Depuis plus de quatre-vingts ans, Canali habille sobrement et très discrètement businessmen et frequent travellers. Avec pour spécificité une production 100 % italienne. A laquelle s’ajoute, depuis l’an dernier, les conseils avisés du créateur Andrea Pompilio. Rencontre à Milan.

Conjuguer tradition et modernité. Réussir, au fil des décennies, à ne pas prendre une ride. Fondée en 1934, la maison italienne Canali semble résister aussi bien au temps qui passe qu’aux diktats des tendances de la mode. Cette volonté de ne pas se laisser aller à la facilité et de rester attentif aux évolutions de la société est parfaitement entretenue par la troisième génération des Canali, actuellement à la tête de l’entreprise. Après avoir considérablement enrichi la collection au fil des années, jusqu’à proposer aujourd’hui un vestiaire complet pour l’homme, Canali a surpris le landerneau de la mode et ses clients en annonçant, à l’occasion de ses 80 ans, en avril 2014, la nomination d’Andrea Pompilio au poste de creative consultant.
Peu connu du grand public, le designer bénéficie d’une solide expérience dans l’univers de la mode et du luxe et affiche un CV impeccable – Prada à Milan, Calvin Klein à New York et Yves Saint Laurent à Paris. Cet événement majeur correspond surtout à une évolution naturelle et indispensable pour une marque qui souhaite rester au top du prêt-à-porter masculin haut de gamme.

La collection printemps-été 2016 affichait ouvertement le parti pris osé et assumé du créateur Andrea Pompilio.
La collection printemps-été 2016 affichait ouvertement le parti pris osé et assumé du créateur Andrea Pompilio. DR

Renforcer le style

« Nous désirions apporter une nouvelle touche à nos collections, raconte Elisabetta Canali, directrice de la communication et porte-parole de l’entreprise familiale. De plus, cela était attendu par nos clients. » La première collection capsule signée Andrea Pompilio est présentée à Milan le 23 juin 2014. Les silhouettes révèlent le renouveau de la marque, qui gagne ainsi en modernité : revers de 8 centimètres sur les pantalons tombant au niveau de la cheville, détails de surpiqûres apparentes sur les trenchs et pulls oversize, le tout décliné dans des coloris rappelant l’esprit du Sud et de la Méditerranée. Les coupes sont simples et efficaces. Ce sens aigu du détail permet de rajeunir des matières luxueuses comme la soie et le cachemire. L’équilibre entre l’héritage Canali et la fraîcheur d’Andrea Pompilio est parfait. Le créateur prouve ainsi qu’il sait s’adapter tout en conservant son style.
Dès la saison suivante, il passe à la vitesse supérieure et supervise désormais l’ensemble de la collection comprenant les lignes dédiées au sport, aux accessoires, aux chaussures et au prêt-à-porter. Sa touche fait mouche. On retrouve les larges revers – sa signature – au bas des pantalons à carreaux en laine ou en denim associés à des vestes confortables à rayures horizontales. Un élégant duffle-coat en laine, des jaunes et des ocres parsemés ici et là, comme un clin d’œil à l’habillage des tramways milanais de l’après-guerre. Le créateur, qui parle volontiers de son « obsession pour les accessoires », imagine des derbys bicolores montés sur une semelle crantée, idéals pour les citadins en mal de randonnées, et des housses d’ordinateurs portables pour geeks raffinés fermées par de gros élastiques et transformables en porte-documents XXL. « Je ne veux pas changer radicalement le style de la marque, mais je veux me concentrer sur les tissus, les proportions et les textures. Mon métier s’apparente à celui d’un chirurgien », indique Andrea Pompilio en toute humilité. Avant de rappeler son intérêt pour les années 50 : « Je suis fan du style milanais de cette époque. »
Rapidement, les tâtonnements du début laissent place à un parti pris assumé. A l’image de cette superbe pièce de la collection ­printemps-été 2016 inspirée de la veste safari et déclinée en organza nude. Un pari osé, mais réussi. Et les propositions alléchantes d’Andrea Pompilio ne s’arrêtent pas là. Le défilé dévoile d’autres créations surprenantes : pantalon en soie et lin d’aspect tissu éponge, blouson en nubuck doublé de lin, double chemise rayée dans des camaïeux de bleus… Tourné vers l’avenir, sans rien renier des codes chers à la marque, le consultant s’offre un beau jeu d’équilibriste. « Je souhaite respecter l’esprit Canali, insiste le designer. Mon objectif consiste à séduire la clientèle actuelle et à en attirer une autre, qui apprécie les vestes sans avoir forcément besoin d’un costume. »

