A l’échelle du Japon, c’est un véritable événement. Cinquante ans tout juste après le dernier lancement d’un avion civil, le pays amorce un retour très remarqué avec ce jet régional. Le consortium emmené par Mitsubishi mise gros et espère le jackpot.

Est-ce le signe d’un retour au premier plan ? En tout cas, cela faisait cinquante ans qu’aucun avion civil n’avait été imaginé ni produit au Japon. Est‐ce l’effet posttraumatique de la Seconde Guerre mondiale qui a stoppé net les élans d’une nation jusqu’alors accro au ciel ? le résultat d’une volonté de se concentrer sur l’aviation militaire et, dans une moindre mesure, sur la conquête de l’espace – le Japon a lancé son premier satellite en février 1970 ? Depuis le bimoteur YS‐11 de 60 places lancé en 1964, l’industrie aérienne civile japonaise était en berne. Alors que le marché des court et moyen‐courriers semble être, aux yeux de tous, la nouvelle manne, que même les Chinois, profitant des transferts de technologies, ont présenté leur premier avion de ligne sur ce segment (ARJ21, certifié par les autorités chinoises le 30 décembre 2014), que les chiffres du transport civil ne cessent d’exploser, il devenait impératif que le Japon fasse son retour sur la scène et vienne se frotter aux géants Airbus (Europe) et Boeing (États‐Unis), mais aussi à Bombardier (Canada) et Embraer (Brésil).

Des atouts de taille
Mitsubishi Heavy Industries (MHI), l’un des quatre principaux acteurs du secteur nippon – connu pour avoir conçu le fameux avion de chasse Zero utilisé lors de l’attaque de Pearl Harbor en 1941 –, a donc annoncé, en 2008, son intention de se lancer sur le segment des court‐courriers (entre 70 et 90 passagers). Soutenu par l’État, et associé pour l’occasion à d’autres géants comme Toyota Motor Corporation, Mitsui&Co. ou Sumitomo Corporation, MHI a créé Mitsubishi Aircraft Corporation. Après plusieurs tentatives avortées dans les années 80 puis 90, l’annonce, jugée solide cette fois, a été accueillie avec enthousiasme : All Nippon Airways (ANA), l’une des compagnies nationales, a immédiatement passé commande de 15 appareils. Après 1,5 milliard d’euros investis et de nombreux réajustements, le projet a bien entendu pris du retard – deux ans –, mais le Mitsubishi Regional Jet (MRJ) a enfin été présenté à Nagoya, au Japon, en octobre dernier. Un premier vol expérimental est prévu pour cet été, et les premières livraisons sont annoncées pour 2017. All Nippon Airways sera, bien évidemment, la première à être servie !

L’enjeu est de taille : outre la fierté d’un peuple à renouer avec un secteur qui reste minime au regard des industries de l’automobile ou encore des technologies, il s’agit bien, désormais, de se positionner et de grignoter des parts du marché de l’avion régional, actuellement dominé par les Canadiens et les Brésiliens. Avec de sérieux atouts. Partiellement réalisé en matériaux composites et équipé du moteur PW 1200G du fabricant canadien Pratt et Witney – qui permettrait en outre d’économiser 20% de carburant par rapport aux moteurs General Electric adoptés par les concurrents –, il est présenté comme le plus écologique de sa catégorie. Le constructeur mise sur le premier vol pour séduire les acheteurs. A ce jour, une petite dizaine de compagnies se sont déjà manifestées. On frôle les 400 commandes, options comprises. Et dans les vingt prochaines années, Mitsubishi Aircraft Corporation table sur 5 000 ventes. De quoi redonner vraiment du souffle au ciel nippon.

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