Pop, jazz, blues, électro, chanson française... C'est la sélection musicale de Laurent Blanc, et elle est très... personnelle.

Jazz

Quelle belle histoire ! Après avoir commencé une formation classique (violon et piano), Justin Kauflin est devenu aveugle à l’âge de 11 ans, des suites d’une maladie. Il se tourne alors vers des musiques plus intuitives, et notamment le jazz, et développe une oreille musicale incroyablement sensible. A 15 ans, il joue en professionnel et rencontre l’immense trompettiste Clark Terry – décédé en février dernier à l’âge de 95 ans –, qui se prend d’affection pour lui et le forme. Cet album, sur lequel il s’exprime en quartette et en trio, est un hommage au grand jazzman, et c’est Quincy Jones himself qui l’a produit. Quand je suis en voiture, je peux vous dire que For Clark tourne en boucle. Thank You Lord est aussi très émouvant.
Dedication, Justin Kauflin, Quest Records.

Electro folk

Bon, allez directement sur Better, mettez le son de votre enceinte Phantom Devialet et laissez rouler… C’est vraiment très bon, presque une BO de film type Drive. William Fitzsimmons est un auteur, compositeur et interprète originaire de Pittsburgh. Il s’est fait connaître pour ses différentes participations aux bandes-son des séries télé «Grey’s Anatomy» et de «Greek». Pittsburgh est son sixième album, un disque mini qui ne comporte que sept morceaux, écrits à l’occasion du décès de sa grand-mère Virginia, en 2014, à Pittsburgh, justement. Envoûtant, très mélodique et superbement arrangé. Remettez Better, pour voir !
Pittsburgh, William Fitzsimmons, Grönland Records.

Electro pop

The Avener, de son vrai nom Tristan Casara (ça sonne moins exotique, forcément), est un DJ français d’électro-house. En 2014, son single Fade Out Lines, rework de la chanson blues et rock du groupe franco-australien Phoebe Killdeer & The Short Straws, a été en tête des charts dans plus de 20 pays ! C’est son premier album, qui inclut le single, et vous adorerez ses collaborations avec Sixto Rodriguez, John Lee Hooker ou Jake Isaac. Un étonnant mariage des genres qui fonctionne parfaitement grâce à une fusion des plus homogènes, résolument pop. The best, selon moi ? Lonely Boy !
The Wanderings of the Avener, The Avener, Capitol.

Jazz électro et acoustique

Armel Dupas est un jeune pianiste nantais biberonné au jazz – mais suffisamment ouvert d’esprit pour apprendre la guitare en autodidacte afin de jouer du Jimi Hendrix. Upriver (« à contre-courant ») est son premier album personnel, proche du journal intime. Mixant jazz et électronique douce, il vient clôturer une dizaine d’années de collaborations et de duos, de tâtonnements et de recherche musicale. A ses débuts, ses talents d’improvisateur et de compositeur lui avaient permis de travailler pour le cinéma, avec Christophe Honoré, Arnaud Desplechin puis Michel Gondry. Sa démarche est héritière du mouvement Third Stream, ce genre qui synthétise le classique et le jazz, et de sa volonté d’unifier les différents styles musicaux. C’est beau, calme et reposant, un peu à la Satie… En concert au Duc des Lombards le 12 novembre.
Upriver, Armel Dupas, Jazz Village.

Pop

Sufjan Stevens est l’un des songwriters les plus doués de sa génération. Il est américain, originaire de Detroit, et sa musique est lumineuse. De belles ballades, beaucoup de guitare et de bango, pas de batterie et un son impeccable. Si vous aimez les Kings of Convenience, vous adorerez cet album. Carrie & Lowell est un hommage à sa mère, Carrie, bipolaire, décédée d’un cancer en 2012 (Lowell étant son beau-père). Certainement mon album préféré du moment.
Carrie & Lowell, Sufjan Stevens, Asthmatic Kitty Records.

Jazz vocal

Ou ! là, là ! Nina Simone par Lauryn Hill, Jazmine Sullivan, Usher, Mary J. Blige ou Lisa, sa propre fille, ça déménage ! Cette compil hommage va vous donner la pêche pendant des semaines. Feeling Good (Lauryn Hill), My Baby Just Cares For Me (Usher) ou Don’t Let Me Be Misunderstood (Mary J. Blige) vous donneront des frissons. Cette nana-là, mon vieux, ils l’ont dans la peau ! C’est pour notre plus grand plaisir. A acheter les yeux fermés.
Nina Revisited… A Tribute to Nina Simone, RCA Records.

