Royal Palm

Royal Palm VS Le Saint Géran : deux icônes de l’île Maurice dos à dos

L’un est installé sur la côte nord, le second occupe une péninsule sur sa face est. Tous deux ont été récemment rénovés, avec des pincettes pour ne pas froisser les habitués, mais sans faire les choses à moitié. Après ces liftings à grands moyens, il nous fallait constater par nous-mêmes le résultat. Exploration méticuleuse, entre nostalgie et curiosité. Quel dur métier !

force de vouloir jouer les originaux, on avait un peu délaissé l’île Maurice, star des années 90, pour les Maldives ou les Seychelles. Mais Maurice, la reine des destinations, c’est comme Marbella, même les infidèles finissent par y revenir, parce que c’est beau, parce que c’est doux, parce que les Mauriciens sont cool et qu’on fond pour leur accent zézayant, parce que l’hôtellerie est toujours parfaite. Mark Twain ne rapporta- t-il pas la légende selon laquelle « l’île Maurice fut créée d’abord, et ensuite, le paradis fut copié sur l’île Maurice » ? Deux mastodontes historiques, le Royal Palm et Le Saint Géran, se sentant peut-être un peu talonnés par les grands noms du luxe débarquant sur l’île et les boutiques-hôtels qui s’y multiplient comme des petits pains, ont décidé de faire peau neuve. Pari réussi, dans deux styles très différents.

Royal Palm Beachcomber Luxury

Ce midi, une brise fraîche balaie la terrasse du Bar La Plage, organisée en arc de cercle et en estrades sous un impressionnant badamier : vue sur la mer pour tout le monde. Restaurant de plage, certes, mais nappé de  blanc. Les messieurs portent un polo au logo de leur club de golf et leurs épouses, un caftan sur mesure et brodé acheté à Marrakech, où elles ont déjà amorcé leur bronzage. Aller s’asseoir pour se sustenter de poissons à la vapeur et de petits légumes de l’île ou d’un plat créole épicé avec doigté demande un certain temps.

A l’intérieur du Royal Palm, le beige et le mordoré dominent, éclairés de touches bleu turquoise et rouge corail, de parmes subtils et de verts tropicaux. Ici, la suite océan.
A l’intérieur du Royal Palm, le beige et le mordoré dominent, éclairés de touches bleu turquoise et rouge corail, de parmes subtils et de verts tropicaux. Ici, la suite océan. DR

En chemin, il faut saluer les connaissances, comme au foyer de l’opéra. « Chère Monique, vous avez l’air en forme. Charles, rendez-vous au bar ce soir ! » Au Royal Palm, plus de la moitié des clients sont des habitués. Une nouvelle tête se voit discrètement scannée au cas où on l’aurait déjà croisée sur le parcours de Chantilly ou à la table du Club des Cent, mais dans le cas contraire, tout le monde est assez bien élevé pour ne pas insister lourdement.

Personne n’aura non plus le mauvais goût de scruter une célébrité. Jacques Chirac et Mireille Darc adoraient cette tranquillité, la princesse Camilla de Bourbon des Deux-Siciles y a sa suite préférée. Jean-Pierre Foucault et André Dussolier, leur transat attitré. On l’aura compris : la moyenne d’âge, ici, n’est pas celle des hôtels les plus « mode » de l’île. Elle redescend néanmoins à l’époque des vacances scolaires, lorsque les jeunes parents viennent tremper les pieds de leurs enfants dans les eaux transparentes où leurs propres parents leur ont appris à nager.

Home sweet hôtel

Quand, en 2015, Beachcomber, le premier groupe hôtelier mauricien, a voulu fêter dignement les trente ans de l’hôtel, il a confié à l’architecte d’intérieur Amélie Montocchio la charge de lui refaire une beauté. On imagine sans peine le délicat cahier des charges : « Tout changer en ne changeant surtout rien ! » Il ne fallait pas rompre ce fil d’Ariane qui relie chaque séjour pour ceux qui voient « leur » Royal Palm comme une seconde maison. Défi relevé haut la main. Sous le crayon de l’architecte Didier Ho, l’hôtel s’est allégé d’une quinzaine de chambres pour donner plus d’ampleur à ses suites, il a ingéré toutes les nouvelles technologies sans qu’on y prête garde, a conservé ses salles de bains vastes comme des salons tout en préservant son atmosphère de « maison de famille » cossue. Celle que l’on reconnaît autour de la planète dans des palaces comme le Bel-Air à Beverly Hills, le Park Hyatt à Tokyo ou l’Oriental à Bangkok.

