Patrick John Buffe

Mexico, le laboratoire dans lequel s’invente le Mexique de demain

Avec près de 112 millions de consommateurs, dont 35 millions ont un pouvoir d’achat équivalent à la moyenne des pays de l’OCDE, le Mexique ne manque pas d’arguments pour entrer dans la cour des très grands, malgré ses multiples problèmes souvent liés à une corruption endémique. Mexico pourrait d’ailleurs être l’une des villes du monde dont on parlera le plus dans les années qui viennent.

Quel que soit le quartier où l’on se trouve, Mexico est en travaux. « C’est “la” ville de la mobilité, déclare Fernando Aboitiz, responsable de l’Agence de gestion urbaine (AGU) de la capitale. Nous avons l’ambition de positionner Mexico, dont le nouveau logo est CDMX [Ciudad de México, NDLR], comme la plus compétitive du monde. » L’enfilade de gratte‐ciel qui s’est emparée, en moins de dix ans, du Paseo de la Reforma, l’avenue la plus longue et la plus prestigieuse de la capitale, démontre que le défi est en passe d’être relevé. « Il s’agit de rivaliser avec les nouvelles mégapoles », poursuit Fernando Aboitiz. Une mégapole de 22 millions d’habitants qui, en étant district fédéral, a la même autonomie qu’un État (comme Washington DC) ; qui est un peu moins grande que Tokyo, mais plus que New York et devant São Paulo, Mumbai et Delhi ; une ville archipel qui s’étend sur 1 500 km2 – soit le double de la région parisienne –, qui est établie sur une lagune asséchée, dans une zone sismique perchée à 2 240 mètres d’altitude – à coup sûr l’un des pires endroits pour édifier une ville moderne !

Le Mexique en chiffres

  • 11e pays le plus grand du monde avec une superficie de 1 972 546 km2 et 118,4 millions d’habitants.
  • 15e puissance mondiale avec un PIB de 949 378 M €, soit 8 013 €/habitant, mais les inégalités y sont très grandes.
  • 53 milliardaires mexicains et 53 millions d’habitants qui vivent dans la pauvreté.
  • Le salaire minimum est de 55 pesos (3 €) par jour (plus bas qu’en Chine).
  • La dette publique (2013) est de 440 426 M €, soit 46,3% du PIB. La dette par habitant est de 3 720 €.
  • Les exportations représentent 286 265 M €, soit 30,21% du PIB.
  • Les importations sont de 294 379 M €, soit 31,07% PIB.
  • Le déficit de la balance commerciale est de 8 114,5 M €. Le Mexique est noté A3 par Moody’s, et BBB+ par S&P et Fitch.
  • La population économique active (PEA) est de 54,4 M de Mexicains, parmi lesquels 60% travaillent dans le secteur informel qui fournit 25% du PIB.
  • L’indice de développement humain (IDH) est de 0,756. Il situe le Mexique au 68e rang des pays répertoriés par l’ONU.
  • 39e rang du classement Doing Business (sur 189), 55e pour la compétitivité et 105e pour l’indice de perception de la corruption du secteur public.
  • En novembre 2014, l’indice des prix à la consommation (IPC) était de +4,2%. P. G.

Ville en perpétuelle construction, CDMX est le paradis des architectes et le casse-tête des urbanistes.
Ville en perpétuelle construction, CDMX est le paradis des architectes et le casse-tête des urbanistes. Patrick John Buffe

Paradis des architectes, enfer des urbanistes

A Mexico, le béton a envahi la moindre parcelle libre. La ville est devenue un immense assemblage hétéroclite de quartiers. « Nous devons réinventer Mexico de manière ordonnée, en suivant des normes », commente Salomon Chertorivski, le ministre du Développement économique de CDMX. Paradis des architectes, casse‐tête des urbanistes, les autorités n’ont pas souhaité freiner la croissance démesurée de la capitale. Au contraire, le développement immobilier est devenu son véritable moteur économique. Dans cette perspective, Mexico aura une population de 30 millions d’habitants en 2025. Avec un PIB de 483 milliards de dollars et une croissance de 3,5%, elle peut être cataloguée comme une ville « globale ». Son économie devrait tripler d’ici à 2020. « La capitale est gouvernée depuis seize ans par les partis de centre gauche. C’est une ville progressiste qui ne craint pas le changement et qui ose se projeter dans l’avenir », explique Carlos Mackinlay, ex‐ministre du Tourisme de la ville. Et d’ajouter : « C’est le laboratoire dans lequel s’invente le Mexique de demain. »

Ville financière, ville d’affaires, Mexico est aussi une ville sociale. Elle est la première de l’État fédéral à avoir autorisé l’interruption volontaire de grossesse ainsi que le mariage homosexuel, à lutter, avec des lois sévères, contre la violence intrafamiliale et le machisme, à rendre la ville aux cyclistes et aux piétons en installant des pistes cyclables, des passages protégés et des couloirs réservés aux bus, et à récupérer un à un les lieux publics abandonnés à la délinquance. Le maire de la ville, Miguel Angel Mancera, vient même d’instaurer un SMIC 20% plus élevé que dans le reste du pays.

Corruption XXL

La ville de Mexico vit essentiellement des services : la finance, les affaires et le tourisme. Trois secteurs qui pourraient être touchés par les maux endémiques du Mexique : la corruption et l’insécurité. « Ça nous coûte dix points de PIB », affirme Gerardo Gutiérrez, président du Conseil coordinateur des entreprises (CCE). Le scandale de la casa blanca, une maison de 7 M $ offerte par une compagnie de BTP à la femme du président Enrique Peña Nieto, pourrait bien être la goutte qui fera déborder le vase. Pour Alberto Espinosa, président de la Coparmex, l’association du patronat mexicain, « il faut créer un institut anticorruption ayant une autonomie constitutionnelle qui puisse enquêter et punir ». Le Mexique est en effet au dernier rang de l’OCDE pour la transparence. Malgré la pression de plus en plus forte des citoyens, gouvernements et députés peinent à engager une réforme sérieuse et indispensable pour ancrer le Mexique dans le club des pays riches… et sûrs. P. G.

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