépouillement décoratif et fantaisie des accessoires, les chambres donnent le ton – Mama Shelter Bordeaux
Entre dépouillement décoratif et fantaisie des accessoires, les chambres donnent le ton – Mama Shelter Bordeaux FRANCIS AMIAND

Mais le point d’orgue est le bar surmonté d’une collection originale de bouées de toutes les couleurs. Souvenirs des journées passées dans le bassin d’Arcachon ou appel à déguster des mojitos, cette décoration signature des Mama Shelter a tout de suite séduit une clientèle jeune, à la recherche de lieux branchés et vivants. Du coup, en à peine deux ans, le bar est devenu l’un des spots principaux de la ville. Dans les étages, sur cinq niveaux, les chambres jouent la sobriété. L’essentiel, pas plus, un design sobre, quasi monacal, que viennent divertir les masques de superhéros et de personnages de bandes dessinées posés en abat-jour. Un grand écart entre dépouillement décoratif et fantaisie des accessoires qui donne à l’ensemble un côté potache, voire coquin, en rien désagréable. Cela étant, tout est fait pour se reposer en laissant le regard se perdre sur les toits de Bordeaux : literie 5 étoiles, films gratuits et wi-fi ultraperformant sur iMac grand écran au mur… Mais ce qui séduit aussi bien les clients de l’hôtel que les Bordelais des deux rives de la Garonne, c’est le restaurant installé sur le toit. Un toit-terrasse – l’un des rares de la ville – qui offre une vue panoramique inégalable sur la capitale aquitaine et les flèches de la cathédrale Saint-André. On s’y retrouve pour prendre un verre ou déguster l’un des plats imaginés par Jérôme Banctel, chef de La Réserve Paris et ancien chef exécutif d’Alain Sanderens chez Luca Carton. Au menu, on trouve de grands classiques de la cuisine familiale, à l’instar du poulet rôti-frites, mais aussi des pizzas et quelques incontournables internationaux, dont l’inusable salade César. S’il n’y a peut-être pas de quoi révolutionner tout à fait la scène gastronomique bordelaise, il ne fait aucun doute que ce Mama bouscule un peu plus une ville en pleine révolution, dans laquelle les hipsters ont désormais pris le pas sur les BCBG.

Un groupe en pleine expansion

La famille Trigano continue de faire parler d’elle. Après avoir présidé le Club Med dans les années 90 – et son père, Gilbert, avant lui dans les années 60 –, Serge lance, épaulé de ses deux fils Benjamin et Jérémie, l’aventure Mama Shelter, en 2008, avec une première adresse à Paris. Dès le départ, ils s’associent à deux signatures de choix : Philippe Starck pour le design et Alain Senderens pour la partie restauration. Leur concept commun : proposer une hôtellerie économique,
avec des établissements situés en des emplacements atypiques dans
des villes capables d’accueillir un rêve d’hospitalité très abordable. Après les Mama Shelter de Paris, Marseille, Istanbul, Lyon et Bordeaux, le groupe s’est enrichi de deux nouvelles adresses cette année, à Los Angeles et à Toulouse, avant de prendre pied à Lille dans quelques mois. Pour accélérer le développement de sa chaîne de boutique‑hôtels, Serge Trigano a fait entrer dans son capital le groupe Accor à hauteur de 35 %. Un appui de taille pour assurer le développement de la marque Mama Shelter et un complément de gamme pour le géant mondial hôtelier qui recherchait un concept branché urbain à ajouter à son portefeuille. Il faut dire que la mariée est belle : les hôtels Mama ont réalisé un chiffre d’affaires d’un peu plus de 40 M € en 2014 (+ 32 %), avec un prix de nuitée resté stable. Du coup, les projets fleurissent : un deuxième site à Paris en perspective, ainsi que des implantations à Zurich, Mexico, Séoul, Amsterdam, Barcelone, New York et Londres. Au total, une vingtaine de nouveaux Mama devraient voir le jour dans les cinq prochaines années. Visionnaires, les Trigano l’ont été !

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