Roomshotel Kazbegi
Hotels, palaces et lodges

Rooms Hotel Kazbegi, chambres avec vue sur le Caucase

Le tout premier hôtel design de Géorgie est littéralement perché sur les montagnes. Au programme : randonnées, natation, casino, ski… Mais, surtout, dépaysement total garanti, et des vacances d'hiver pas comme les autres.

Le trouver relève presque du jeu de pistes. Posé sur les hauteurs du Grand Caucase, au nord de la Géorgie et à 15 kilomètres au sud de la Russie, l’hôtel se trouve dans le village de Kazbegi, qui n’apparaît sur aucun panneau de signalisation puisque l’ancien gouvernement de Saakachvili (2004 à 2013) l’a rebaptisé de son ancien nom, Stepantsminda, que personne n’utilise jamais… A 170 kilomètres – qui en paraissent le triple – de la capitale Tbilissi, le Rooms Hotel Kazbegi se mérite. La route militaire, construite par les Russes au début du XIXe siècle, impose de périlleux slaloms entre les camions de 3 tonnes et les troupeaux d’ovins et de bovins. Reliant l’Europe à l’Asie, cette deux-voies, très fréquentée mais en travaux, traverse une chaîne de montagnes et Gudauri, une station de sports d’hiver très prisée des Géorgiens. A 2 000 mètres d’altitude, chaque virage, ou presque, est comme souligné de véhicules accidentés, camions et bus, renversés sur les bas-côtés.
Les nerfs n’étant pas habitués à la conduite ­locale, c’est avec un réel sentiment de sou­­la­gement qu’on arrive enfin. Vient ensuite l’étonnement. Le mont Kazbek, d’abord. Derrière une cascade de nuages, son sommet de 5 047 mètres se dresse majestueusement. Un spectacle saisissant qui vaut largement celui du mont Blanc. Enfin, la silhouette élégante de l’hôtel, véritable contresens architectural dans ce village postsoviétique. Des cochons trottinent en pleine rue, non loin d’un téléphérique abandonné. « Nous avons récupéré la carcasse d’une base touristique soviétique des années 80, explique Goga Chkhetia, l’architecte en chef chargé de la transformation de la ruine en hôtel. Les fondations, abîmées par le tremblement de terre de 1988 en Arménie, ont dû être renforcées et nous avons démoli tous les murs intérieurs. » Un sacré challenge, d’autant que les travaux ont été effectués en moins d’un an, hiver compris, ce qui implique des températures pouvant plonger jusqu’à – 20 °C et de nombreuses coupures de courant. L’architecte a habillé de bois aussi bien l’extérieur que l’intérieur, conférant à l’hôtel un esprit chalet contemporanisé, notamment par de larges baies vitrées. « Le parquet n’est pas idéal en matière d’isolation phonique, reconnaît Goga Chkhetia, mais il vient souligner l’esprit montagnard. Toutes les portes des chambres sont en bois naturel, ainsi que le sol des salles de bains. » Quant à la décoration, imaginée par la jeune agence Rooms de Tbilissi, elle fait clairement référence à l’ambiance néo-industrielle des hôtels new-yorkais. Ainsi, dans le salon se côtoient de larges chandeliers de Restoration Hardware et des canapés, fauteuils et étagères de la marque belge Flamant – dont certains portent encore leur code-barres ! Aux murs, des affiches vintage de films géorgiens viennent apporter de la couleur par touches. On se pincerait presque. Qui imaginerait pareille adresse dans les terres reculées d’un pays plus connu pour ses guerres que pour son design, son patrimoine et ses paysages ? Ici, tout paraît décalé : le prix démocratique des chambres (de 113 à 200 $, soit de 100 à 173 € environ), le Wifi gratuit au débit ultrarapide, la longue piscine intérieure ouvrant sur la montagne et ce casino qui attire un public venu de Vladikavkaz – à 40 minutes de là, en Russie, où les casinos sont interdits –, ainsi qu’une très riche bibliothèque.

