Créée en 1964 par la chorégraphe américaine Martha Graham et la baronne Bethsabée – Batsheva – de Rothschild, la Batsheva Dance Company est l’une des compagnies israéliennes les plus prestigieuses et se produit dans le monde entier. Son directeur, Ohad Naharin, vient de présenter à Tel-Aviv sa nouvelle création, Last Work. Toujours aussi remuant.

Dans chacune de ses créations, le feu est là. Mais aussi la mémoire collective, l’héritage culturel que le chorégraphe israélien porte dans ses gènes. Quelque chose de mystique et de profane à la fois, de serein et de violent, où la répétition est comme un refrain cauchemardesque, un mal-être qui inspire. C’est ce qu’on trouve dans la plupart de ses créations, dans Decal’e, Deca Dance, Sadeh 21… et tout dernièrement dans Last Work, nouvelle pièce donnée début juillet au 35e festival Montpellier Danse. A l’instar de la grande Pina Bausch, qui a sans doute laissé le plus beau message dans l’histoire de la danse en martelant « dansez, dansez, sinon nous sommes perdus », Ohad Naharin fait également de la danse son anxiolytique. « Je la vois comme une démarche chorégraphique qui sait s’opposer aux politiques conventionnelles et conservatrices, dit-il, mais aussi aux théories qui font obstacle aux nouvelles solutions et à la liberté de penser. Pour éteindre l’incendie de mon cerveau en ébullition, je rêve de chorégraphie. Créer me fait voyager dans des lieux dont très souvent je n’aurais pas soupçonné l’existence. D’ailleurs, je dors mieux lorsque je crée. »

La Batsheva Dance Company sur scène.
La Batsheva Dance Company sur scène. Gadi Dagon

Inventeur d’un nouveau langage corporel

Le voyage, voilà l’autre source de ses créations. Voyage au sens propre du terme puisque Ohad Naharin a passé sa vie entre Israël, l’Europe et les Etats-Unis, et voyage intérieur, bien sûr. Et puis les origines. Son père, Eliahav, a été acteur au théâtre hébraïque Habima, à Tel-Aviv, dans les années 40, puis enseignant et psychothérapeute. Sa mère, Tzofia, a été danseuse. Ils avaient tous les deux adhéré au mouvement sioniste Hashomer Hatzaïr. Le grand-père a été pionnier lors de la colonisation agricole juive en Palestine. Enfant, Ohad Naharin pratique la gymnastique, l’acrobatie, la guitare, puis s’intéresse à l’architecture dont il espère faire son métier, rêve que la guerre du Kippour stoppera. Ce sera finalement la danse, qu’il débutera à Haïfa. « Etre à l’écoute du corps a plus de sens que lui dicter quelque chose, explique-t-il. Cela dit, concevoir la bande-son d’une pièce offre également de longues heures de méditation. » Ohad Naharin est également l’auteur du Gaga, une méthode de formation à la danse qui a fait depuis nombre d’émules dans le monde entier et qui se fonde sur une nouvelle exploration de sensations liées au mouvement. « C’est une méthode qui va chercher dans les faiblesses de chacun, commente Bobbi Smith, l’une de ses interprètes. Plus je la pratique et plus je sens ma force réelle. » Inventé il y a plus de trente ans, ce langage corporel, qui consiste à écouter son corps pour se connecter avec l’imagination, l’énergie et l’amour du mouvement, est toujours en perpétuelle évolution. Et tout cela sans miroir. Un ­travail sur l’humilité donc, sur l’absence d’effet et de reflet, de narcissisme et de culte de l’ego. « Car les plus beaux moments dans la création choré­graphique ne sont-ils pas finalement lorsqu’on oublie les pas et que le travail consiste alors à faire avec ? » conclut-il.

Biographie

Originaire de Mazra, un ­kibboutz situé dans le nord d’Israël, Ohad Naharin débute en 1974 au sein de la Batsheva Dance Company. Il poursuit sa formation à New York, à l’école de la chorégraphe américaine Martha Graham, puis à la Juilliard School, en 1976. Quatre ans plus tard, il s’installe en Europe, à l’école Mudra, de Maurice Béjart, à Bruxelles. Il rencontre alors son épouse, Mari Kajiwara, et dansera avec elle une bonne dizaine d’années à New York pour diverses compagnies ­américaines. En 1990, il entame sa carrière de chorégraphe et se voit confier la direction de la compagnie israélienne. Deux ans après le décès de sa femme, en 2001, il abandonne provisoirement la direction de la compagnie. Il est aujourd’hui chorégraphe résident basé à Tel-Aviv. Ses créations sont produites dans le monde entier, au Grand Théâtre de Genève, au Nederlands Dans Theater, à l’opéra de Lyon, à l’Opéra de Paris ou encore au théâtre national de Chaillot en 2013.

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