Vingt ans. Cela fait vingt ans que le projet d’un grand site culturel est en marche à Hong Kong. Et voilà que nous y sommes. Enfin presque…

Le bâtiment conçu par les architectes Herzog & de Meuron sort de terre, un grand T inversé dont on voit maintenant clairement la forme. Si tout va bien, ce musée – si vaste qu’on l’a nommé M+ – ouvrira effectivement ses portes en 2019. Tout a commencé à la fin des années 90, alors qu’une étude commandée par la Hong Kong Tourist Association révèle le besoin d’une nouvelle salle de spectacle. Un site est alors identifié. Ce sera la pointe faisant partie d’un territoire gagné sur la mer qui entoure l’entrée du Western Harbour Crossing, le tunnel qui mène à Hong Kong Island et qui se trouve sur la route de l’Airport Express Way, le transport rapide desservant le nouvel aéroport.

Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du M+ Pavilion, qui accueille depuis septembre 2016 des expositions.
Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du M+ Pavilion, qui accueille depuis septembre 2016 des expositions. Anthony Kwan

Le projet prend de l’ampleur et devient celui d’une grande zone comprenant un parc et diverses installations culturelles. En 2001, le gouvernement lance un concours pour un concept de master plan, lequel est remporté en 2002 par Foster + Partners. A partir de là, tout se complique : changements de zonages, conflits d’intérêts, nominations et démissions, consultations publiques houleuses… Les critiques affluent, tant au sujet du financement que du projet lui-même, et toute avancée est bloquée. En 2011, le projet est remis sur pied avec de nouvelles bases et, en 2012, un concours est lancé pour l’architecture de son bâtiment phare : le musée M+. L’agence Herzog & de Meuron le gagne et, enfin, début 2015, le chantier démarre.

Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du Xiqu Centre, grand théâtre de 1 050 places consacré à l’opéra traditionnel cantonais, devrait quant à lui ouvrir fin 2018.
Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du Xiqu Centre, grand théâtre de 1 050 places consacré à l’opéra traditionnel cantonais, devrait quant à lui ouvrir fin 2018. Anthony Kwan

Ce bâtiment sera emblématique, mais il ne sera pas le seul. L’ensemble du projet en comprend plusieurs posés dans un parc paysagé, dont une partie est déjà ouverte au public. Comme le M+ Pavilion, qui accueille depuis septembre 2016 des expositions espérant calmer les plus impatients. A terme, on pourra découvrir l’inattendu Palace Museum, un « cadeau » de dernière minute du gouvernement chinois – l’annonce de sa construction fin 2016 a surpris tout le monde. Cette antenne du musée du palais de Pékin consacré aux trésors de la Cité interdite présentera à Hong Kong des trésors de la Chine ancienne. Le geste n’est pas innocent. Et parce qu’il est financé par un donateur privé (le Hong Kong Jockey Club), le conseil législatif de Hong Kong (Legco) a été mis devant le fait accompli… Les arts de la scène feront aussi partie de la proposition, avec le Lyric Theatre Complex (ouverture prévue en 2021) et le très important Xiqu Centre, grand théâtre de 1 050 places dédié à l’opéra traditionnel cantonais et qui ouvrira fin 2018.

Hong Kong, capitale financière… Et culturelle ?

Voilà pour le contenant. Quant aux contenus, ils sont aujourd’hui sous la responsabilité de deux femmes : Suhanya Raffel, directrice exécutive de M+, et Alison Friedman, directrice des arts de la scène. « C’est sans doute le point d’orgue de ma carrière », explique Suhanya Raffel, qui a travaillé pendant plus de vingt ans dans le milieu de l’art en Australie. A Brisbane, en tant que commissaire de l’Asia Pacific Triennial of Contemporary Art, puis à Sydney, où elle devient directrice de l’Art Gallery of New South Wales. « Ce projet représente une mutation majeure pour Hong Kong qui, en plus d’être une capitale financière, devient ainsi une capitale culturelle. L’investissement en témoigne. C’est aussi le souhait d’autres villes chinoises, mais aucune ne dispose d’une collection comme la nôtre. » Le cœur de cette collection, ce sont les 1 510 œuvres d’art contemporain chinois qu’a léguées l’homme d’affaires et diplomate suisse Uli Sigg. Ce dernier a choisi Hong Kong plutôt que Pékin ou Shanghai, espérant que la liberté d’expression y serait mieux respectée qu’en Chine continentale.

Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du M+ Pavilion, qui accueille depuis septembre 2016 des expositions.
Le West Kowloon Cultural District est un projet en gestation depuis vingt ans : de nombreux bâtiments dédiés à l’art et à la culture (lieux de résidence, salles de spectacle, musées) installés dans un vaste parc paysagé. Seule une petite partie a pour le moment vu le jour, à l’image du M+ Pavilion, qui accueille depuis septembre 2016 des expositions. Anthony Kwan

Cependant, tout ici doit être conjugué au conditionnel. A mesure que le chantier avance, le gouffre financier se creuse. Le financement public ne concernant que le bâti, il faudra pour l’opérationnel, les acquisitions, la programmation et la création compter sur le privé. « Beaucoup de villes chinoises ont investi dans le hardware, mais pas dans le software », constate Alison Friedman, qui a précédemment œuvré dans le domaine culturel pendant quinze ans à Pékin et dont la nomination – une Américaine à la tête (entre autres) de l’opéra traditionnel – n’a pas plu à tous. « Sur le long terme, le développement commercial du site permettra de financer ces activités, mais en attendant, il faut mettre en route l’une des plus grosses levées de fonds du monde. » Patience donc, car malgré les controverses, les animosités et les doutes, le hub culturel de Hong Kong sera de ceux qui comptent.


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