Un parfum d’intemporelle élégance. Depuis la plage, les bâtiments bas qui s’étagent sur seulement trois niveaux restent dissimulés derrière une épaisse frange de palmiers depuis longtemps adultes, oscillant doucement comme des éventails. A l’intérieur, le beige et le mordoré dominent, éclairés d’infimes touches bleu turquoise et rouge corail, de parmes subtils et de verts tropicaux. A quoi bon, de toute façon, tenter de rivaliser avec ce lagon de carte postale qui est sans doute l’un des plus limpides et le plus serein de l’île ? Le Royal Palm est resté le lieu où l’on pourrait croiser des personnages de Sagan ou de Modiano. Plus qu’un hôtel : une villégiature (villégiature : n. f., séjour de repos, dans un lieu de plaisance).

Situé à quelques centaines de mètres du village de Grand Baie, l’hôtel Royal Palm est niché au bord d’un superbe lagon aux eaux translucides, le long d’un ruban de sable blanc.
Situé à quelques centaines de mètres du village de Grand Baie, l’hôtel Royal Palm est niché au bord d’un superbe lagon aux eaux translucides, le long d’un ruban de sable blanc. DR

Sous l’apparente simplicité de l’accueil règne la sophistication d’un service d’une absolue discrétion, mais d’une attention de chaque instant. Hirikesh Gunesh, l’homme aux clés d’or, n’est-il pas capable de reconnaître la voix de chaque client au téléphone ? Et si le diable est dans les détails, le bien-être l’est aussi. Ici, le détail, c’est de trouver, en arrivant dans sa suite, du papier à lettres gauffré à son nom à l’or fin, une serviette de bain turquoise obligeamment mise à disposition pour ses fesses au restaurant de la plage au cas où celles-ci seraient encore humides du dernier bain, un valet en bermuda colonial qui apparaît au pied de votre transat pour nettoyer délicatement vos lunettes de soleil…

Gastronomie et loisirs

Même simplicité raffinée à la table du chef étoilé Michel de Matteis, qui entretient un classicisme mâtiné d’exotisme et saupoudré de gastronomie. « Ma grande chance est la totale liberté que l’on me laisse », affirme celui qui arbore la veste au col tricolore des meilleurs ouvriers de France. A la tête des trois tables de l’hôtel depuis quinze ans, le chef, qui a eu le temps de tisser des liens avec les producteurs locaux, connaît ses hôtes et leurs goûts mieux que personne, et ne bronche pas d’un cil lorsque ceux-ci lui réclament leur plat préféré à la dernière minute. Le soir, sur la terrasse de La Goélette, doucement éclairée de lanternes de laiton, les conversations sont feutrées, les smartphones, éteints, et les papilles, paisibles.

Même ambiance sereine au spa, très intime autour de sa longue piscine. Aucune de ces marques branchées venues d’Australie ou de Californie ici, mais la ligne Clarins, comme chez Air France. Valeurs sûres également dans les boutiques du resort : bijoux Messika, maillots Banana Moon et pro-shop pour les golfeurs. Ils sont nombreux, même si l’hôtel ne possède pas son propre golf. Il s’est associé au très beau parcours de Mont Choisy qui, on ne prête qu’aux riches, offre 50 % sur le green fee aux hôtes du Royal Palm : 75 euros, c’est donné.