Canali, l’héritage en mouvement

Le luxe d’une production italienne

Ce vent de fraîcheur ne tranche pas, mais il épouse parfaitement la philosophie et l’engagement des fondateurs de Canali. Il est même très apprécié, y compris par ceux qui composent encore le département création de l’entreprise familiale, installé à ­Sovico, un petit village de Lombardie situé à une trentaine de kilomètres de Milan. Chacun a conscience de la plus-value qu’apporte ce nouveau regard. Inversement, Andrea Pompilio est particulièrement admiratif des méthodes de fabrication de la maison et de la qualité exceptionnelle des matières premières utilisées. Canali fait toujours fabriquer la plupart de ses tissus par les lainiers de Biella, située dans les contreforts des Alpes, dans le Piémont. Dès 1934, ­Giovanni et ­Giacomo Canali ont placé la barre très haut. Cette exigence n’a jamais été remise en question et s’est transmise de génération en génération. A l’heure où la mondialisation inquiète le secteur de l’habillement, où la tendance va vers l’uniformisation, la stratégie de la maison italienne n’a pas bougé d’un iota. Ce qui ressemble, pour certains, à une forme de conservatisme et, pour d’autres, à une grosse prise de risque financier – contexte économique oblige – répond davantage à une intégrité devenue suf­fisamment rare pour être saluée. « Une marque se singularise par son sens de l’individualité et de la personnalisation des composants des vêtements qu’elle propose à ses clients. Dans notre cas, nous avons fait des choix précis : ­­­­tout produire dans nos usines en Italie, n’utiliser que des tissus naturels et faire modéliser nos collections par nos experts maison. Et ensuite, bien sûr, le sens du style et, par-dessus tout, le confort et la coupe parfaite », commente Elisabetta Canali.
Le fait de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production permet de contrôler toutes les étapes, de la découpe du tissu à l’assemblage des pièces dans l’une des six usines de la marque. « Nos produits sont le reflet d’une certaine tradition, mais les méthodes de fabrication sont constamment mises à jour », ajoute Elisabetta Canali. Une stratégie qui permet à Canali de maintenir un niveau de qualité élevé. Andrea Pompilio a dû rapidement s’adapter. « C’est un challenge, mais j’ai toujours été attiré par de telles entreprises », glisse celui qui accède désormais aux ­meilleurs ­fabricants de tissus d’Italie. Un luxe, par les temps qui courent. Après deux saisons, le succès est au rendez-vous. De quoi rassurer les descendants des fondateurs. Et d’accompagner au mieux le développement de Canali à l’international, aux Etats-Unis, son premier marché à l’export (41% du chiffre d’affaires), mais aussi en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, où se jouent des défis majeurs. De nouveaux corners y sont d’ailleurs ouverts chaque année. Ce vent de modernité, soufflé tant par ces nouveaux marchés que par le creative consultant, devrait assurer à la maison italienne la longévité espérée. A condition de réussir à conjuguer avec autant de brio et sans se perdre passé, présent et futur.

En chiffres (2014)

  • Chiffre d’affaires : 217 M €.
  • Répartition du chiffre d’affaires par zones géographiques :
    Etats-Unis, 41 %.
    Europe, Moyen-Orient, et Afrique, 30 %.
    Région Asie-Pacifique, 19 %.
    Italie, 10 %.
  • Nombre de boutiques dans le monde : 250.
  • Nombre de tailleurs : 1 250.
  • Nombre de revendeurs : 1 000.
  • Nombre d’employés dans le monde : 1 800.
  • Diffusion : 100 pays.

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