Arnaud Taquet
Montres et horlogerie

Breitling, l’une des dernières maisons horlogères à défendre son indépendance

Du haut de ses cent trente ans d’histoire et forte du succès de son calibre maison, le B01, lancé en 2009, Breitling peut continuer de revendiquer fièrement son indépendance. Une qualité rare, dans un monde horloger très porté sur le regroupement, qui renforce le prestige de la marque aux ailes déployées, déjà adulée des pilotes et des explorateurs en tous genres pour ses garde‐temps à la fiabilité diabolique.

Le mouvement in house

Ce qui frappe, en pénétrant dans cette usine, c’est le silence. Il y règne en maître et la concentration est partout palpable. Dans les couloirs, ponctués des œuvres pop‐art de Kevin T. Kelly, les plaquages en bois escamotent les ateliers où s’agitent en silence les horlogers en blouse blanche qui fabriquent et assemblent les 346 composants du calibre B01.

Au cours de la visite, Jean‐Paul Girardin insiste sur un point essentiel : « Notre philosophie a été de produire de la qualité plutôt que de la contrôler. Nous réalisons beaucoup de contrôles tout au long du process sur le site de production, pour vérifier que toutes les règles ont bien été suivies, plutôt que de produire et ensuite de contrôler 100% de la production, ce qui, pour moi, équivaut à du tri. »

Pour fabriquer ses propres mouvements de chronographes, Breitling a développé une formule de chaîne de production révolutionnaire où chaque mouvement est suivi par un logiciel qui le dirige vers le poste adéquat.
Pour fabriquer ses propres mouvements de chronographes, Breitling a développé une formule de chaîne de production révolutionnaire où chaque mouvement est suivi par un logiciel qui le dirige vers le poste adéquat. Breitling Chronometrie

Les curieux seront forcément déçus puisqu’au premier regard rien ne ressemble plus à une manufacture qu’une autre manufacture, modèle d’organisation du travail par la division. Pour saisir la modernité des outils de fabrication, il faut se pencher sur les détails.

Chez Breitling, tout a été pensé jusque dans les boîtes de rangement des composants qui viennent remplir des panneaux de stockage de 10 000 mouvements en kit. Le taux de poussière et d’humidité de l’air est constamment contrôlé et la chaleur générée par les machines est réintégrée dans le système de chauffage. Les pièces sont lavées aux ultrasons et à l’eau, sans solvants, ensuite réutilisée à très haute pression pour enlever les bavures des pièces en laiton. Pour la petite histoire, la chaîne d’assemblage a été adaptée à partir d’un modèle développé par un laboratoire d’analyses sanguines de Hambourg.

Initiales BB

Pour les amateurs de belles mécaniques, ce mariage vaut largement celui du prince William et de Kate Middleton. Tout commence en 2004, lorsque Breitling participe au design de l’instrumentation de bord de la Bentley Continental GT, élue plus belle voiture du monde, et accompagne la victoire de la Team Bentley lors des 24 Heures du Mans. De cette association est née Breitling for Bentley, une collection de chronographes dédiée à la marque. Une gamme placée sous le signe de l’exclusivité, du prestige et de la performance, qui compte aujourd’hui 16 modèles, dont la récente GMT Light Body B04 et sa lunette inspirée des calandres Bentley.

Une marque unique

Tous ces engagements vers la modernité ont permis à Breitling de tenir son rang dans un marché à la concurrence accrue, tout en assurant la qualité qui fait depuis toujours sa réputation d’excellence. Toujours tournée vers l’innovation, la marque aux ailes déployées vient de présenter une déclinaison encore plus fiable de son Emergency, une montre dotée d’une balise de détresse désormais reliée à un signal satellite exclusif.

Dans ce domaine très sélectif des instruments pour professionnels, elle n’a que très peu de concurrents. C’est pourquoi elle vit encore comme un affront de ne pas avoir été choisie par la NASA pour accompagner la mission spatiale Apollo 11 de Neil Amstrong et Buzz Aldrin [c’est la Speedmaster d’Omega qui avait été sélectionnée, NDLR] alors que la Navitimer, garde‐temps avec une règle de calcul, avait été la première à voyager dans l’espace au poignet de Scott Carpenter, en 1962, lors du vol orbital de la capsule Aurora 7.