Situé à quelques centaines de mètres du village de Grand Baie, l’hôtel Royal Palm est niché au bord d’un superbe lagon aux eaux translucides, le long d’un ruban de sable blanc.
Situé à quelques centaines de mètres du village de Grand Baie, l’hôtel Royal Palm est niché au bord d’un superbe lagon aux eaux translucides, le long d’un ruban de sable blanc. DR

Le jardin accorde son ombre à deux courts de tennis, et le nec plus ultra reste de s’offrir une virée sur le Royal Princess, élégant yacht de 66 pieds, parfait pour les balades entre amis ou les tête-à-tête au coucher du soleil. Un moment aussi glamour que le transfert privé en hélicoptère… Rien ne change, si ce n’est en mieux, au Royal Palm, ou presque… Beachcomber, qui vient de modifier son logo, a commencé à imposer ce nouveau visuel, mais s’est heurté à un front révolutionnaire. Ne plus retrouver la célèbre palmette royale, symbole des vacances, imprimée sur le linge de maison et gravée chaque matin au pochoir sur le sable ? N’y pensez même pas.

www.beachcomber-hotels.com

Royal Palm

Les plus :
• L’intimité et la discrétion.
• Une plage de carte postale au sable fin, la bonne profondeur pour nager.
• Un service de grande maison, ultra-attentif et ultrapersonnalisé.
• Musique live, avec des ensembles de jazz de très grande qualité qui changent chaque soir et un niveau sonore doux aux oreilles à l’heure de l’apéritif et du dîner.

Les moins :
• Trois piscines, certes, mais pas immenses pour un hôtel de ce standing.
• L’hôtel est plutôt le royaume des couche-tôt : pas recommandé pour des hôtes amateurs de night life.

One & Only Le Saint Géran

Il est 10 heures du matin sur la plage du Saint Géran, un long ruban immaculé contournant un cap, que dis-je, une péninsule, sur près de 2 kilomètres de long. Une plage dont aucun des 300 transats n’est encore occupé. Où sont donc passés les clients ? Ils traînent au petit déjeuner, voyons. Ici, on se couche tard, et la mise en route du matin est prudente. Certaines filles ont gardé leurs stilettos, les paréos Missoni virevoltent, les portables carburent déjà à plein régime.

Le luxe suprême ? Louer la Villa One, un peu à l’écart, au milieu d’incroyables jardins tropicaux, et composée de deux chambres avec piscine privée.
Le luxe suprême ? Louer la Villa One, un peu à l’écart, au milieu d’incroyables jardins tropicaux, et composée de deux chambres avec piscine privée. DR

Le petit déjeuner, un buffet d’un autre monde, va s’étirer jusqu’à 11 heures. Seul, à la pointe du resort, un jeune Chinois en costume moutarde arpente le sable, inspectant chaque détail de l’organisation de son mariage. Les Chinois, les Russes et les jeunes héritiers fortunés des pays du Golfe sont fous du Saint Géran nouvelle donne. Premier hôtel de luxe créé à Maurice, en 1975, celui que l’on surnomme « la Grande Dame » a longtemps été considéré comme le fleuron de l’île, chéri des familles européennes qui en avaient fait leur thébaïde, avant de rester dix-sept ans sans rénovation.

En février 2017, l’équipe disait au revoir au dernier client et fermait ses portes pour neuf mois. Une longue gestation et 58 millions de dollars plus tard, la Grande Dame consentait à se montrer, considérablement rajeunie. On ne parle même plus de lifting, mais de big bang. Tandis que le Royal Palm a choisi de mettre sa rénovation en musique sur la note du confort smart, son rival de la côte est a entamé un virage à 180° en misant sur l’hédonisme et la fête. Si le gong de l’entrée est toujours là, résonnant à chaque arrivée, la perspective qu’on découvre derrière l’énorme porte en bois ouvragé est censée donner le grand frisson.

Le luxe suprême ? Louer la Villa One, un peu à l’écart, au milieu d’incroyables jardins tropicaux, et composée de deux chambres avec piscine privée.
Le luxe suprême ? Louer la Villa One, un peu à l’écart, au milieu d’incroyables jardins tropicaux, et composée de deux chambres avec piscine privée. DR

Au bout de la vertigineuse galerie aux tons clairs s’affiche le lagon turquoise : effet « waooo » immédiat. Si vous n’aviez pas tellement envie de découvrir votre suite et de prendre une douche, vous seriez tenté de faire un premier stop à l’immense boutique qui fait face à la réception et donne le ton du resort : en rassemblant les marques les plus glam pour la mode croisière et les tenues du soir, elle ne détonnerait pas sur Sunset Boulevard. Quelques mètres plus loin, une verrière d’esprit industriel laisse deviner une longue table croulant sous les pâtisseries, les guimauves et les bocaux remplis de biscuits. C’est l’univers du chef pâtissier Simon Pacary, déjà prêt à vous faire goûter un morceau de sa tarte à l’ananas ou une lichette de ses glaces.