La très riche bibliothèque, qui confère une allure intello au casino.
La très riche bibliothèque, qui confère une allure intello au casino. Nick Paniashvili
Dans les chambres, un style épuré et tout en bois valorise le décor naturel.
Dans les chambres, un style épuré et tout en bois valorise le décor naturel. Roomshotel Kazbegi
Le salon fait se côtoyer de larges chandeliers de Restoration Hardware et un canapé de la marque belge Flamant.
Le salon fait se côtoyer de larges chandeliers de Restoration Hardware et un canapé de la marque belge Flamant. Nick Paniashvili
Dans la salle à manger au design néo-industriel new-yorkais, on prend ses repas autour de longues tables communes, vue sur les montagnes.
Dans la salle à manger au design néo-industriel new-yorkais, on prend ses repas autour de longues tables communes, vue sur les montagnes. Nick Paniashvili
La longue piscine intérieure ouvre aussi sur la montagne.
La longue piscine intérieure ouvre aussi sur la montagne. Roomshotel Kazbegi

Un rendez-vous international
Ouvert en 2012, le Rooms Hotel Kazbegi a rejoint le groupe Design Hotels un an plus tard. « Cette visibilité a vite dépassé nos frontières », avance le jeune et svelte Andrey Vlasov, directeur de l’hôtel. Illustration au petit déjeuner, où les hôtes papotent autour de longues tables communes. Un sikh londonien a entraîné l’un de ses amis de Dubaï pour tenter l’ascension du mont Kazbek. Aux tables voisines, on échange en géorgien, en allemand, en iranien, en espagnol, et même en russe. On se donne volontiers des conseils pour randonner ou pour grimper jusqu’à l’église de la Trinité, datant du xive siècle et perchée sur l’autre versant de la montagne, à 2 100 mètres d’altitude. On évoque aussi le vieillot mais charmant petit musée de l’écrivain Alexander Kazbegi. Le bout du monde n’a (presque) jamais été aussi international. En hiver, la société autrichienne Wucher organise ici des séjours en héliski. Près de 500 personnes passionnées de sports extrêmes ont déjà tenté l’aventure. « Wucher, c’est aussi la possibilité d’avoir un hélicoptère à domicile, ce qui est primordial ici, remarque Andrey Vlasov. En hiver, la route de Kazbegi à Tbilissi est souvent fermée pour cause de neige, de verglas ou d’avalanches. Des clients sont déjà restés bloqués chez nous une semaine ! Nous sommes en négociation avec les autorités pour construire un aérodrome et proposer des vols Kazbegi–Tbilissi. » L’hôtel travaille par ailleurs sur un projet de ministation de ski.

Premier contribuable de la région
« Jusqu’ici, 100 millions de dollars ont été investis, poursuit Andrey Vlasov. Les fonds sont 100 % géorgiens. Sous le gouvernement Saakachvili, les entrepreneurs ont eu des opportunités pour développer le pays dans différents secteurs. Notre groupe a ainsi acquis ce terrain pour une somme symbolique. » Une bonne idée, puisque l’hôtel est devenu le premier contribuable de la région et un levier économique d’autant plus important que la frontière russe est fermée aux Géorgiens (mais pas aux Russes qui veulent se rendre en Géorgie). Pour les habitants du village, Kazbegi était devenu un cul-de-sac. « L’hôtel emploie une centaine de locaux dont la plupart n’avaient jamais eu de fiche de paie puisqu’ils travaillaient au noir. De fait, aucun d’entre eux n’avait jamais eu accès à un prêt bancaire. On loue 15 maisons dans le village pour loger nos employés venus de Tbilissi, et notre restaurant travaille avec des fermiers locaux. » L’hôtel a tout de même dû se heurter aux traditions. « Quand nous avons commencé à recruter localement, certains parents ont refusé de voir leurs enfants servir d’autres gens », poursuit Andrey Vlasov. L’hospitalité fait partie de l’ADN géorgien, mais la fierté bien plus encore !
Du propriétaire de l’hôtel, le Géorgien Temur Ugulava, on ne saura pas grand-chose. Le rencontrer se révèle mission impossible. Il aurait fait fortune dans les casinos et les jeux de hasard en ligne. Un grand flou plane autour de lui. Une chose est sûre : son groupe hôtelier, Adjara Group Hospitality fondé en 2010, est l’un des leaders du marché géorgien. En intégrant un cabinet d’architecture en interne, il réalise lui-même les travaux des hôtels dont il a, ou aura, la ­gérance : Holiday Inn et Intercontinental, à Tbilissi, et Crowne Plaza, à Batoumi, station bal­néaire de la mer Noire. L’an dernier, le Rooms Hotel Kazbegi s’est doté d’un petit frère dans la capitale. Le groupe espère même agrandir la famille design et lorgne déjà sur des opportunités à Londres ou à New York. Le vent du Caucase porte loin…

Pratique

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