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The Good Interviews

Rencontre avec Francis Kessous, l'un des fondateurs d’ODLM-Seaport

ODLM‐Seaport, ce nom ne vous dit sûrement rien. C’est pourtant cette entreprise lyonnaise qui est en charge, entre autres, des licences de l’eyewear siglé Faconnable, leader sur le marché français depuis près de vingt‐cinq ans. Rencontre avec l’un des deux fondateurs, Francis Kessous, qui nous dit tout sur ces beautés qui ornent le bout de notre nez.

The Good Life : Où sont conçues vos lunettes ?
Francis Kessous : Le dessin et la technique sont conçus au sein du bureau d’études d’ODLM‐Seaport. La réalisation des prototypes est confiée à deux ateliers de lunettiers de Morez, dans le Jura.

TGL : Vos innovations ont-elles obtenu des brevets ?
F. K. : Pour notre marque maison, Kosby & Son, cela a demandé cinq ans de mise au point et nous avons déposé deux brevets. L’un sur une nouvelle charnière élastique, et l’autre sur un assemblage standardisé du tenant de la branche. Un système ultrasophistiqué et bien plus avancé que le simple interchangeable, puisqu’il s’associe avec n’importe quelle forme et n’importe quel type de monture.

TGL : Existe-t-il encore un vrai savoir-faire en France ?
F. K. : Il y a un double problème. D’une part, les machines n’existent presque plus. D’autre part, les artisans partent à la retraite sans avoir formé la génération suivante. De plus, peu de personnes connaissent bien l’ensemble des contraintes du produit. Réaliser un dessin, c’est « facile », mais en connaître les contraintes techniques de réalisation, c’est une autre histoire.

TGL : Où sont fabriquées les lunettes ?
F. K. : Pour les lunettes haut de gamme en titane, nous travaillons avec le Japon, qui utilise des matériaux formidables comme l’acier chirurgical ou le bêta‐titane, flexible et très léger. Nous faisons également fabriquer certains modèles en Chine, mais de manière très qualitative. Toutefois, on se tourne aussi vers l’Allemagne et l’Italie, en fonction des expertises dont nous avons besoin.

TGL : Vous détenez les licences Façonnable et Paul & Joe. Comment travaillez-vous avec les directeurs artistiques de ces deux maisons ?
F. K. : Nous avons six designers en interne et une dizaine de personnes qui suivent pas à pas les développements dès la mise au point des modèles. Des gestionnaires de collection travaillent sur les gammes à venir. Ainsi, nous collaborons en relation étroite et de manière dynamique avec Façonnable et Paul & Joe, dans le respect de leur identité, autour de codes de qualité très pointus et exigeants. Paul & Joe est un gros succès du côté des solaires féminines. Aujourd’hui, Façonnable est la première marque masculine de lunettes en France et ce, depuis près de vingt‐cinq ans ! Il se vend cent mille solaires par an. Nous rencontrons donc régulièrement Daniel Kearns, le directeur artistique, qui nous présente ses idées et que nous retranscrivons. Nous lui suggérons aussi les nôtres. Les marques ont besoin de rajeunir et de rester au top, mais en conservant leur image et leur ADN.

TGL : Quels sont vos projets ?
F. K. : Notre préoccupation est de ne surtout pas nous éparpiller. Notre offre est très construite et elle vient de se renforcer puisque nous allons signer un contrat de collection de solaires pour femmes avec la maison Carven. Par ailleurs, nous avons emménagé dans un espace de 3 000 m2, près de Lyon, et investi 1 million d’euros dans notre système informatique intégré.

TGL : Comment envisagez-vous la distribution de vos produits à l’international ?
F. K. : Nous privilégions notre réseau d’opticiens – les ventes de lunettes sur Internet, surtout de vue, ne sont pas probantes pour le moment. Nous sommes présents dans 63 pays, notamment en Corée du Sud et au Japon, où il faut adapter nos lunettes aux caractéristiques physiques des clients. En effet, les Asiatiques ont un dorsum [la crête du nez, NDLR] moins projeté que celui des Occidentaux. En Chine, le réseau n’est pas encore très organisé. Depuis quelques mois, nous sommes en cours de discussion avec un partenaire. J’espère faire aboutir nos négociations d’ici à deux ou trois ans…

ODLM-Seaport

  • Création en 1985, par Guy Azoulay et Francis Kessous, opticiens de formation.
  • 100 collaborateurs, dont 10 opticiens et 6 designers.
  • Marques en portefeuille : Façonnable, Paul & Joe, RG512 et Carven (2015).
  • Marque en propre : Kosby & Son.
  • Points de vente : 4 000 pour Façonnable ; 2 000 boutiques sélectives pour Paul & Joe.
  • 190 € : prix moyen d’une paire de solaires de marque.
  • Chiffre d’affaires : 26 M €, dont 30 % à l’export.

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