A La Chaux-de‐Fonds, on préfère en sourire et parler de malchance : l’histoire dit que lorsque l’ingénieur de la NASA est allé choisir les montres dans un magasin de Washington pour les tester, la boutique n’avait pas de chronographe Breitling. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce fait passé qui l’empêchera d’avancer. La marque au B ailé poursuit aujourd’hui son partenariat  avec Bentley et continue de pousser les performances de ses modèles mythiques – Navitimer, Chronomat, Montbrillant, Colt et autre Superocean. Fidèle à sa volonté de fabriquer des instruments pour professionnels, Breitling affirme chaque jour son indépendance. Une indépendance qui pourrait tenir en ces quelques mots, comme un mantra : avoir toujours un temps d’avance.

La montre Emergency

Il y a quinze ans, Breitling créait l’Emergency, une montre dotée d’une balise de détresse. Vendue à plus de 40 000 exemplaires, elle a permis le sauvetage de 20 personnes. Rendue encore plus fiable par la stabilité de son signal satellite émis sur le système international Cospas-Sarsat, la Breitling Emergency II a d’ores et déjà convaincu les professionnels et les férus d’exploits. Ultra-efficace en cas de détresse, cet instrument de survie high-tech en titane est aussi un chronographe électronique multifonction doté d’un mouvement Breitling SuperQuartzTM, dix fois plus précis que le quartz ordinaire, et officiellement certifié chronomètre.

4 questions à Jean‐Paul Girardin

Vice-président de Breitling.

Jean‐Paul Girardin

The Good Life : Qui sont vos concurrents ?
Jean-Paul Girardin : Nous n’en avons pas puisque Breitling est une marque de montres techniques. Personne n’est aussi spécialiste de l’aviation que nous. C’est une limite, mais, à long terme, cette image forte permet une croissance stable et pérenne. Depuis sa création, en 1884, Breitling est focalisée sur les chronographes. Léon Breitling, le fondateur, a été le premier à mettre au point les montres de poche au poignet. Son fils a inventé les poussoirs pour le start et la remise à zéro ainsi que le second poussoir indépendant. En 1934, Breitling a fait breveter le chronographe dans sa forme moderne. L’histoire de Breitling s’inscrit dans la continuité et la cohérence.
TGL : Quels sont les enjeux des prochaines années ?
J.-P. G : Breitling est une marque indépendante, donc fragile. Si nous fondons notre stratégie sur notre histoire, sur ce qui a fait le succès de Breitling depuis cent trente ans, nous ne pouvons pas faire fausse route. Nous allons continuer dans cette direction, sachant que l’environnement devient de plus en plus compétitif parce que l’industrie horlogère n’est plus en croissance et que pour croître, il nous faut gagner des parts de marché. Nous avons un savoir-faire. L’enjeu est désormais de le faire savoir. Ce sont des investissements, du temps, des efforts tout à fait comparables à ceux fournis pour la modernisation de l’outil industriel.
TGL : L’indépendance est-elle une valeur importante aux yeux des clients ?
J.-P. G. : C’est un argument de vente. Beaucoup y sont sensibles. Nous avons d’ailleurs une quarantaine de boutiques – et 2000 points de vente – qui nous permettent d’être visibles à des endroits clés comme New York, Paris ou Londres. C’est important que nos clients puissent profiter de l’environnement Breitling.
TGL : Il en va de même pour votre relation avec les pilotes ?
J.-P. G. : Depuis 1952, date du lancement de la Navitimer, nous entretenons des relations étroites avec eux. De nombreuses patrouilles aériennes sont équipées de Breitling. Nous sponsorisons aussi la Breitling Jet Team [composée de sept jets d’entraînement militaire, NDLR] ainsi que deux championnats de voltige. Nous sommes également le partenaire principal et le chronométreur de la Red Bull Air Race et de Reno Air Races.

Thématiques associées

The Good Spots Destination Suisse