Le One & Only le Saint Géran s’est doté, à la pointe, d’un nouveau lieu de vie créé pour les familles, autour d’une piscine entourée de cabanas et d’un restaurant.
Le One & Only le Saint Géran s’est doté, à la pointe, d’un nouveau lieu de vie créé pour les familles, autour d’une piscine entourée de cabanas et d’un restaurant. DR

Vous en voulez encore ? Direction La Pointe, à l’extrémité de la péninsule, où un nouveau lieu de vie a été créé pour les familles autour d’un restaurant et d’une piscine. Avec ses cabanas et sa musique lounge, on pourrait se croire à Nikki Beach. Autour de la piscine principale, désormais réservée aux adultes, des pavillons accueillent les convives pour dîner face à un show de séga tambour ou à un concert vitaminé. Encore faim ? Un restaurant décoré dans le style des steak houses américains fait griller d’énormes tranches de wagyu australien, un autre propose des tapas… Autant le savoir, le chef étoilé Marc de Passorio, ancien propriétaire de L’Esprit de la Violette, à Aix-en- Provence, fera tout pour vous faire oublier votre régime.

Le One & Only le Saint Géran s’est doté, à la pointe, d’un nouveau lieu de vie créé pour les familles, autour d’une piscine entourée de cabanas et d’un restaurant.
Le One & Only le Saint Géran s’est doté, à la pointe, d’un nouveau lieu de vie créé pour les familles, autour d’une piscine entourée de cabanas et d’un restaurant. DR

Afin de dépenser toutes ces calories, un nouveau club de gym dédié aux dernières disciplines à la mode et un centre de sports nautiques ont ouvert. Mais plus de golf, il a disparu pour laisser place à 48 résidences privées (entre 2 et 14 millions d’euros), pour ceux qui rêveraient de faire du resort leur maison. Et les chambres dans tout ça ? On raconte que le brief des architectes était de donner l’impression aux occupants de séjourner dans un sac Hermès. C’est assez juste. Les clients nostalgiques à la poursuite de leurs souvenirs retrouveront leurs marques dans la partie hébergement. Elle s’étire toujours de part et d’autre d’un jardin touffu, distribuant 143 chambres et suites avec vue sur la mer ou le lagon. La nouvelle donne est assez classe, dans une palette de marbre, teck et tons de gris qui a préservé le style colonial sur une partition plus contemporaine. Les grandes familles lorgneront la Villa One, posée à l’écart et composée de deux chambres avec piscine privée. Elles adoreront se rendre au lounge Carré, un tout nouveau lieu en hauteur, sorte de club anglais où l’on peut lire, jouer aux cartes ou discuter en grignotant des cookies. De là, on contemple l’ensemble du resort, on a une vue magique sur la plage et les palmiers, la seule chose qui n’ait pas changé.

www.oneandonlyresorts.com

One & Only Le Saint Géran

Les plus :
• Une plage à perte de vue, avec plusieurs orientations : sunrises et sunsets garantis.
• Un panier chic, des tongs et une bouteille de vieux rhum en cadeau d’accueil.
• Le jardin et ses 4 000 palmiers.
• Cinq restaurants pour toutes les envies et toutes les faims. Et l’ambiance festive.

Les moins :
• A certaines périodes, une clientèle parfois un peu nouveau riche, parfois un peu exubérante.
• Le minibar de la chambre payant. A ce prix-là, les sodas pourraient au moins être offerts.

Y aller

Oovatu propose un séjour de 7 nuits à partir de 3 500 € par personne au Royal Palm en chambre double, avec petits déjeuners, transferts privés et vols Air France en classe économique (5 250 € en classe affaires).

Le tour-opérateur propose aussi un séjour de 7 nuits à partir de 3 270 € par personne au One & Only Le Saint Géran en chambre double, avec petits déjeuners, transferts privés et vols Air France en classe économique (5 020 € en classe affaires).

Tél. +33 (0)1 83 777 007
www.oovatu.com


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