Folk rock
Dawes est un groupe du sud de la Californie composé des frères Goldsmith, avec Taylor à la guitare et Griffin à la batterie, de Wylie Gelber (basse) et de Tay Strathairn (clavier). Très inspirés par Neil Young, Joni Mitchell ou Crosby, Stills & Nash, ils sont du genre à interpréter Bob Dylan aux côtés d’Elvis Costello en concert. All Your Favorite Bands est leur quatrième album. Somewhere Along The Way et All Your Favorite Bands ont une pêche communicative, tandis que les ballades, comme Waiting For Your Call, sont magnifiques – Now That It’s Too Late, Maria dure plus de neuf minutes. Ces morceaux sont tellement bons qu’on se surprend à les chanter toute la journée. Avec All Your Favorite Bands, Dawes pourrait bien devenir votre groupe préféré du moment. En concert à La Boule noire, le 9 septembre.
All Your Favorite Bands, Dawes, Because Music.

Jazz
Kyle Eastwood est un excellent contrebassiste de jazz reconnu dans le monde entier. Accessoirement, il est aussi le fils de Clint Eastwood et de Maggie Johnson. Il a d’ailleurs composé pour les films de son père, comme Million Dollar Baby et Gran Torino. Son dernier album, Time Pieces, est un peu un aboutissement, dans lequel il délivre l’étendue de son savoir-faire. C’est aussi un hommage au hard-bop lyrique des années 50 et 60 et aux harmonies sophistiquées que jouaient les Jazz Messengers d’Art Blakey ou les différents quintets de Miles Davis. Une façon de concevoir la musique qui imprègne ce nouvel album. L’association qu’il forme avec Andrew McCormack (piano) et Quentin Collins (trompette) a presque dix ans. Magnifiques reprises de Dolphin Dance d’Herbie Hancock et de Blowin’ The Blues Away d’Horace Silver. Good job !
Time Pieces, Kyle Eastwood, Jazz Village.

Chanson française
Biolay est un génie : il est toujours là où on ne l’attend pas. Quand il a sorti ce disque avant l’été, tout le monde s’est dit «Ouais, bof, il est en panne d’inspiration…» Moi le premier, d’ailleurs. Et puis, à la première écoute, la magie a opéré. Avec le pianiste Nicolas Fiszman et le percussionniste Denis Benarrosh, il nous emmène dans un monde élégant, plein de nostalgie et de tendresse. Leur version du Piano de la plage égale celle de Voulzy, et Que reste-t-il de nos amours ? est magnifique. Cet album est magique et vaut bien trois étoiles !
Trénet, Benjamin Biolay, Denis Benarrosh et Nicolas Fiszman, Riviera.

Pop
Sheppard est un groupe de musique pop australien formé, à l’origine, par Amy et George Sheppard, tous deux chanteurs et pianistes, qui ont ensuite été rejoints par d’autres membres. Leur single Geronimo (2014) a été cinq fois disque de platine en Australie. Sorti également en 2014, Bombs Away est leur premier album. Cette année, ils font le tour du monde pour faire tourner leur good music. En octobre, ils se produiront au Royaume-Uni. Mettez-vous sur Something’s Missing, Smile ou The Best is Yet to Come et vous passerez un moment sautillant et pétillant garanti by The Good Life.
Bombs Away, Sheppard, Capitol.

Pop
Son père est argentin, sa mère, écossaise, mais elle est née au Canada et vit en France. Son album est beau comme un nuage d’altitude. Sa voix est très spéciale, lovée dans des chansons vaporeuses délicatement arrangées. La Boca est un tapis volant, tissé dans une instrumentation raffinée (piano, cordes pincées, cuivres, pedal steel guitar…). Son morceau I Want a été distingué comme chanson de l’année au Canada par la Socan (l’équivalent de notre Sacem). Auteur, compositeur et interprète, la ravissante Alejandra Ribera navigue entre folk et pop et possède une véritable identité vocale à découvrir d’urgence ! Son talent a d’ailleurs été remarqué à l’occasion d’une création en hommage à la regrettée Lhasa de Sela – par le frère de la défunte, Mischa Karam. Elle sera en première partie d’Antonio Zambujo (6 novembre) et d’Arthur H (17 décembre) au Casino de Paris.
La Boca, Alejandra Ribera, Jazz Village Company.

Jazz vocal
Liz Mc Comb, c’est une voix enfiévrée par la foi, une foi rageuse et rugissante qui s’exprime de manière tendre, violente, rauque et sensuelle, avec un don de présence exceptionnel qui emporte immédiatement le public en concert. Cette passionnée de gospel a sorti cet album il y a un peu plus d’un an, et c’est une bombe ! Magnifique interprétation du titre What a Wonderful World (avec le saxo James Carter). Sublime I Need You et inoubliable Basin Street Blues. Mais les deux meilleurs morceaux sont sans conteste Give It Up, composition originale de Liz, et, surtout, The Blessing, en compagnie de musiciens qui ont travaillé avec Bob Marley. Avec son doux tapis de steel-drums, c’est à mon sens la plus belle réussite de tout l’album.
Brass Land, Liz Mc Comb, GVE.

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